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Prisons : le calme avant la rémission?

11 novembre 2005, 20:00

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C?est le calme plat. La journée de travail commence tranquillement, les officiers de la prison reprennent goût à leur métier. Durant la journée, ils plaisantent avec leurs pensionnaires et n?ont pas appeler la Prison Security Squad (PSS) à la rescousse. Et lorsqu?elle prend fin, l?étape la plus difficile, le lock up (lorsqu?ils sont tous enfermés dans leur cellule), se passe comme dans un rêve. Qu?est-ce qui a bien pu se passer dans nos prisons ?

La New Wing, normalement très problématique, a été locked up à 17 h 50 mardi et à 18 heures mercredi et hier. A la prison centrale, à Beau-Bassin ? la plus peuplée ? tous regagnent sagement leurs quartiers vers 19 heures, ou 19 h 45 dans le pire des cas. Il y a deux mois (et c?est là une situation qui dure depuis plusieurs années), c?est vers 23 heures que les officiers de la prison pouvaient avoir un peu de répit. Qu?arrive-t-il donc aux détenus ?

La phrase magique est venue de l?Attorney General. L?annonce qu?il a faite à la suite d?une question parlementaire, que la rémission sera bientôt étendue à toutes les catégories de prisonniers, a fait bien des heureux. Et il ne s?agit pas que des détenus. Ce sont aussi et surtout ceux qui nous ont raconté ce que nous avons rapporté plus haut : les gardes-chiourme.

«Na pena bate, na pena zoure»

Leur plus grand plaisir est tout simple. «Bann la dir wi misie, non misie ! Lontan pa tann sa !» plaisante un garde-chiourme posté à la prison centrale de Beau-Bassin. «Na pli bizin krie ar zot aster. Na pena bate, na pena zoure, zot fer seki dir zot fer», ajoute son collègue de la New Wing.

Mais puisque l?annonce a aussi provoqué une levée de boucliers, que se passe-t-il si le gouvernement change d?avis ? Silence à l?autre bout du fil. «Mais la question ne se pose pas, non ?» demande notre interlocuteur. Lorsqu?il s?entend dire que c?est une possibilité à ne pas écarter, il laisse échapper sa déception. «Ayo papa. Bel b? pou ena?»

Un autre garde-chiourme, lui, y a pensé. «Je croise les doigts. Zot pou devir prizon la anba lao, sa mo kapav dir ou», affirme-t-il, inquiet. Pour l?heure, les détenus ne seraient pas encore à se poser des questions. «Ils savent que cela fait débat, ils écoutent la radio, ils lisent les journaux. Mais je ne pense pas qu?ils ont conscience qu?il y a un risque que le gouvernement change d?avis», raconte un officier de la prison.

Les inquiétudes sont plus au niveau de l?administration. «On se dit que si ce gouvernement ne prend pas cette décision au début de son mandat, il ne la prendra jamais. On se dit aussi que s?il fait marche arrière, aucun autre gouvernement n?aura le courage de venir de l?avant avec une décision courageuse telle que celle-là», explique une source à la prison.

La crainte ne découle pas autant de l?éventualité que la rémission ne vienne pas que d?avoir à faire face à la réaction des détenus concernés. «Plus de 60 % des détenus ont été condamnés sous le Dangerous Drugs Act. Cela fait plus de la moitié de la population carcérale. Ils auront l?impression d?avoir été bernés. Zot pou gagn linpresyon inn kouyonn zot ek zot pou pran revans», explique-t-on. «Be pou bizin rekoumans servi violans si zot na pa ekoute», réagit un membre de la PSS.

D?aucuns expriment la crainte que le commissaire des prisons, Bill Duff, soumette sa démission dans une telle éventualité. «Li mem linn al koz ek bannla pou explik zot ki biento, tou pou korek. Ki li pou fer aster ?» demande une source à la prison.

Surpopulation pénale

Mais nous n?en sommes pas encore là. A l?invitation de l?Attorney General, un juge français qui travaille actuellement à Mayotte a rencontré la presse hier. Yves Moatty a expliqué

à quel point le problème de surpopulation pénale était préoccupante en France et comment des mesures alternatives à l?emprisonnement ont été trouvées.

Elles sont, entre autres, la rémission des peines, des décisions du parquet de ne pas poursuivre ou de différer les poursuites, les libérations conditionelles (pour ceux ayant déjà été condamnés), les réductions de peines (sujettes à révocation), la réduction des peines supplémentaires, les régimes de semi-liberté (où le condamné garde son travail mais retourne à la maison d?arret dans la soirée et y reste les week-ends et les jours fériés) et les bracelets électroniques.

Mais malgré ces alternatives, poursuit le juge Moatty, les prisons ne se vident pas. Pourquoi ? «Soit la délinquance augmente, soit les tribunaux deviennent plus sévères», répond le juge. En effet, la sévérité des peines sera un élément-clé dans la décision éventuelle de rétablir la remise de peines à tous les prisonniers à Maurice. «La loi pou vinn bien bien sever», disait le Premier ministre.

«La loi deza ase sever», réplique un officier de la prison. «Pa fer nanie mem vinn pli sever. Omwin pou ena lord dan prizon», rétorque son collègue? Est-ce que ce sera le calme avant la tempête ou bien la tempête s?en est-elle allée ? Là est la question?

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