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Oser la vérité

3 février 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cela pourrait s?appeler du révisionnisme historique. Mais accordons à certains le bénéfice du doute. Supposons que c?est simplement un excès de zèle. Nous ne nous aventurerons même pas à affirmer que c?est de la surdémonstration de quelques ministres en mal de publicité. On dirait plutôt que c?est l?expression d?une conviction vilainement mise en scène.

Imaginez l?île Maurice sans ses rues répondant au nom de Mahé de Labourdonnais ou autres noms rappelant ces vilains colons qui ont prostitué le terme de liberté. Un pays où tout ce qui rappellerait l?esclavagisme serait rasé. C?est ce que semblent vouloir des hommes comme James Burty David et Rama Valayden. L?un avec sa faconde habituelle, l?autre avec son panache coutumier, ils ont spectacularisé, jeudi dernier, leur conception bien particulière de l?histoire. Pour ne pas dire qu?ils se sont donnés en spectacle comme ils affectionnent de le faire. Ils disent vouloir cingler la parole vers la liberté. Avec d?autres dignitaires de l?Etat, ils dévoilent une plaque sur cette statue d?Adrien d?Epinay où on ose écrire «liberté contre les crimes commis envers mes frères».

Sans doute ne se sont-ils pas donnés suffisamment en spectacle. Ils choisiront aussi de démolir une clôture qui entravait l?accès à une partie de la montagne du Morne. De Rama Valayden, cela n?étonne pas, tant le ministre de la Justice est devenu aujourd?hui la dernière solution des évadés qui veulent se rendre à la police. Mais cela étonne quelque peu de James Burty David tant avionsnous cru qu?il ne laisserait jamais le geste gratuit accompagner la parole facile. Bref, nous nous sommes trompés. L?un et l?autre, en bons adeptes du populisme, n?ont pas manqué de faire valoir leurs excès à l?occasion des célébrations commémorant le 172e anniversaire de l?Abolition de l?esclavage.

Probablement derrière les gestes excessifs de quelques ministres, il faudra lire une volonté légitime de rupture avec un certain nombre d?idées reçues. Mais cette légitimité n?autorise pas pour autant certains actes surtout lorsqu?on occupe des postes de responsabilité. On ne fera pas de procès d?intention. Mais on ne peut passer sous silence ces ridicules gesticulations. Il ne suffit pas de hurler contre des ennemis imaginaires pour devenir défenseur du petit peuple. Lorsqu?on est au pouvoir, il y a d?autres moyens de servir ce bon peuple même s?il est si réceptif aux symboles, comme celui où des ministres font sauter un treillis.

Non, on n?a pas le droit d?en rajouter. Ni sur le malheur de nos ancêtres. Ni sur la frustration de nos contemporains. On a encore moins le droit de forcer la dose lorsqu?on est soi-même parmi les nantis de la société. Et, cela, juste pour nourrir la colère des uns et des autres.

Oui, le politique doit avoir des limites. Il peut chanter son ode à la liberté sur les airs de Paul Eluard. Il ne peut, par contre, triturer l?histoire parce que cela sert ses intérêts du jour. Qu?ose-t-il aujourd?hui, pour reprendre l?expression du poète ? Lancer des défis aux fantômes ? C?est trop facile ! L?éloquence ne cache pas le vide du sens ! Ou le sens d?un vide politique.

Non, ils n?ont pas le droit à l?aspiration d?être chevaleresque lorsqu?il n?y a pas de bataille à mener. Du moins pas sur le front où ils se présentent. Ils sont au gouvernement. Ils peuvent agir dans l?immédiateté au lieu de tenter de faire surgir des obsessions anciennes.

Oui, ils ont le droit de soigner leur image. Mais cela ne peut se faire au détriment de l?image qu?ils donnent d?un pays. Ils deviennent bien asbscons lorsqu?ils nous corsètent notre imaginaire dans un sein maternel brimé. Ils doivent savoir que ce pays nous nourrit toujours avec ses désillusions du passé et sa promesse d?avenir.

Pourtant, il y a tant d?autres moyens d?être populaires?

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