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Pressées, ces fleurs font le tour du monde
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Pressées, ces fleurs font le tour du monde
Le procédé date de l?ère victorienne, sinon avant. Il s?agit même d?une spécialité de jeunes filles en fleur. On prend une fleur à son goût. N?importe laquelle pourvu qu?elle ne soit pas trop épaisse ni trop volumineuse. On évitera donc la pince de crabe ou encore les lanternes chinoises ou vénitiennes. On la place entre deux pages d?un livre, de préférence d?une bonne épaisseur plutôt que d?une bonne auteure. Et on l?oublie. La fleur et non l?auteure. Longtemps après, au hasard d?une lecture ou d?une relecture, on la redécouvre, avec surprise, bonheur et ravissement, séchée, compressée, réduite à la minceur et à la transparence d?une feuille translucide mais ayant conservé l?essentiel de ses couleurs initiales. La fleur peut être même plus belle que dans sa fraîcheur naturelle mais éphémère et déjà condamnée, dès sa cueillette, à se faner inexorablement. Elle peut, ainsi séchée, se conserver indéfiniment ou presque. Prenez d?autres fleurs, également séchées mais toutes aussi belles. Ajoutez-y quelques brindilles et feuilles pareillement séchées avec le même soin. Collez esthétiquement le tout sur un morceau de carton et vous obtiendrez une carte de souhaits unique au monde, ayant l?avantage de posséder toutes les qualités sentimentales et même romantiques du plus beau bouquet de fleurs naturelles. C?est ce raisonnement qui incite l?entreprise «Flowers of the World», dans les années 1980, à se lancer dans la production de cartes de souhaits aux fleurs séchées, pour le compte, entre autres, de la célébrissime compagnie américaine spécialisée dans les cartes de souhaits pour toutes occasions, «Hallmark». Une référence internationale mais aussi une reconnaissance mondiale pour une entreprise mauricienne, récente de surcroît, dans un secteur d?activités commerciales des plus exigeants.
En seulement deux ans, de 1980 à 1983, «Flowers of the World» voit son personnel passer de 18 employés à?309. En dépit de multiples entraves administratives et financières, l?optimisme, tant de ses dirigeants que de l?ensemble du personnel, reste de mise. Son directeur général, Alain Lenferna de la Motte déclare à la presse : «Nos carnets de commande sont pleins à ras bord pour les deux ans à venir. Nous pouvons même doubler notre capacité d?emplois et de production si les conditions financières sont assouplies».
Une modeste entreprise mauricienne parvient ainsi en peu de temps à jouir d?un prestige certain sur le redoutable et si difficile marché américain. L?agrément de «Hallmark» dit mieux que tout que l?éloignement géographique disparaît quand on peut surpasser les meilleures entreprises mondiales dans un secteur d?activités défini. Il faut savoir qu?aux Etats-Unis d?Amérique l?engouement pour les cartes de v?ux est tel qu?il existe, même dans les villes de moyenne importance, plusieurs magasins à étages ne vendant que des cartes de souhaits qu?accompagnent, mais pas toujours, les accessoires pour réceptions et anniversaires à célébrer fastueusement.
«Hallmark» a bien sûr l?embarras du choix parmi les meilleurs fournisseurs de cartes de souhaits au monde et pourtant cette compagnie américaine donne son agrément à une entreprise mauricienne située à son antipode ou presque. La plus grande sévérité accompagne sans cesse ses achats mais pourtant elle conserve sa confiance dans le savoir-faire et la méticulosité de producteurs mauriciens, ne connaissant pourtant pas grand-chose des exigences de la clientèle américaine. Il suffit de savoir que «Hallmark» est synonyme de la perfection la plus grande et la plus totale. Une quête d?excellence qui ne saurait tolérer la moindre erreur ni la moindre négligence.
La technique de la fleur séchée artificiellement et rapidement est particulièrement redoutable. Il ne suffit pas d?être irréprochable au moment de l?expédition d?une commande. Faut-il encore que celle-ci parvienne au point de vente dans les mêmes conditions optimales et que les produits ne se détériorent pas pendant la durée de la vente et même au-delà de l?offrande. Il ne faudrait pas que le bénéficiaire d?une carte de souhaits «Hallmark» mais «made in Mauritius by Flowers of the World» se retrouve devant une carte de souhaits aux «petites fleurs fanées, petites fleurs haïes, dire moi touzours où que c?est zens foutes». C?est dire que «Flowers of the World» utilise des procédés conservés jalousement secrets.
Alain Lenferna et Robert Maujean, les deux principaux dirigeants de «Flowers of the World», en 1983, misent énormément sur la formation du personnel comme sur la parfaite communication entre employés de tous les échelons. Il est impérieux que tout un chacun sache parfaitement le degré d?excellence attendu de tous. On ne badine pas avec la qualité chez «Flowers of the World». Tout un chacun sait travailler pour un produit unique même si, en 1983, la production annuelle est supérieure à deux millions de cartes de souhaits revêtant toutes les mêmes qualités mais en étant chacune unique au monde.
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