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Progrès ?
L?idée de progrès est historiquement formulée bien avant l?époque moderne, puisqu?on la trouve déjà dans la fameuse « querelle des Anciens et des Modernes » vers la fin du XVIIème siècle. À la faveur des découvertes et des inventions, elle fera son chemin dans les esprits comme une succession d?étapes dont la dernière est supérieure à la précédente : l?éclairage au gaz apparaît comme supérieure à la lampe à pétrole. Ainsi ce changement étant toujours meilleur que l?étape dépassée, l?avenir sera toujours préférable au passé.
Trois principes découlent de cette idée : 1. L?histoire de l?humanité donne un certain sens au temps. 2. Cette histoire est conduite par l?Occident puisque l?idée de progrès en est issue. 3. Une volonté de transformer le monde, l?homme étant le maître de la nature. À preuve, l?essor des sciences et des techniques.
Pour l?univers grec au contraire, le temps a une course circulaire, ce qui amène l?éternel retour des mêmes étapes en des cycles successifs. La philosophie se situe dans l?étude du passé, non la prévision d?avenir.
Issue de la Genèse, l?idée de transformation du monde se réaffirme scientifiquement par le machitisme et le rôle croissant de la technique. D?où un glissement de la nécessité du « salut » à la philosophie du « bonheur ». François Bacon utilise, le premier, le terme « progress » pour signifier que l?homme doit connaître les lois de la nature pour la maîtriser? Descartes expose la même idée. Le concept du « Beau » fait place au concept de l?« Utile ». Et les économistes du XVIIIème siècle admettent qu?il est dans la nature humaine de toujours « vouloir plus ». La Tradition des anciens passe pour s?opposer à la marche en avant de la Raison.
De là naît la passion du Nouveau. La nouveauté est meilleure du seul fait qu?elle est nouvelle. C?est d?ailleurs l?une des ficelles inusables du négoce, aujourd?hui comme hier.
Cependant, si Condorcet est convaincu que le « genre humain marche toujours à une perfection plus grande » ? c?est le début du « sens de l?Histoire » et la lutte contre les « préjugés » ? les « postmodernes » que nous sommes remettent en cause de plus en plus ce bel optimisme, qui, vers les années cinquante, a pris le nom de « croissance », en germe dans le « Catéchisme positiviste » d?Auguste Comte. La croissance devient l?obsession des politiques : ses chiffres saturent les plans et les bilans, avec la prétention de fournir une échelle du « bonheur », (voir les études de F. De Closets, « Toujours plus » et « Encore plus ».) Avec les guerres, le terrorisme la nouvelle pauvreté, le citoyen du siècle n?est plus du tout persuadé que le Plus soit le Mieux. La science et les techniques ont aussi débouché sur des horreurs qui culminèrent avec l?arme atomique et l?arsenal redoutable de destruction que les états possèdent. Voilà longtemps que le fameux « progrès » est à reconsidérer. Au plus près de notre quotidien, dans l?ivresse de consommation qui fait d?imprévoyantes victimes. La confusion entretenue entre possession, richesses et bonheur multiple ses effets pervers. Dans les pays développés et sur-développés comme les Etats-Unis, le constat est accablant : sur-consommation, gaspillage des ressources, et éternelle insatisfaction de l?individu? En 1970 déjà, Jean Baudrillard écrivait : « Les progrès de l?abondance ont pour contrepartie des « nuisances » toujours plus graves ? conséquences du développement industriel et des structures mêmes de la consommation. Dégradation du cadre collectif par les activités économiques : bruit, pollution de l?air et de l?eau, destruction des sites? L?encombrement automobile a pour conséquence un déficit technique, psychologique, humain, colossal? » Et plus loin :? « L?abondance des sociétés riches est liée au gaspillage, puisqu?on a pu parler de « sociologie de la poubelle » : Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es ! Mais la statistique du gâchis et du détritus n?est pas intéressante en soi : elle n?est qu?un signe redondant du volume des biens offerts et de leur profusion? Bref, le gaspillage est toujours considéré comme une sorte de folie, de démence, de dysfonction de l?instinct, qui fait brûler à l?homme ses réserves et compromettre ses conditions de survie. » (« La société de consommation »). Or la Terre n?est pas inépuisable. Déjà des matières premières se raréfient. Le problème de l?eau pose une interrogation inquiétante.
De cette surconsommation suicidaire naît l?idée nouvelle de « décroissance ». Non plus consommer plus, mais consommer moins et mieux? L?homme entendra-t-il cette nouvelle sirène d?alarme ??
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