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Obeegadoo souhaite un consensus sur le créole à l?école
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Obeegadoo souhaite un consensus sur le créole à l?école
Avancer lentement mais sûrement dans le consensus et l?harmonie comme le ferait une nation mauricienne responsable. C?est le rêve de Steven Obeegadoo, ministre de l?Education, sur le sort du créole mauricien dans l?éducation nationale.
?Ne nous laissons pas orienter par des visières idéologiques ou ethniques. Harmoniser la graphie du créole mauricien, li enn demars esansielman pedagozik. La seule logique c?est la logique pédagogique?, a dit le ministre. Lors d?une conférence de presse hier dans les bureaux portlouisiens du ministère de l?Education, Steven Obeegadoo a détaillé le sort réservé au rapport officiel Grafi-larmoni de Vinesh Hookoomsing, pro vice-chancelier de l?Université de Maurice et de ses collaborateurs, commandé par le gouvernement. ?Nous brisons un tabou et nous tournons une page de l?histoire sociale du pays. Nous sommes satisfaits que nous avançons sur des bases solides.?
Le moins qu?on puisse dire, c?est que le gouvernement est déterminé à aller de l?avant pour ?donner à tous les enfants la chance de réussir leur scolarisation?.
Pour éviter les levées de boucliers que peut générer la démarche, le ministre lance le débat au niveau national. Le but étant d?atteindre le plus large consensus que possible. ?Il faut la participation des parents et des enseignants mais il ne s?agit pas d?obliger qui que ce soit. Cela découle du libre choix des parents et de l?adhésion des enseignants. Nous n?allons pas imposer le créole à qui que ce soit?, précise le ministre.
?Le temps qu?il faut...?
Pour obtenir l?accord de tous, le gouvernement prendra ?le temps qu?il faudra pour créer le consensus le plus large que possible au sein de la nation mauricienne?. Le rapport sera posté sur le site Internet du ministère www.ministry-education.gov.mu à partir de vendredi pour consultation. Il sera également possible de s?en procurer une copie dans les bureaux régionaux du ministère. Les commentaires sur les propositions sont les bienvenus au ministère.
Pourquoi le ministre tient-il tant à l?utilisation d?une graphie créole dans l?éducation ? Simple. Pour réduire le taux d?échec assez conséquent à l?école. Année après année, 20 à 22 % des écoliers ne réussissent pas aux examens du Certificate of Primary Education (CPE). ?Alor ki CPE siposeman represant ban essential learning competencies, 20 à 22 % pa gagn sa?, a ajouté le ministre Obeegadoo.
Se basant sur des études du ministère et du Mauritius Insitute of Education (MIE) et celles de l?Unesco, organisme des Nations unies dédié à l?éducation, il a souligné que ?la raison principale de l?échec scolaire, c?est que nous ignorons le langage maternel pour apprendre à l?enfant à lire, écrire et compter?.
Tous les pédagogues dans le monde sont d?accord sur l?importance de la langue maternelle dans le processus d?apprentissage. Ce point ne fait même plus débat. Tout en permettant le débat sur le rapport Hookoomsing, nommé Grafi-larmoni, c?est-à-dire sur les points concernant la graphie, le ministère continue à travailler sur le créole à l?école.
A partir de janvier 2005, deux projets éducatifs comprenant le créole comme médium d?enseignement démarreront sur une base pilote. Le premier concerne une ou deux écoles primaires mauriciennes et une autre à Rodrigues. Le second, financé par l?Unesco, est un nouveau projet éducatif, avec comme but principal le combat contre l?échec scolaire. Piloté par Rada Tirvassen du MIE, le projet repose notamment sur l?utilisation du créole.
Autre étape : un comité technique sera mis sur pied dès le retour de Vinesh Hookoomsing pour se pencher sur les questions de graphie. La graphie du rapport pourra également servir ?dès demain? comme référence pour l?écriture des communiqués du gouvernement, rédigés en créole.
L?élaboration d?une graphie standard est, pour le ministre, un ?véritable pas historique et fondamental?. Et pour cause, malgré le fait que le créole soit largement utilisé par la population depuis bien avant l?Indépendance de Maurice, elle souffrait d?une absence de graphie car chacun l?écrivait à sa guise.
La graphie proposée par Vinesh Hookoomsing et ses collaborateurs n?est cependant pas figée. ?Il s?agit d?harmoniser et non d?uniformiser?, précise le ministre, ?et c?est à la population de faire usage de cet outil et de le faire évoluer.?
QUESTIONS À VINESH HOOKOOMSING, RÉDACTEUR DU RAPPORT ?GRAFI-LARMONI?
?Evitons de politiser le débat autour de la graphie créole?
● Etait-il difficile d?élaborer une graphie créole standard ?
Au contraire. Je connais bien le dossier pour avoir élaboré un dictionnaire créole il y a 17 ans avec Philip Baker. De plus, Maurice a une assez longue et riche expérience en la matière. Cela va de l?utilisation des graphies standard qui remontent à l?Indépendance lorsque Dev Virahsawmy a publié une série d?articles dans l?express, en passant par Ledikasyon pu travayer (LPT) sans oublier le travail abattu par l?Eglise. Nous étions déjà en présence d?une graphie standard créole en 1967, signée Dev Virahsawmy. A la même époque, Philip Baker, un linguiste anglais, en proposait une autre. En 1966-67, LPT, nouvellement créée, fait de même. Ces 30 dernières années ont été riches en innovations. Nous y avons donc puisé pour ce rapport qui est un condensé de tout ce qui a été fait.
● Dans votre rapport ?Grafi-larmoni?, examiné par le Conseil des ministres vendredi dernier, vous précisez justement que vos propositions doivent être vues comme étant flexibles et dynamiques?
Toutes les graphies sont évolutives. C?est l?essence même d?une langue. Prenez les langues anglaise et française : elles comportent des mots avec plusieurs graphies. L?usage accepte la variation et un linguiste doit accepter la force de l?usage.
● Revenons à la difficulté d?élaborer une graphie créole standardisée. Vous laissez sous-entendre que le gros du travail était déjà fait?
Les auteurs des différentes graphies élaborées jusqu?ici sont d?accord à 85 ou 90 %. La différence des graphies créoles repose sur un point important : la transcription des voyelles nasales. Le fait que les graphies ne divergent que sur quelques points nous a facilité la tâche. Pour exemple, LPT propose le ?u? et l?Eglise-Virahsawmy le ?ou?. Nous avons trouvé un consensus et proposé ?ou?. Pour le son ?oi?, ?oué?, LPT préconisait le ?w?. L?Eglise hésitait entre le ?oi? et le ?w? plus pour des raisons d?esthétisme qu?autre chose. Visuellement, le ?w? est perçu comme étant étrange mais la Grafi-larmoni a retenu le ?w?.
● Quelle est l?importance de la graphie que vous avez proposée ?
L?essentiel était déjà là. L?important est que c?est la première fois que l?Etat décide de reconnaître officiellement une graphie standard. C?était son devoir de commanditer une graphie harmonisée qui fasse une synthèse de ce qui est en usage actuellement même si le terrain est déblayé depuis longtemps. Sur le plan de la reconnaissance officielle de la langue créole, l?adoption d?une graphie est quelque chose d?historique.
● Qu?est-ce qui donne cette dimension historique ?
Pendant très longtemps, l?absence d?une graphie standard a été l?argument, voire le prétexte, pour esquiver toute problématique du créole dans le processus de l?éducation. Il n?est donc pas étonnant que la volonté du gouvernement sur cette question est de trouver une réponse à quelques questions fondamentales qui sont sur l?agenda depuis longtemps. Depuis des années, on accepte le créole oral comme facilitateur dans le processus d?apprentissage. Maintenant qu?il s?agit du créole écrit, il faudra réfléchir sur sa place dans le cursus scolaire. Elaborer une graphie est relativement facile. C?est maintenant que le vrai travail commence. Aborder le créole dans l?enseignement pose un problème d?une autre nature.
● Quand le créole écrit fera-t-il son entrée dans les classes ?
Je ne crois pas que cela se fera du jour au lendemain. Il faudra des manuels, mettre en place tout un support et former les enseignants pour que tout se passe au mieux. Il faut aussi qu?il y ait un consensus entre le gouvernement, les profs, les parents et les enfants dans un esprit de dialogue et de parties prenantes. Il va falloir convaincre tout le monde de l?importance de la langue maternelle dans le processus d?apprentissage de l?enfant pour faciliter ses études. Le créole facilite l?acquisition des autres langues et des compétences.
● Convaincre tout le monde est une tâche qui s?annonce difficile?
Le débat existe depuis un bon bout de temps. Aujourd?hui, nous savons à quel point l?éducation est la clé du développement. Les gens commencent à être conscients de l?importance de la langue maternelle. Cependant, l?entrée du créole écrit dans les classes ne se fera pas par magie.
● Vous concluez que ?la langue peut être un puissant instrument d?inégalité?. C?est-à-dire?
Nous avons trois types d?écoles : ceux du gouvernement, ceux des institutions confessionnelles et le privé avec l?anglais ou le français comme langue d?enseignement. Prenez tout ça et vous verrez que la langue peut être un critère de différence social. Les classes aisées et moyennes risquent de se dire que le créole écrit ne les concerne pas. Il y a un risque de fracture sociale fondée sur l?école et la langue d?enseignement utilisée dans les écoles. Nous devons prendre cela en considération. Ainsi il faut mettre en place un mécanisme pour la bonne mise en pratique du rapport. La langue créole ne doit pas être marginalisée dans l?éducation. Cela a fait surface ailleurs.
● ?Même avec toutes les compétences nécessaires, there still looms a dark cloud of politics that could overnight wash away les plus belles intentions?, peut-on lire dans le rapport. Que faut-il en comprendre ?
La question des langues est très sensible parce qu?associée à la culture, aux spécificités et à l?identité. Dans un contexte multiracial comme celui de Maurice, il est facile de politiser la chose. C?est ce que nous devons éviter à tout prix. Il ne faut pas que l?aspect politique nous dévie du contenu d?un projet éducatif fondé sur la prise en compte de la langue maternelle de l?enfant. Lorsque la politique et le policy se confondent, il y a un risque de dérive.
● Des linguistes, dont vous, estiment que le créole devrait être appelé langue mauricienne?
C?est la langue nationale. Elle est utilisée quotidiennement par presque tous les Mauriciens. Il est donc logique qu?elle soit appelée ?le mauricien?. Tout le monde y trouvera son compte parce que chaque citoyen peut se déclarer être de la langue mauricienne tout en étant ancré dans ses spécificités.
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