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Nutritionniste pour les bêtes
Première impression : c?est un grand timide que nous avons en face de nous. Mais à bien y voir, ce jeune homme de 28 ans est surtout d?une grande modestie. Le vocabulaire d?Olivier Mailfert est dépourvu de superlatifs, surtout lorsqu?il se raconte.
Olivier est à moitié français par son père Bernard. Lorsque le couple Mailfert tente de s?installer à Maurice, la législation concernant le mariage des étrangers avec des Mauriciennes n?a pas encore été amendée. Bernard Mailfert n?est donc pas autorisé à travailler dans son pays d?adoption. C?est à la Réunion que lui et les siens déposent leurs valises, du moins pour un temps.
?Si nous mettions n?importe quoi dans l?alimentation, je peux vous assurer que je n?aurais pas mangé le poulet comme j?en mange.?
Lorsqu?ils peuvent s?installer à Maurice, Olivier, leur aîné, a six ans. Cela n?empêche pas l?enfant de trouver rapidement ses marques. C?est au collège du St Esprit qu?il effectue sa scolarité secondaire, montrant de sérieuses dispositions tant pour les matières scientifiques que pour l?histoire et la littérature française. En parallèle, il se découvre une passion pour la culture des plantes. Sous ses doigts habiles, carottes et autres légumes poussent comme par enchantement et font le bonheur de ses parents.
Au moment d?entamer ses études à l?institution de Réduit, il y a quelques années, c?est justement à la culture des plantes que va sa préférence. Et c?est dans cette filière qu?il souhaite se spécialiser. Ainsi, avant d?entamer une licence en agriculture avec spécialisation en agronomie, il effectue un stage à Médine. Période qui le confirme dans son choix d?études supérieures.
A l?université de Maurice, Olivier met les bouchées doubles et réussit brillamment sa licence avec un ?First Class?. Ses espoirs d?intégrer l?industrie sucrière et de se lancer dans la culture hydroponique ou dans une autre culture vivrière, tombent toutefois à l?eau. Car lorsqu?il est en mesure de travailler, on est en 2001. L?industrie sucrière a déjà entamé son processus de contraction. Lui et quelques amis envisagent de monter leur propre entreprise mais ils sont découragés par l?investissement lourd que cela présuppose et les facteurs de risques importants qui y sont associés.
Il intègre alors le groupe Food and Allied, passant sous le Trainee Management Scheme pour un an. Ce qui l?amène à faire un tour complet des opérations du groupe. ?Cela m?a donné une vue d?ensemble et m?a permis de connaître tous les rouages du système.? Lorsqu?un poste de Formulation Officer se libère à Livestock Feed Ltd (LFL), Olivier postule et est recruté. Son rôle est d?optimiser les matières premières disponibles pour donner aux clients le meilleur rapport qualité prix. ?Les animaux ont des besoins nutritionnels aussi importants que les humains et nous devons y répondre de façon optimale.?
?L?élevage a un côté social très important. C?est permettre à des petits éleveurs de participer activement au développement économique de leur pays?
Vu son engagement et son sérieux dans le travail, son employeur finance sa maîtrise (MSc Tropical Animal Production). Olivier essaie tant bien que mal de faire la part des choses entre son travail, ses études à mi-temps et Ingrid, sa petite femme chérie, qui, elle, étudie en vue de décrocher un diplôme avancé en Business Administration auprès de l?Association of Business Executives britannique.
Son projet de fin d?études est très novateur. Olivier est le premier, à Maurice, à tester les effets d?un additif spécifique sur la croissance des poussins. Modeste comme à l?accoutumée, il déclare que les résultats ?sont plutôt bons?, pouvant apporter un plus à l?industrie avicole en pays chauds. Une réserve qui ne cadre pas avec la réalité car ce travail lui vaut une distinction et d?être major de sa promotion.
Olivier se dit très reconnaissant envers le Dr Françoise Driver, Associate Professor et superviseur de son projet, de même qu?envers ses supérieurs hiérarchiques à LFL, à savoir Marie-Agnès Bumma et Rocky Forget. ?Ils m?ont constamment motivé et encouragé.?
Avant qu?il n?ait obtenu ses résultats de maîtrise, LFL l?avait nommé responsable du laboratoire. Lorsque les résultats sont tombés, il a été promu nutritionniste. Depuis cette montée en grade, il se concentre davantage sur les aliments pour volailles et ruminants, tout en gérant le laboratoire. Olivier qui n?est pas homme à dormir sur ses lauriers, n?arrête pas de multiplier les expériences pour développer de nouveaux produits car son rêve est d?apporter sa contribution aux progrès de l?élevage dans la région.
Sa vision des choses va au-delà de la simple profitabilité pour la compagnie qui l?emploie. ?L?élevage a un côté social très important. C?est permettre à des petits éleveurs de participer activement au développement économique de leur pays, tout en améliorant l?alimentation des gens en leur fournissant une bonne source de protéines. Si on réussit cela dans la région, je crois que l?on pourrait apporter notre pierre à l?élimination de la pauvreté comme le souhaite la Food and Agricultural Organisation.?
La maladie de la vache folle a accrédité la thèse que l?alimentation pour animaux n?est pas toujours correctement formulée. Olivier la récuse. ?Si nous mettions n?importe quoi dans l?alimentation, je peux vous assurer que je n?aurais pas mangé le poulet comme j?en mange. Il y a beaucoup de mythes. LFL est consciente qu?elle a une énorme responsabilité qui est celle de s?assurer que le meilleur produit possible soit fourni aux consommateurs. Ce qui explique aussi notre certification HCCP.?
Pour l?instant, Olivier a décidé de mettre un bémol à ses études. Ce qui n?est pas le cas de son épouse qui embraye avec un cours à distance pour décrocher un BA en Business and Management auprès de l?université anglaise de Leeds Metropolitan. Mais le jeune homme n?écarte pas la possibilité d?y revenir pour obtenir cette fois son doctorat.
Ce qui est certain, c?est que l?on n?a pas fini d?entendre parler de lui?
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