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Première à Cannes pour Amrita Auckloo Dyalah

22 novembre 2004, 00:00

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Pinceau voyageur à l’âme aventurière. Amrita Auckloo Dyalah s’est récemment payé sa première cannoise. Son festival à elle : le Grand Marché d’Art Contemporain à Valbonne, à six kilomètres au nord de Cannes. Si le peintre participe assidûment à cet événement international – parfois même à raison de trois fois l’an – c’est la première fois qu’elle est invitée à l’édition cannoise de la manifestation, qui s’est tenue du 26 au 29 août dernier en France.

Unique mauricienne a y faire chatoyer les nuances locales, Amrita Auckloo Dyalah a eu l’occasion d’éclabousser le soleil cannois avec ce rouge soutenu dont elle est très friande. Consciente de la portée symbolique de cette couleur primaire, le peintre préfère étaler l’acrylique sur la toile au couteau plutôt qu’au pinceau. “Quand je compose un tableau, j’ai besoin que ça aille vite. J’aime le vertige de la vitesse d’exécution. Pourtant, ma méthode de travail est paradoxale. Le couteau consomme trois fois plus de temps et de matériau que le pinceau.”

Commentant sa palette à forte dominante carmin, Amrita Auckloo Dyalah nous explique : “le rouge, c’est joli et effrayant à la fois. Je pense qu’il faut avoir du courage pour peindre en rouge. C’est à la fois la couleur du sang et celle de la victoire.”

Autant de tons chauds pour envelopper les formes généreuses des nus d’Amrita Auckloo Dyalah. Son couteau a tracé sans fausse pudeur des seins alourdis par une maternité épanouie. Ainsi, les 25 tableaux qu’elle a présentés à Cannes ont pour point commun son idée toute personnelle de la féminité. Une condition, un état d’esprit parfaitement assumé.

Là, au milieu d’une mare rouge réchauffée à l’ocre, de langoureuses baigneuses sont en route vers une rivière imaginaire. Des danseuses gardent gracieusement le rythme. Des mères allaitent, pour la postérité, des enfants goulus et potelés. Plus loin, l’une d’elle tient en équilibre un enfant sur la hanche, tout en enlevant une épine dans la plante de l’un de ses pieds.

“On croit que je suis insolente, que ce soit dans mon expression verbale ou artistique.” Mais son intérêt est ailleurs. Amrita Auckloo Dyalah affirme qu’elle ne cherche pas la confrontation, mais le naturel, “sans hypocrisie, sans tabou.” L’inspiration, notamment pour les nus, lui vient de ses regards brûlés par les sculptures érotiques du temple de Khajuarao, en Inde. Une lecture des reliefs faite de pair avec celle du Kama-sutra. “Ce n’est pas logique. Pourquoi cacher ce qui se rapporte à l’art d’aimer ? C’est vrai que tout un chacun est libre d’y projeter ses fantasmes, mais n’oublions pas que l’on peut déshabiller du regard une femme couverte de la tête aux pieds.”

Et à ceux qui lui font remarquer que son coup de couteau a changé, le peintre déclare sans ambages : “Je n’ai pas un style.” Nostalgique des images de son enfance, du letan lontan, Amrita Auckloo Dyalah chérit son héritage de descendante de la troisième génération de Mauriciens d’origine indienne, venus de Calcutta. “J’aime les pots. Ce sont des objets du quotidien qui renferment une énorme charge affective.” C’est l’une des raisons expliquant la présence de cet objet usuel dans de nombreux tableaux de l’artiste. Un repère qui sera certainement présent dans l’exposition que le peintre présentera au public local d’ici février 2005.

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