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Premiers échanges de vues entre les secteurs public et privé

5 avril 2004, 20:00

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LES CHOSES serieuses ont commencé. Après une journée de relative détente, dimanche, la délégation mixte public-privé en mission à Madagascar, menée par le Premier ministre Paul Bérenger, s?est mise au travail.

La délégation du secteur privé mauricien, composée notamment de représentants du Joint Economic Council (JEC), de la Chambre du commerce, de la Chambre d?Agriculture et d?autres hommes d?affaires mauriciens déjà à Madagascar ou en visite de prospection, ont participé à une réunion sectorielle préparatoire à l?hôtel Colbert dans l?après-midi.

Une quarantaine d?hommes d?affaires malgaches ainsi que des ministres mauriciens et malgaches étaient également présents. Les ministres malgaches se sont employés à dissiper certaines craintes.

?Je n?exclus aucun secteur en termes de partenariat entre les deux pays. Toutes les conditions sont réunies pour que la collaboration bilatérale puisse prendre un nouveau depart?, déclare Paul Bérenger. Le message est clair. Les deux gouvernements jetent les bases solides cet après-midi à travers la signature de plusieurs accords, dont un accord-cadre general, et des protocols d?accords pour la coopération touristique, l?agriculture et la culture.

L?accord le plus attendu par le secteur privé est certainement celui portant sur la promotion et la protection des investissements réciproques. Apres la signature de ces documents, ce sera au secteur privé de faire le reste.

La journée de Paul Bérenger a débuté à 9 heures hier. C?est dans sa suite présidentielle de l?hotel Colbert que le Premier ministre, flanqué des six autres ministres mauriciens, a reçu le ministre des Affaires étrangères, Marcel Ranjeva. Ce dernier a chaudement remercié Maurice pour son aide ?à tous les plans?. S?en est suivie une brève escale auprès du Président du Sénat, avant un autre échange de courtoisie à l?Assemblée nationale de Madagascar. Soa Lahy, président par interim du Parlement a profité de l?occasion pour effectuer un plaidoyer en faveur de la démocratie. Pour lui, bien que les ?principes démocratiques règnent à Madagascar, la Grande Ile a beaucoup à apprendre de Maurice?. Mamy Rakotoarivelo, vice-président du Parlement pour la région d?Antananarive, a, pour sa part, plaidé pour la mise sur pied d?un groupe d?amitié interparlementaire entre les Assemblées nationales des deux pays.

De retour à l?hôtel Colbert, le Premier ministre et ses collègues ministres ont reçu le vice-Premier ministre malgache, Zaza Ramandimbiarisou. Plusieurs aspects de partenariat entre les deux pays ont été évoqués durant cette réunion.

Après le déjeûner offert par le ministre des Affaires étrangères malgache et présidé par le vice-Premier ministre malgache, la délégation a mis le cap sur l?Agence universitaire de la francophonie, également située dans la capitale malgache. Une table-ronde sur le développement de la coopération régionale universitaire ainsi que sur le développement des Technologies de l?information et de la communication (Tic) s?y est tenue.

Pradeep Jeeha, ministre des Technologies d?information et de la Telecommunication a fait un exposé sur la stratégie mauricienne pour développer ce secteur tandis que son homologue malgache, Clemont Mahazaka, a parlé de la francophonie.

Les Tic pour une croissance soutenue

Un point commun toutefois entre les deux discours. Les deux personnalités estiment que les nouvelles technologies sont des instruments sine qua non pour aider à réduire le fossé qui sépare les pays en voie de développement et les pays développés.

?Notre gouvernement est conscient que les Tic sont des stimulants pour développer notre économie et permettre une croissance soutenue?, fait ressortir Clémont Mahazaka. Madagascar compte utiliser les Tic pour ?réduire de moitié l?extrême pauvreté d?ici 20 ans?. Pour y arriver, il faut d?abord développer les ressources humaines qui constitueront la base pour le développement de ce secteur.

Pour Paul Bérenger, les Tic doivent non seulement devenir un cinquième pilier, mais doivent également pénétrer toutes les autres secteurs. Ce développement, selon le Premier ministre, permettra ?de faire un bond en avant au niveau de la productivité?.

Ce dernier considère que Maurice a une carte maîtresse pour permettre un décollage de ce secteur : c?est son bilinguisme. ?Nous jouons cet élément à fond?, affirme Paul Bérenger. Il invite à une collaboration à quatre, avec l?Inde, la France, Madagascar et Maurice, pour faire ?quelque chose de formidable?.

Entre-temps, le secteur privé mauricien exprimait ses craintes d?investir à Madagascar lors de la réunion sectorielle de préparation. Ces appréhensions ont été émises à travers plusieurs tables rondes qui avaient chacune un thème spécifique (industrie et commerce, agriculture, pêche et agro-industrie, secteurs autres que financiers, tourisme, institutions du secteur privé).

Certains participants se sont montrés assez sceptiques devant les promesses de coopération étroites tenues par les gouvernements malgache et mauricien. ?Madagascar possède des réalités qu?on ne peut effacer d?un trait de plume. La corruption, la bureaucratie et l?absence d?une main d?oeuvre qualifiée sont des éléments que l?on ne peux nier?, affirme un des participants aux tables rondes. La compagnie de ce dernier est installée dans la zone franche malgache depuis quelques années et a dû fermer les portes momentanément lors de la crise malgache qui avait eu lieu début 2002. Pour les autorités malgaches, de multiples initiatives sont prises afin d?éliminer ces problèmes.

Guichet unique pour l?investissement

Certains investisseurs mauriciens ont fait état d?autres craintes. L?instabilité de la monnaie malgache en fait partie. ?De l?opinion générale, il y aura une plus grande stabilite dans l?avenir?, relativise Sushil Khushiram, ministre du Développement économique.

Autre contrainte soulevée : l?environnement fiscal malgache qui n?est pas aussi favorable qu?à Maurice. Pour faciliter l?investissement, le Guichet unique pour l?investissement et le développement des entreprises, l?équivalent du Board of Investment, mauricien a vu les jours il y a quelques mois, tout comme un Conseil supérieur de lutte contre la corruption qui a été créé en 2003.

D?autres, en revanche, sont très optimistes. ?Au niveau de l?agriculture, il existe d?énormes possibilités. Madagascar pourrait exporter des fruits, du maïs, de l?ail ou encore des oignons à Maurice en partenariat avec des Mauriciens. Ceci sera cependant possible que si Madagascar satisfait les normes phytosanitaires. Les maladies du maïs sont transmissibles sur la canne à sucre?, indique Jean-Claude Autrey, directeur du Mauritius Sugar Industry Research Institute.

? Les autorités malgaches montrent qu?ils veulent déboucher sur du concret. Déjà, il y a quelques pistes très intéressantes, notamment au niveau du tourisme et de l?agriculture qui se dessinent. Il est cependant certain qu?il y a des difficultés, mais les décisions importantes sont prises?, résume Gilbert Espitalier-Noël, président sortant du JEC et représentant du secteur privé.

En début de soirée, le Premier ministre s?est adressé au secteur privé mauricien. Il a notamment parlé des initiatives prises des deux côtés pour développer plusieurs secteurs particulièrement prometteurs. La journée s?est achevée par un cocktail au Hilton d?Antananarive offert par l?ambassade de Maurice à Madagascar.

Aujourd?hui, Paul Bérenger rencontrera le Premier ministre malgache, Jacques Sylla, ainsi que le président de Madagascar, Marc Ravalomanane en vue de signer les accords bilatérales entre les deux pays.

de notre envoyé spécial à Madagascar Patrick HILBERT

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