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Réchauffement de la planète nouveaux défis pour les tropiques

23 mars 2007, 00:00

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Le réchauffement de la planète ne se fera pas dans un lointain avenir. Le changement climatique a débuté depuis un certain temps déjà et il s?accélère même. Des effets sont déjà perceptibles à Maurice, comme le précisent les services météorologiques.

Pluies : Le régime des pluies a déjà changé. ?La saison des pluies commence plus tard dans l?année et dure plus longtemps. En plus, les pluies ont tendance à être plus intenses, c?est-à-dire qu?il y a moins de jours de pluie pendant la saison, mais elles sont plus fortes. On va donc vers une tendance de périodes sèches entrecoupées de grosses pluies?, explique Shyamnath Veerasamy, assistant directeur de la station de Vacoas. Yahyah Pathel, du National climate change committee fait, lui, remarquer que depuis 100 ans, une diminution d?environ 8 % dans la moyenne de la pluviosité à Maurice a été notée.

Cyclones : Shyamnath Veerasamy explique que les cyclones ne sont pas plus nombreux mais qu?ils ont tendance à être plus intenses et actifs sur une plus longue période. Leur trajectoire semble aussi se modifier : ?De plus en plus, ils naissent sur Madagascar et se dirigent d?abord vers l?est, puis vers le sud-est. Dans le temps, c?était assez rare. Ils prenaient forme plutôt du côté de St.-Brandon. Maintenant, est-ce que c?est dû à un changement de climat ? Il faut voir à plus long terme, on ne peut pas dire pour le moment.?

?La Terre a connu de nombreux changements climatiques (...) au cours de son histoire et la planète s?est toujours adaptée. Mais elle doit aujourd?hui faire face à un réchauffement global qui évolue à une vitesse et à une échelle telles qu?elle ne peut s?adapter naturellement à ce phénomène.?

Températures : Depuis 1950, la température à Maurice a enregistré une hausse de 0,5 à 1 C. Des records de température ont été notés en décembre 2006 et janvier 2007, atteignant des chiffres qui n?avaient pas été enregistrés depuis 50 ans. Et les températures minimales en hiver ont marqué une légère hausse également.

Niveau des mers : Un autre fait inquiétant est la hausse du niveau des mers en raison du réchauffement des océans et de la fonte des glaces polaires. Durant le 20e siècle, les mers dans le monde ont monté de 10 à 20 cm. Les prévisions indiquent une hausse de 11 cm à 43 cm pour le 21e siècle. A ce rythme, il est estimé que 2 000 îlots indonésiens et les Maldives, entre autres, sont voués à disparaître sous les eaux. A Maurice, les zones côtières du nord et du sud-ouest sont les plus vulnérables. Yahyah Pathel estime que la hausse, d?ici l?an 2100, se situera entre 50 et 95 centimètres.

L?homme, cause de ce dérèglement des équilibres naturels : La Terre a connu de nombreux changements climatiques. Des ères glacières suivies de périodes chaudes et sèches se sont succédé au cours de son histoire et la planète s?est toujours adaptée. Mais elle doit aujourd?hui faire face à un réchauffement global qui évolue à une vitesse et à une échelle telles qu?elle ne peut s?adapter naturellement à ce phénomène. La principale source de ce réchauffement climatique est liée aux émissions de gaz à effet de serre, principalement le carbone, provenant de l?utilisation de combustibles fossiles (huile, gaz et pétrole). Ces émissions sont principalement liées à l?activité humaine et aux besoins de l?industrialisation.

Vulnérabilité des petites îles : Les petites îles, comme Maurice, sont particulièrement vulnérables aux désastres naturels, en raison de leur petite taille, de leur isolement et de la fragilité de leurs écosystèmes. Et bien qu?elles ne soient pas responsables d?une grande part de l?émission de ces gaz à effet de serre dans l?atmosphère, elles seront les premières à souffrir des effets du changement climatique.

On peut imaginer le scénario catastrophe que ces changements climatiques causeraient tant sur le plan écologique qu?économique, social ou démographique si Maurice ne se prépare pas au réchauffement global pour les 20 à 50 prochaines années.

Chacun d?entre nous va au banc des accusés : Le changement climatique est l?affaire de chacun d?entre nous. Nous y contribuons tous, en circulant en voiture, en utilisant l?air conditionné, en achetant des produits importés par avion, en prenant l?avion? Le mode de développement global de nos sociétés actuelles nous a amenés à utiliser des combustibles fossiles pour produire de l?énergie devenue indispensable à nos modes de vie.

Pourtant, par des gestes simples, nous pouvons déjà réduire ces émissions de gaz, véritable poison pour l?avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous ne pouvons certes espérer interrompre ces changements à court terme. Mais à moins d?une modification en profondeur de nos modes de vie, nous pouvons nous attendre à un réchauffement plus intense et plus rapide de la planète dans un futur proche.

Pour réduire ces émissions de gaz à effet de serre, il est primordial que chaque Etat prenne les dispositions nécessaires, notamment au niveau des industries productrices d?énergie. Maurice a ratifié la convention des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) en 1992 et le protocole de Kyoto en 2001, s?engageant ainsi à réduire ses propres émissions.

Pourtant, on constate une augmentation d?émission de CO2 ces dernières années, confirment les chiffres du ministère de l?Environnement. Cette hausse est due notamment à une augmentation du nombre de véhicules à moteur, cause de 29 % d?émission de ce gaz. Toutefois, l?industrie de l?énergie - la production de l?électricité ? en est la cause principale, avec 51 %. Le troisième rang est occupé par les industries manufacturières, avec 13 % de l?émission de CO2.

Il est essentiel que les Etats préparent des plans d?action afin de prévoir des moyens d?adaptation aux conséquences de ce changement climatique. A Maurice, le National Climate Change Committee a été institué au bureau du Premier ministre pour assurer le suivi des protocoles engagés et des actions entamées.

Maya DE SALLE ESSOO

Le météorologue ne fait pas la pluie et le beau temps

Le métier de météorologue consiste à étudier des données sur ?le changement climatique sur une longue période, les variations annuelles, les cyclones et autres conditions climatiques extrêmes?, explique Shyamnath Veerasamy. Ainsi, les météorologues mauriciens analysent les données transmises d?autres stations et de bateaux qui croisent dans la région de l?océan Indien, de bouées et de photos satellites du monde entier reçues toutes les 30 minutes. D?autres relevés effectués sur tout le pays sont également utilisés. ?On fait des relevés du vent et de la température, en altitude et au sol, de l?humidité, de la pluviosité. Ces données permettent d?analyser le temps en trois dimensions, pas seulement ?à la surface de la terre.?

L?analyse de ces données permet de faire des prévisions, lesquelles font l?objet de bulletins communiqués à l?ensemble de la population et à des secteurs spécifiques tels que la marine, l?aviation, l?agriculture. Ces renseignements permettent à chacun de se préparer et d?agir en fonction du temps qu?il fera. La responsabilité des météorologues est donc grande, l?activité économique dépendant pour beaucoup du climat.

La station météorologique de Vacoas est aussi un centre d?alerte aux tsunamis. ?C?est-à-dire qu?on reçoit les données d?Hawaï et du Japon. Ils nous préviennent s?il y a un tremblement de terre de plus de 6,5 sur l?échelle de Richter et ils nous disent s?il y a des risques de tsunami. En cas de danger, nous émettons l?alerte?, explique Shyamnath Veerasamy. Si cette alerte n?est pas émise à temps, des milliers de vies sont en danger, comme la catastrophe de décembre 2004.

Bouleversements dans le quotidien des Mauriciens

FONDS MARINS : Un océanographe confirme que le réchauffement de la mer dégrade l?environnement marin, résultant au blanchiment des coraux. Quand les coraux meurent, les poissons migrent car ils ne trouvent plus la nourriture nécessaire à leur survie.

AGRICULTURE : L?agriculture est également vulnérable. ?Les champs seront inondés. Les planteurs devront évacuer l?eau au moyen de drains. Les vents auront un impact sur les plantes, il faudra de plus en plus de variétés qui leur résistent. La culture hydroponique est une solution, mais elle est coûteuse?, explique Yahyah Pathel.

TOURISME : Secteur fragile, un tsunami ou une épidémie du chikungunya suffit à bloquer ce pilier de l?économie. ?En raison du changement climatique, les touristes appellent la station de Vacoas pour connaître les prévisions météorologiques durant leurs vacances?, raconte Shyamnath Veerasamy.

SANTÉ : Le docteur Pyndia, virologue, attribue la prolifération de moustiques vecteurs du chikungunya à l?alternance de pluies et de chaleur. En raison d?hivers moins froids, les ?ufs ne sont pas détruits et peuvent éclore à la prochaine pluie. Les inondations pourront causer des épidémies d?hépatite A et une hausse de température peut entraîner la prolifération de mouches, favorisant la transmission de maladies infectieuses telles la gastro-entérite et la méningite.

Questions à Yahyah Pathel du ?National Climate Change Committee?

Quels sont les projets mis en place pour faire face aux changements prochains ou déjà en cours ?

Différentes institutions sont engagées dans la recherche. Elles incluent l?université de Maurice, le Mauritius sugar industry research institute, l?Agricultural research extension unit, les services météorologiques, la Tertiary education commission, le Mauritius research council et les ministères de l?Agro-industrie, des Services publics et de l?Environnement.

La hausse du niveau de la mer risque d?inonder des villages, des hôtels. Comment réagir ?

Il faudra une amélioration des systèmes d?évacuation des eaux, donc avoir des drains performants. Il faudra aussi élever les fondations des maisons qui seront construites. Pour les hôtels, on impose déjà, dans leur ?environment impact assessment?, le respect d?une réserve (set back) de 30 mètres de la ligne de marée haute (high water mark).

Faut-il prévoir des mouvements de population ?

On peut prévoir des retraits temporaires. L?île étant petite et surpeuplée, on ne peut abandonner les zones côtières qui peuvent être inondées temporairement.

Quelles sont les capacités de Maurice en matière d?eau potable ? Risquons-nous d?être à court ?

Notre réseau de distribution d?eau potable est très développé. Mais à cause de la topographie et de notre situation tropicale, il y a un écoulement rapide des eaux et une évaporation importante. Il y a donc très peu d?emmagasinage naturel de l?eau.

Il y a un plan intégral au niveau du Water Resources Unit en vue d?augmenter les capacités d?emmagasinage, afin de répondre à la demande jusqu?à l?an 2040. Ce plan comprend la construction de barrages, la réhabilitation des structures existantes et le développement des nappes souterraines.

Comment faire baisser l?émission de gaz à effet de serre?

Il faudra aller de plus en plus vers les modes de production propres, la conservation d?énergie et vers les énergies renouvelables. Les bio fuels sont en développement, notamment l?éthanol. Il existe des projets d?utilisation de l?énergie du vent (wind energy) à Rodrigues. Déjà, les ampoules à faible consommation d?énergie (environ 80 % de moins), les chauffe-eau solaires et les cellules photovoltaïques pour l?éclairage sont utilisés.

Comment les Mauriciens peuvent-ils contribuer à faire baisser la consommation d?énergie et réduire l?émission de gaz à effet de serre ?

Il faut faire une économie d?énergie. On ne doit pas se servir de son véhicule pour 100 ou 200 mètres. Il faut penser à marcher plus et à pédaler plus. Eteindre les lumières inutiles.

Se servir d?équipements plus efficients, comme les réfrigérateurs, les micro-ondes, les machines à laver. S?assurer du bon entretien de son véhicule. Eviter tout gaspillage d?eau, de papier, d?éclairage.

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