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Possibilités inégales
«Bisin enn Jugnauth pou dirige sa pays-là. » Comment un jeune, empli d?idéal, qui a toute sa carrière devant lui, réagit-il face à une telle absurdité ? En riant, bien sûr?
Mais vite, il déchantera. Car, dans le fond, Ashock Jugnauth n?a pas tort. Notre histoire politique en atteste. La seule exception au titre de Premier ministre, Paul Bérenger (après un partage dit « à l?israélienne » avec sir Anerood Jugnauth) lui-même n?y croit plus et pire, encourage Ashock Jugnauth et par extension, son risible slogan.
Face à l?opposition, le chef du gouvernement, sans doute mal placé pour donner la réplique, n?est, en termes de progrès démocratique, pas moins rétrograde en annonçant son intention de réglementer l?activité journalistique.
Qu?on l?admette ou pas, ces postures de nos politiciens contribuent inexorablement à saper le moral de nos jeunes, à briser leurs idéaux. Et ce n?est guère surprenant quand on entend, de plus en plus, autour de nous, manifester ce désir de partir ailleurs, d?échapper à un discours politique dépassé, voire réactionnaire.
On ne s?appesantit sans doute pas assez sur les causes de la migration de nos compatriotes, en particulier celles de nos jeunes. Aux espoirs d?un meilleur cadre de vie, d?une formation poussée, d?un emploi mieux rémunéré, d?un système éducatif moins cruel pour les enfants, s?ajoute sans doute ? une étude qui ne serait pas commanditée par un ministre viendrait le confirmer ? le spectacle désolant qu?offrent ceux censés les représenter et défendre leurs valeurs.
Dans son dernier rapport, circulé cette semaine, l?UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) consacre, pour la première fois, un supplément jeunesse qui accompagne l?état de la population mondiale 2006. « La mondialisation et un plus large accès à l?information ont sans doute rendu les jeunes plus conscients des possibilités qui font défaut à leur pays [?] Les jeunes espèrent un avenir où leurs visions et leur plein potentiel puissent se réaliser. Avec des possibilités limitées et inégales, il n?est pas surprenant qu?une forte proportion de jeunes des pays en développement et des pays en transition souhaite émigrer. »
À Maurice, on sait peu de chose de la diversité de la migration de nos jeunes. Si un bon nombre d?entre eux, partis poursuivre de coûteuses études en terre étrangère, ne rentrent plus, en revanche la plupart, en raison de leurs attaches familiales, tentent d?évoluer dans l?environnement particulier d?ici. Mais bien vite, ceux-ci réalisent qu?il leur est quasi-impossible de rembourser les dettes contractées pour les études, d?aspirer à un style de vie auquel ils rêvaient (en fonction de leurs qualifications) et d?économiser pour construire un avenir.
Ce sont ces jeunes, nos amis, nos cousins, nos voisins, nos collègues, qui pourraient devenir les dirigeants de demain, qui s?en vont, grossir la communauté internationale des migrants, qui s?élève de nos jours à plus de 200 millions, soit le nombre le plus élevé de l?histoire de l?humanité.
La récente conférence sur la diaspora mauricienne a permis de rappeler le contexte qui a poussé nos compatriotes à aller vivre ailleurs. Aujourd?hui, même si les conditions extrêmes d?hier ont connu un net progrès, il subsiste encore plein de raisons à étudier, afin de stopper l?exode des cerveaux ? de vouloir partir ailleurs. Entre autres, parce qu?on ne s?appelle pas Jugnauth !
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