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Natacha Gujjalu partir en éclaireur

24 février 2007, 00:00

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Ne cherchez pas la cheftaine. Il n?y a rien qui rappelle le scoutisme dans le bureau vitré de Natacha Gujjalu. Un espace blanc et gris. Impersonnel. «J?ai rangé avant votre arrivée.» Nous n?y croyions qu?à moitié. Pas de photo du fiancé resté en France. Rencontré chez les scouts, il termine un diplôme d?ingénieur en travaux publics.

«C?est boulot, boulot.» Natacha se justifie. Nous tentons notre chance. Peut-être est-il sur le desktop de l?ordinateur ? Elle fait non. Sans nous proposer de vérifier. Chaque chose à sa place. Comme ce mariage calé pour décembre.

Des projets. Natacha Gujjalu en fait son miel. C?est en traits rapides que se dessine celle à qui rien ne résiste. Même pas les grandes catastrophes. Le tailleur marron cache une âme d?éclaireur. Imaginez plutôt. En août, le couperet tombe. Les scouts du First Lower Plaines Wilhems mettent la clé sous le paillasson. La raison : «les jeunes sont démotivés.» La cheftaine voit les réunions de parents désertées. Se retrouve confrontée à l?éternel leitmotiv : «Ils n?ont pas le temps.»

Faire des n?uds. Un idéal démodé. Natacha Gujjalu le reconnaît. Mais elle y croit encore. «Les scouts, c?est l?un des rares groupes où l?on apprend la solidarité, le partage.» Il en faut dans un monde tourné vers l?individualisme.

Mais n?est-ce pas se mettre autour du cou un n?ud coulant à l?ère de la technologie ? Son défi : trouver des réponses convaincantes face à des «enfants de dix ans qui ont un portable et des adolescentes de 15 ans qui sont déjà blasées». Rester crédible dans ses souliers de figure d?autorité quand en face, l?enfant à qui l?on veut enseigner les techniques de survie répond : «Mais si je suis perdu en forêt, je n?ai qu?à appeler les secours de mon portable.»

Natacha sait que la tâche est difficile. à 26 ans et des poussières, elle nous confie : «Je redoute le moment où je serais maman à mon tour. C?est déjà difficile avec les jeunes avec qui je travaille. Le fossé entre les générations se creuse tellement vite.» Alors, la cheftaine se fait rusée. Use de persuasion quand sa patience est usée. «Qu?est-ce que tu fais si ta batterie est morte ?»

Dynamique et enthousiaste

La partie est gagnée. Jusqu?à la prochaine, seulement. Natacha s?est jurée de ne pas abandonner. Scout dans l?âme, elle dit vouloir donner autant qu?elle a reçu. Quand le groupe a fermé en août, cela coïncidait avec sa nomination au rang de group scout leader. Sommet de la hiérarchie du groupe. Allait-elle partir sur un échec ?

Tirer un trait sur ces réunions qui ont tant meublé ses samedis. Qui occupent encore ses débuts de week-end, parfois jusqu?à des heures indues. Allait-elle ranger dans les placards ces jamborees mémorables. Où le camping sous la tente tourne à l?épreuve physique. Une semaine sans confort devenant une semaine, «où les copines vous voient sous votre pire jour. Parce que nous vivons une semaine sans douche, il y a juste les bains de mer. Avec la fatigue et les corvées qu?il faut faire, il faut apprendre à gérer sa mauvaise humeur.» Souvent celle des autres aussi.

N?empêche qu?en y repensant, Natacha n?a pas envie d?oublier. L?ado timide et réservée inscrite chez les scouts à 13 ans est devenue une cheftaine dévouée. Alors, après six mois d?inactivité, le First Lower Plaine Wilhems a recommencé ses activités depuis le 20 janvier.

Le manège s?est remis à tourner. Ne laissant plus le «temps de ne rien faire» à Natacha Gujjalu. Difficile de l?imaginer les pieds en éventail. Ou même devant son chevalet. Sanglée dans son tailleur d?ingénieur projets, elle esquisse ce passe-temps. Calée une fois le temps dans les interstices d?un emploi à temps plein.

Martine, son assistante, celle qui est juste de l?autre côté de la vitre du bureau de Natacha, témoigne. «Elle est dynamique, enthousiaste. Quand nous partons à 17 heures, elle reste là jusqu?à 19-20 heures. Après elle enchaîne avec ses réunions de scouts parfois jusqu?à 22 heures. Je n?aurais pas pu.»

«Je n?aurais pas pu embaucher quelqu?un d?autre.» C?est en substance ce que dira à son tour Bryan, aîné de Natacha. Qui se trouve être aussi son manager au sein de Apave Indian Ocean, filiale d?un groupe français dans le créneau de la prestation de formation et conseil, dans les secteurs industriels, techniques et management. Quand son ingénieur en poste part au milieu d?un projet, l?idée d?embaucher Natacha qui finissait justement ses sept années d?étude, s?impose.

Un long parcours universitaire

Travailler avec son grand frère, alors qu?elle est son chef chez les scouts. Pendant longtemps, cela voulait dire parler boulot tout le temps. à table pendant le dîner chez les parents. Pendant les fêtes de famille. Tout le temps. «Forcément notre complicité, notre relation fraternelle n?était plus la même.»

Une fratrie qui ne s?est jamais vraiment quittée. Après les classes au Lycée Labourdonnais, Natacha entame son long parcours universitaire. D?abord Lyon, où son frère est déjà. Ensuite Montpellier pour le diplôme de l?école polytechnique, avant de finir à Toulouse, avec une maîtrise en administration.

Un bagage académique lui permettant de jongler avec l?organisation d?une conférence sur le thème de la pêche en collaboration avec l?Union européenne, à destination d?une vingtaine de pays africains. En passant par le client qui «souhaite un accompagnement pour la formation et l?amélioration des processus». Sans parler de celui qui veut «développer un projet pour transformer les déchets de poisson en énergie». En somme, maîtriser la «technique pure», la formation et l?administratif.

Enfiler au besoin son «bleu de travail pour faire des mesures sur le chantier», avant de remettre son tailleur strict pour s?occuper de la comptabilité de cette société de dix personnes.

Natacha est tout cela. Plus que cela. Une «grande fêtarde aussi». Celle qui n?avait pas besoin de la couverture de son grand frère pour avoir la permission pour sortir.

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