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Opinions partagées sur la motion Armance
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Opinions partagées sur la motion Armance
Les débats sur la motion du député Jean-Claude Armance, relative à la compensation aux descendants d?esclaves, ont repris au Parlement hier après-midi. Un nouvel amendement a été apporté au libellé initial. Il est maintenant prévu que les descendants des travailleurs engagés seraient inclus sur la liste de ceux qui bénéficieraient d?une éventuelle compensation.
Alan Ganoo, ministre des Utilités publiques, se prononce contre. Cette compensation serait, à son avis, une insulte aux souffrances subies par les esclaves et les travailleurs engagés. Il estime qu?elle peut aussi bien prendre la forme de mesures sociales en faveur des groupes vulnérables.
Le député de l?opposition, James Burty David, fustige «le manque de volonté» du gouvernement à prendre en main ce projet. «Il doit certainement y avoir une compensation, mais elle doit être intelligente», a déclaré Alan Ganoo. Selon lui, une compensation financière ne représente pas une solution à long terme. Il préfère donc miser sur des projets sociaux.
L?Etat mauricien, assure Alan Ganoo, a pris plusieurs mesures, conformément aux résolutions des Nations unies, pour venir en aide aux vulnérables. «Nous avons réussi à venir avec des projets sociaux, notamment dans le domaine du logement et dans le secteur de l?éducation, avec la création des Zones d?éducation prioritaire (ZEP)», fait-il ressortir. La compensation doit, selon lui, s?inscrire dans le long terme en investissant, par exemple, dans des projets sociaux.
Une compensation financière, argue Alan Ganoo, serait une véritable insulte à la mémoire de ceux qui ont enduré «d?atroces souffrances». «Même s?il est évident que l?esclavagisme est incontestablement un crime contre l?Humanité, il nous est impossible d?évaluer financièrement la barbarie dont ont été victimes les esclaves et les travailleurs engagés», estime le ministre des Services publics.
«Pas de solution durable»
Prenant à son tour la parole, le député de la majorité, Megduth Chumroo, a déclaré que les amendements apportés à la motion de Jean-Claude Armance démontrent la détermination du gouvernement à prendre en main ce dossier. Prenant en exemple la compensation accordée aux extracteurs de sable, il explique qu?une compensation financière ne constitue pas une solution durable. «Malgré la compensation, nombreux sont les extracteurs de sable à se trouver dans une situation précaire», souligne-t-il.
Selon lui, la décision du gouvernement de proclamer jours fériés le 1er février et le 2 novembre démontre sa volonté de rendre hommage aux esclaves et aux travailleurs engagés. Le député de la majorité déplore aussi le manque d?intérêt des jeunes pour l?histoire de Maurice. On devra y remédier, dit-il, en élaborant un programme scolaire qui fait une place importante à l?histoire du pays.
James Burty David, déclare pour sa part : «Le gouvernement a complètement perdu de vue l?objectif de la motion Armance. Nous sommes loin de la motion initiale.» L?Etat, affirme-t-il, renvoie sans cesse ce projet. «Le gouvernement adopte, à l?égard du projet un escape mecanism.»
Selon le député de l?opposition, il n?est point besoin de recommandations ou de résolutions internationales pour savoir que l?esclavagisme est un crime contre l?Humanité et qu?il mérite compensation. «Avec la motion actuelle, c?est comme si l?on assassinait pour la deuxième fois les esclaves et les travailleurs engagés. Elle donne à l?Etat la possibilité de prendre des actions concrètes mais il y apporte des amendements et se contente de faire des promesses d?intention», déclare-t-il.
Le ministre des Affaires étrangères a, durant les premières 15 minutes de son intervention, insisté sur la «participation mauricienne très active» à la conférence sur le racisme et l?esclavage qui a eu lieu à Durban en 2001. Anil Gayan, qui a dirigé cette délégation, rejette les allégations selon lesquelles le discours qu?il a prononcé à la tribune de cette conférence n?aurait pas eu le soutien des membres de la délégation. «J?ai parlé au nom de Maurice à ce moment-là. J?avais préparé mon discours en concertation avec mes collègues Michel et Labelle.»
Comme beaucoup d?autres intervenants avant lui, le ministre des Affaires étrangères reconnaît que l?esclavage a été un crime contre l?humanité. «Nous devons, dit-il, avoir un devoir de mémoire». Anil Gayan reconnaît que même si le paiement d?une compensation aux descendants d?esclaves n?était pas à l?ordre du jour de la conférence à Durban, la question a donné lieu à pas mal de discussions. Certaines délégations, selon lui, ont essayé de faire pression sur la communauté internationale pour réclamer cette compensation.
«Engagement pas en cause»
Anil Gayan rappelle que, dans son manifeste électoral, le gouvernement avait pris l?engagement de souscrire à toute action internationale ayant pour but le paiement d?une compensation. Les amendements apportés à la motion de Jean-Claude Armance, ne remettent nullement cet engagement en cause. Au contraire, dit-il, le gouvernement «est en train d?honorer la promesse faite à la population». Il estime toutefois que «l?argent ne pourrait compenser cette terrible souffrance qu?a endurée les esclaves». Anil Gayan soutient qu?il y a beaucoup de similitudes entre la souffrance qu?ont connue les esclaves et celle des travailleurs engagés.
L?opposition, estime Anil Gayan, ne peut mettre en doute la volonté de l?Etat concernant le paiement de cette compensation. Le Parti travailliste, dit-il, avait peut-être de bonnes intentions, mais il n?a rien fait pendant les quatre ans et demi qu?il était au pouvoir pour faire avancer le dossier. «Le comité mis en place pour examiner la question de compensation n?a produit aucun rapport. Il n?a d?ailleurs tenu aucune réunion de travail.»
Les débats ajournés faute de quorum
Les travaux parlementaires d?hier après-midi ont pris fin plus tôt que prévu par manque de quorum. Il était prévu que la séance se termine à 18 h 30 mais à 18 h 25 le député Dulloo a attiré l?attention de la présidence sur le fait qu?il n?y avait pas le quorum requis.
Seuls 16 parlementaires, le Premier ministre inclus, se trouvaient dans l?hémicycle alors que selon la Constitution, il faut un minimum de 18 membres. Anil Gayan a dû interrompre son intervention pour demander au président d?ajourner les débats sur une motion de Jean-Claude Armance. Les travaux avaient d?ailleurs repris à 17 h 10, après le tea-time, dans un hémicycle clairsemé. Un quart d?heure après le début de l?intervention d?Anil Gayan, le député Arvind Boolell attire l?attention du Speaker une première fois qu?il n?y a que 15 députés présents. Le front bench est alors composé des seuls ministres Ganoo et Lesjongard.
Le Deputy Speaker, qui préside la séance, bat le rappel et demande alors au clerc de l?Assemblée de faire retentir la sonnerie. «Chief whip inne alle cozé dehors», fait remarquer le ministre Ashok Jugnauth. En entendant, la sonnerie, quelques députés, qui se trouvent dans le couloir, regagnent leur siège dont le Chief Whip, José Arunasalom.
Cette deuxième partie des débats est monopolisée par Anil Gayan. Le ministre des Affaires étrangères est le seul à intervenir entre 17 h 10 et 18 h 25. Cette longue intervention irrite le ministre Sylvio Michel et le député Armance, l?auteur de la motion sur la compensation aux descendants d?esclaves. Vers 18 h 20, les deux quittent l?hémicycle, réduisant ainsi le nombre requis pour constituer le quorum.
Les débats pour les Private Members Motions sont alors renvoyés à l?année prochaine. Une dernière séance parlementaire est prévue mardi avant les vacances d?été.
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