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Pamela Spéville et sa bataille au quotidien
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Pamela Spéville et sa bataille au quotidien
Les yeux fatigués, les pieds boueux, Paméla Spéville vient à notre rencontre, une lueur d?espoir dans les yeux. L?espoir que peut-être les choses vont changer pour elle, que son quotidien ne sera plus synonyme de difficultés. Sa vie a basculé il y a sept mois, lorsqu?elle a changé de domicile pour aller habiter à Bois-Doré, dans les environs de Roche-Bois.
Il n?y a pas si longtemps, elle résidait à la route Cimetière musulman, à Roche-Bois, qui a été son domicile pendant plus de treize ans. « Lorsque j?étais là-bas, je n?ai jamais rencontré de problèmes avec mes voisins. Je m?y sentais bien. » Dans la cour familiale, deux maisons avaient été construites, une pour ses parents et, par la suite, une autre pour elle et son compagnon.
Mais en 2005, une injonction du gouvernement, après la visite d?un arpenteur, lui enjoint de quitter ces terres. Les maisons étaient trop juxtaposées, et il fallait libérer de la place. Un autre lopin de terre lui est alors alloué, et voilà comment elle se retrouve à Bois-Doré. « Beaucoup, comme moi, ont dû bouger à cause du problème de place. »
« Je ne voulais pas partir aussi vite parce que rien n?avait encore été fait concernant l?eau et l?électricité. » Mais malgré cela, elle a été contrainte de déménager parce qu?il y avait une date butoir pour la prise de possession de cette portion de terrain. « Dans la hâte, nous avons fait construire une maison en tôle là-bas. Mon compagnon actuel, qui est apprenti maçon, a pu avancer de l?argent et nous avons également reçu de l?aide pour cela. »
<B>On ne les voit pas d?un bon ?il</B>
Au début, la famille, qui comprend également ses deux enfants, une fille âgée de 8 ans et un garçonnet de 5 ans, prend place dans la maisonnette en tôle de deux chambres. À leur arrivée, il n?y a ni eau ni électricité. Et les ennuis ne font que commencer. Pamela se tourne vers les autorités pour que sa maison puisse être alimentée en eau et en électricité, mais ses demandes restent lettre morte.
Elle fait pourtant des pieds et de la tête auprès des services concernés. « Tous les jours, je devais me rendre à Port-Louis pour parler aux autorités. Je ne sais plus avec combien de personnes je me suis entretenue.
À chaque fois, on me disait de revenir en me donnant un autre rendez-vous. J?étais fatiguée. » Quand enfin les employés de la CWA viennent faire les installations nécessaires, ils réalisent que la clôture d?un des voisins les en empêche. « J?ai dû faire appel à la police, qui est venue leur demander d?enlever cette barrière. »
Finalement, les choses avancent, la clôture est enlevée et la tuyauterie installée. Mais tout cela n?arrange pourtant en rien la situation de Pamela et de sa famille.
Ils ont, en effet, atterri dans un environnement où ils sont nouveaux et ne connaissent personne. Pamela a l?impression qu?ils n?arrivent pas à se faire accepter car ils se retrouvent au milieu de sept autres maisons. Les habitants ont jusqu?ici utilisé cette portion de terrain restée inoccupée à leur guise, et ils ne voient pas d?un bon ?il la venue de la famille de Pamela.
« Même après notre installation, ils continuaient à passer dans notre cour à toute heure, et on voyait toutes sortes d?individus qui faisaient des allées et venues. Nous avons donc fait construire une clôture. Et depuis, ils ont comme une haine envers nous. Moi, je n?ai pas envie de me mêler à eux, vu leurs habitu-des, mais ils ne comprennent pas cela. Je préfère rester dans mon coin tranquillement », nous raconte-t-elle.
Les plus anciens habitants ont en effet, déroger à leurs habitudes, ce qui n?est pas pour leur plaire. Pire, Pamela allègue ne pas jouir de son droit de passage car une maison a été construite à cet endroit.
Cette maison est aussi source d?autres problèmes car ce n?est que là que l?on peut ériger les pylônes électriques. « Depuis sept mois, nous n?avons pas d?électricité. Ma fille de huit ans a des problèmes et elle voit à peine à la lueur des bougies. Je ne sais pas combien de fois elle s?est fait mal en se heurtant aux meubles. Elle n?est pas comme les autres enfants de son âge. Mon fils, qui a cinq ans, est beaucoup plus éveillé qu?elle. » Sans compter que les bougies coûtent cher, et que Pamela doit en allumer tous les soirs. « Ma fille ne peut pas dormir dans le noir, sinon elle se met à hurler. Il faut que je laisse une bougie allumée à ses côtés le soir. »
Les enfants ont à payer le prix fort dans cette situation. « La semaine dernière, des voisins ont lancé des pierres sur notre maison. Ma fille est restée immobile à l?intérieur, et elle était traumatisée. » Les petits sont effrayés par une telle situation, et ils ne veulent pas être laissés seuls. « J?ai peur pour leur sécurité. Il y a des personnes qui se droguent, qui viennent rôder autour de notre maison. Je ne sais pas ce que ces gens-là peuvent leur faire. Je n?ai pas l?esprit tranquille. »
Contrairement aux autres enfants de leur âge, ceux de Pamela ne peuvent porter leurs chaussures. Et pour cause, comme une maison leur bloque le passa-ge, ils ont été obligés de trouver un autre chemin qui longe la rivière, qui est boueux, et où ils ont déjà dû passer auprès d?un chien mort. « Lorsque l?on prend ce sentier, on doit passer près d?une autre maison. On ne doit pas faire de bruit, il faut surveiller les heures auxquelles on peut sortir. » Sans compter que lorsqu?il pleut, la rivière déborde et le passage est, par la suite, impraticable.
<B>Comme une étrangère chez elle</B>
Pamela se sent comme une étrangère chez elle. « Je suis désespérée, je n?ai jamais connu une telle situation. Je n?ai plus goût à quoi que ce soit. » Elle n?a qu?une hâte, en finir avec cette situation. « Si j?en avais les moyens, je serais partie depuis longtemps. Là, je paie Rs 150 par an, mais j?aurais préféré payer un loyer tous les mois et avoir au moins ma tranquillité, même s?il aurait fallu que je travaille du matin au soir. »
C?est un vrai sentiment de ras-le-bol qui l?habite. Même si les autorités lui accordent un lopin de terre ailleurs, cela voudrait dire faire construire de nouveau une maison, avec tous les frais que cela implique. « Je me demande comment dans l?île Maurice d?aujourd?hui, il y a encore des gens qui vivent dans de telles conditions. » Elle n?a cessé de faire le va-et-vient dans les bureaux des autorités concernées, sans que cela ne donne de résultats. « Je ne sais pas jusqu?à quand je pourrai tolérer une telle situation », lance-t-elle les yeux empreints de tristesse. Un vrai cri du c?ur !
<B>Son parcours</B>
D?origine rodriguaise, Pamela Spéville est à Maurice depuis l?âge de sept ans. Elle est venue en compagnie de ses parents et de ses grands-parents. En grandissant, elle a fréquenté l?école de Baie-du-Tombeau et a arrêté sa scolarité dès le primaire. Sa s?ur cadette, âgée de 15 ans, poursuit, quant à elle, ses études secondaires.
Aujourd?hui, Pamela Spéville vit avec son deuxième compagnon, Jean-Karl. C?est avec son premier compagnon qu?elle a eu ses deux enfants âgés de 8 et 5 ans.
Elle travaille comme bonne à tout faire et de temps à autre, effectue de menus travaux à la demande de personnes qui la connaissent.
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