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Ocean?s 12 Récréatif, glamour et capturant

10 février 2005, 20:00

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À la fin du premier film, Ocean?s 11, George Clooney, alias Danny Ocean, et ses onze associés s?étaient dispersés dans la nature après avoir commis le casse du siècle. C?est-à-dire qu?ils avaient cambriolé le Pallagio, un casino de Las Vegas, soulageant son propriétaire, Terry Benedict (Andy Garcia) d?une somme dépassant les 100 millions de dollars. Voilà que Benedict les a repérés, il leur rend visite un à un, à commencer par Danny Ocean (maintenant remarié à Tess (Julia Roberts) et leur donne trois semaines pour lui rendre son argent avec les intérêts. Sinon?

Avec Ocean?s 11, Steven Soderberg se plaisait à nous divertir en nous offrant un film d?humeur badine. L?histoire de braquage n?était en fait qu?un prétexte pour nous présenter une galerie de personnages hauts en couleurs, nous faire entendre quelques étonnants dialogues et surtout nous montrer qu?il savait faire un film (plus aucun doute ne subsista à ce sujet). L?original signé Lewis Milestone en 1961, était une parodie des films de braquage, inspirée d?un classique de Jean-Pierre Melville, Bob le Flambeur. Soderberg ne faisait que reprendre le sujet tout en le traitant à sa façon, un peu comme on reprend un standard dans le jazz.

Pour Ocean?s 12, c?est comme si le cinéaste (ou plutôt ses scénaristes, George Clayton Johnson, Jack Golden Russell et George Nolfi; leur travail est remarquable) se lançait dans une série d?improvisations autour de bribes d?une mélodie ou d?une séquence d?accords. Cela finit par ressembler à un film de braquage, mais ce n?est plus le morceau original, même si la plupart des notes y sont.

Il est pourtant bien question non pas d?un, mais de deux braquages, dans ce film. Seulement, le premier échoue lamentablement, car la bande se fait devancer par un rival; un certain Tourlour (Vincent Cassel), gentleman-cambrioleur qui se fait aussi appeler ?Le Renard de la Nuit? et qui tient absolument à démontrer qu?il est le meilleur. Quant au deuxième, il ne se passe pas mieux, à cause de l?intervention de Catherine Zeta-Jones dans le rôle de Isabel Lahiri, un agent d?Europol. Rusty (Brad Pitt) l?avait plaquée, trois ans auparavant et ayant depuis découvert la réelle identité de son ancien amant, elle est bien décidée à le coincer, lui et tous ses amis.

Tout cela nous mène très loin des néons de Las Vegas. Steven Soderberg nous promène dans ?la vieille Europe? élégante et civilisée. D?abord Amsterdam, qu?il filme à travers un filtre, donnant ainsi des teintes délavées aux canaux, aux maisons avec balcons fleuris, aux intérieurs des cafés, etc. Ce qui ajoute au charme. Puis, Rome et (peut-être) ses environs, filmés dans une lumière plus vraie que nature, avec de beaux bâtiments publics et surtout un magnifique palais (la résidence du gentleman-cambrioleur, qui s?avère être un aristocrate français) dont la véranda donne une vue à couper le souffle sur un lac au pied d?une montagne. Dans ces moments-là, on se croirait dans un film de Lucino Visconti et, d?une manière générale, l?esthétique du film est celle du cinéma italien des années 60.

Le premier cambriolage auquel nous n?assisterons pas est prévu pour Amsterdam. La cible est la maison d?un reclus agoraphobe, tellement truffée d?alarmes qu?on se dit que les moyens mis en ?uvre finiront par mettre la bande en faillite. Prétextant les préparatifs, Soderbergh invite le spectateur à renouer avec la bande à Danny Ocean, comme on renoue avec de vieux amis perdus de vue. S?il faut émettre une réserve à l?égard du scénario, ce serait que les mêmes d?avant tiennent encore une fois la vedette. Clooney est le chef et il est toujours charismatique; dans son cas, cela est donc normal. Brad Pitt est celui qui résout tous les problèmes et qui garde toujours la tête sur les épaules, sans compter que son personnage est presque un philosophe; dans son cas, cela est donc normal, aussi.

Et, Matt Damon est à la fois touchant et drôle dans son personnage de jeune, pressé de faire ses preuves tout en se souciant de certaines questions éthiques. L?acteur est en plus parvenu à se composer une tête à s?appeler Linus (le nom de son personnage) et il est donc assez normal que le scénario le mette en avant, lui aussi. Disons qu?il aurait été peut-être intéressant cette fois, de voir des acteurs comme Elliott Gould (Reuben Tishkoff, dans le film) ou Carl Reiner (Saul Bloom) qui occupent généralement l?arrière-scène, tenir pour une fois des emplois plus conséquents. Mais d?un autre côté, la question de caser tout ce monde a dû poser un véritable casse-tête aux scénaristes, et une fois l?idée de ?sacrifier? certains personnages acceptée, il faut reconnaître que les auteurs ont eu recours à de bonnes astuces pour ne pas encombrer l?histoire.

Car, en dépit des belles images et de la réalisation magistrale, cette comédie policière repose principalement sur une intrigue à tiroirs et sur les diverses interactions entre ses personnages, les deux s?entremêlant aux moments cruciaux. C?est ainsi que nous assistons avec bonheur à la reconstitution de la bande à Danny Ocean, tous revenant avec leurs tics, leurs manies ou leurs obsessions, etc. Les dialogues déjantés d?avant reprennent de plus belle, avec quelques situations comme la scène dans le café avec Robbie Coltrane. Nous voyons aussi cette bande faisant face à deux menaces simultanément.

D?un côté, ce rival français qui leur a lancé un défi qu?ils sont bien obligés de relever sous peine d?avoir à affronter l?ire du parrain de Las Vegas. L?affaire se passe surtout entre George Clooney et Vincent Cassel et ce dernier est très à l?aise dans son rôle : élégant, charmant, etc. ; quelques modifications dans le scénario aidant, ce film aurait pu avoir été le sien. D?un autre côté, il y a Catherine Zeta-Jones lancée à leurs trousses. Comme elle en veut surtout à Brad Pitt, c?est donc entre les deux qu?a lieu la confrontation ? et l?alchimie de l?amour aussi, on l?aura deviné. Madame Douglas a beau être tout à fait convaincante en officier supérieur de la police, elle reste toujours Catherine Zeta-Jones, et personne ne songera à lui en tenir rigueur.

Certains ont trouvé qu?elle éclipsait Julia Roberts; pour être juste, il faut dire que cette dernière reste hors écran pendant la plus grande partie du film et qu?elle se rattrape lorsqu?elle réapparaît. Ce passage du film tient presque du moment d?anthologie: dans le but de voler un ?uf de Fabergé exposé dans un musée, son personnage se fait passer pour Julia Roberts. Et, vous ne devinerez jamais sur qui elle tombe.

Finalement, qu?elles soient profondes ou légères, on dirait bien que ce sont les comédies qui réussissent le mieux à Steven Soderberg. Il paraît que l?ambiance était des plus détendues sur le plateau, pour le tournage de ce Ocean?s 12. On est prêt à le croire : cette comédie élégante, légère et pétillante dont l?humour repose sur l?absurde, respire la bonne humeur de bout en bout. Sans compter qu?à la fin, nous sommes gratifiés d?une de ces surprises révélant la patte d?un véritable auteur de cinéma. C?est l?apparition d?un personnage dont le nom ne figure pas au générique et pourtant, cette apparition évoquera pour les cinéphiles, celle d?Orson Welles dans Le Troisième Homme. Allez donc voir le dernier Soderberg et vous verrez si c?est exagéré.

<I>?C?est ainsi que nous assistons avec bonheur à la reconstitution de la bande à Danny Ocean, tous revenant avec leurs tics, leurs manies ou leurs obsessions, etc.? </I>

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