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Paul Bérenger : «J?ai peur pour mon pays »

25 août 2006, 20:00

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«Mo per !» Campé sur le caisson d?un camion, le ton dramatiquement sévère et le visage tantôt crispé de colère et tantôt détendu de dérision, l?ancien Premier ministre Paul Bérenger a fait vibrer les 2 000 et quelques sympathisants venus l?écouter hier à la croisée Laboutik Zorro, Beau-Bassin. Visiblement, quand le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) a peur, ses partisans tremblent.

La mobilisation était impressionnante vu qu?il n?y a aucune joute électorale à l?horizon. En même temps, elle n?avait rien de singulier dans la mesure où le meeting se tenait dans un fief traditionnel du MMM. Les talents d?organisation de Rajesh Bhagwan, député de la région, et une conjoncture socio-économique propice ont fait le reste. La chaude ambiance avait rendu toute sa verve au leader mauve. Quelqu?un dans la foule notait d?ailleurs à haute voix que «Paul est dans un fighting spirit».

Mais qu?est-ce qui fait donc peur à Paul Bérenger ? A bien l?entendre, tout dans la manière du régime travailliste à gérer les affaires du pays lui fait craindre le pire. A commencer par la pénurie de devises que le député attribue à la nouvelle politique fiscale qui consiste à imposer également les intérêts perçus sur les dépôts bancaires.

«Je prévois la catastrophe. La roupie, ce gouvernement et Rama Sithanen (ministre des Finances) n?inspirent plus confiance», estime Bérenger. «Et tout ce que Sithanen, le Monsieur je-sais-tout, peut trouver pour redresser la barre, c?est d?exhorter les Mauriciens à ne pas détenir des devises. Quelle farce !»

Bérenger nourrit également de sérieuses réserves par rapport aux dossiers sucre et textile. A son avis, le ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo, n?y comprend rien et son collègue Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie, n?est qu?un «bluffer» Il est convaincu qu?avec ces deux hommes présidant à la destinée de l?industrie sucrière, la communauté des petits planteurs est vouée à la disparition. Le coup de grâce, selon lui, est administré par Sithanen qui supprime toute exonération fiscale sur une partie des recettes sucrières. Et ce à un moment où les producteurs doivent accu-ser l?impact d?une baisse de prix de 36 %.

Le leader mauve exprime sa peur pour le textile avec un brin de prudence. Il n?en est pas tout à fait sûr mais il craint que le budget n?ait enterré ce secteur par le biais des modifications apportées à la taxe sur la valeur ajoutée. «Bien de choses qui sont dites de manière anodine dans le budget ont des conséquences graves. Nous étudions le document dans le but de tirer tout cela au clair», a-t-il indiqué.

<B>«Un crime contre les enfants»

Paul Bérenger a aussi peur que le gouvernement fasse échouer le traité de non-double taxation avec l?Inde touchant le secteur offshore. Il craint que le manque de rigueur du régime par rapport à l?exportation du thon n?entraîne une perte de confiance de la part de l?Union européenne dans ce secteur. Il appréhende les négociations pour un accord de partenariat avec l?UE, estimant que ce régime risque fort de faire le pays y perdre «des plumes et du poids» Il est également habité par la hantise que Maurice se laisse dominer par l?Afrique du Sud lors des prochaines négociations portant sur la baisse des tarifs douaniers au sein de la Communauté de développement de l?Afrique australe.

Mais il n?y a pas que l?économie. Paul Bérenger est outré par la gestion de l?éducation nationale et de la santé publique par les travaillistes. «Ce gouvernement commet un crime contre les enfants de Maurice», a-t-il vociféré. Avant lui, l?ancien ministre de l?Education, Steven Obeegadoo, s?était appesanti sur la question, fustigeant son successeur et défendant son propre bilan. «Gokhool (le ministre de l?Education) a réussi l?exploit de faire l?unanimité contre lui. Même Tengur (syndicaliste) est contre lui», constate Bérenger.

En outre, Paul Bérenger met en relief ce qu?il appelle la mauvaise administration du dossier chikungunya par le ministère de la Santé. «Leurs propres experts disent que la démoustication a fait plus de mal que de bien. L?Organisation mondiale de la santé vient de leur remonter les bretelles par rapport aux précautions qui auraient dû être prises pour prévenir une éventuelle épidémie de la grippe aviaire? »

La moralité, la fraude et la corruption ont été les autres thèmes sur lesquels s?est exprimé l?ancien Premier ministre. «La Commission anticorruption est de nouveau politisée. La police est intimidée et menacée de transferts punitifs quand elle fait correctement son travail. L?ex-avocat de Teeren Appasamy, incriminé dans la fraude massive concernant les dépôts du fonds national de pension à la Mauritius Commercial Bank, est aujourd?hui ministre de la Justice. Du coup, on ne parle plus de son extradition et l?Icac se désengage de l?affaire? »

Le MMM en appelle à la mobilisation populaire pour faire barrage aux excès du gouvernement. Il met également en garde contre la «propagande»du régime, faite lors de lacampagne d?explication autour du budget.

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