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Pas de lumière au bout du tunnel

31 mai 2004, 20:00

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Assise sur un rocher, à l?ombre d?un grand arbre, une grand-mère est entourée de quelques-uns de ses vingt-sept petits-enfants. Une assiette en plastique à côté d?elle laisse deviner qu?ils viennent de prendre leur repas ? à 15 heures. L?environnement est insalubre, l?air à peine respirable.

Les enfants, pour la plupart en bas âge, n?ont pas été lavés et portent des vêtements crasseux. Idem pour les adultes. ?Nou finne toujours vivre dans grand misère. Pena la lumière ni dilo. Ena saleté partout?, se plaint Lise Nadal, 71 ans.

Depuis cinq ans, elle a élu domicile chez les squatters à Belle-Mare, sur la partie opposée à la plage publique. A la faveur de promesses électorales mirobolantes, ils sont au moins 300 qui attendent depuis quatre à neuf ans, d?être régularisés par le gouvernement.

<B>Amputé de la jambe droite</B>

Les sentiers qui mènent aux maisons de fortune, construites ça et là, sont boueux et jonchés d?ordures. A certains endroits, une eau sale, stagnante.

A quelques mètres de la famille Nadal, vit Alain Balancy, un ex-maçon. Il a été amputé de la jambe droite après sa chute d?un échafaudage, il y a quatre ans. Mais il n?a toujours pas de réponse pour sa pension.

Agé de 52 ans et veuf, Alain Balancy est père de trois enfants. ?J?ai pas mal de problèmes pour suivre mon traitement à l?hôpital de Candos. Je dois parcourir une très longue distance pour prendre l?autobus?, se plaint-il.

Sylvio Pépin, lui, vit ce cauchemar depuis neuf ans. Père également de trois enfants, il gagne sa vie comme maçon. ?Bann zenfans gagn boucoup problems. Pena dilo pou lave zotte. Avan mo ti pe alle sers dilo lors la plage. Aster nou diman avek voizin ki ena dilo. Minis vinn guett nou, mais zott pa fer narien?, dit-il.

<B>Désespoir</B>

L?absence d?une école primaire dans la région cause beaucoup de souci aux parents. ?Nos enfants doivent se rendre à l?école de Quatre-Cocos. L?après-midi, ils n?ont aucun moyen de transport et doivent parcourir au moins trois milles à pied pour rentrer?, fulmine Sylvio Pépin.

Jean-Noël Alex Raboud s?inquiète de l?état de santé des enfants qui tombent très souvent malades en raison de l?absence d?hygiène. Il fait des petits mé-tiers : maçon, peintre ou pêcheur pour gagner sa vie. ?Le service de voirie ne dessert pas notre région. Il y a des ordures partout?.

Lisette Maroden, une veuve âgée de 44 ans et mère de quatre enfants, ne dépend que de sa pension pour subsister. ?Tous les jours, mes enfants et moi devons parcourir plus de cinquante mètres pour aller chercher de l?eau chez des voisins.?

Nanda Devi Parsonola se laisse gagner par le désespoir. Depuis cinq ans, elle attend en vain d?avoir son contrat pour être régularisée. Quant à Jules Karl Jeanlice, un retraité, il craint pour l?avenir de ses deux fils, Jean Lindsay et Bernard. ?Kommie létan encor nou pou servi la bouzi ? Kan nou pou gagn dilo ?? se demande-t-il.

Grégoire Nanou se plaint de l?absence de loisirs pour les enfants, du problème de transport et du mauvais état des routes. ?Deux gouvernman finn change, mais nou pe attan touzours ki nou regularise. Au lié nou avancé, nou finn recule.?

Le conseiller de district de la région, Jacques Thomas, a entrepris des démarches auprès du conseil des districts de Moka-Flacq pour que les voies d?accès aux maisons des squatters soient éclairées. Il organise aussi une journée de l?environnement le dimanche 6 juin pour débarrasser le camp des squatters des immondices qui s?entassent depuis des semaines.

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