Publicité
MSM :effritement ou épuration ?
Étranges ces départs en série. Deux par deux, comme dans une valse. Où tout semble programmé. C?est précisément ce que pensent certains. « Il y a des hommes de l?ombre qui sont en train d?orchestrer les choses en vue d?une nouvelle configuration de la scène politico-électorale », lance d?emblée un observateur qui requiert l?anonymat et qui ne se réclame d?aucun bord politique.
Qu?ils soient le fait d?hommes politiques externes ou d?associations, du côté des dirigeants du MSM, on est tout aussi convaincu que ces départs ont été longtemps préparés, mûrement calculés ; qu?ils ne sont pas le fait d?une « crise » à proprement parler. À sa démission en début de semaine, Jyaneshwur Jhurry ne commettait-il pas la gaffe de laisser échapper « Ma décision était prise depuis un certain temps. J?ai gardé le silence parce que c?était une stratégie » ?
Stratégie. Pour le président du MSM, ce mot cache des intentions obscures qui comprennent un ralliement au PTr.
« C?était planifié. Ils ont continué à siéger au conseil des ministres, à participer au bureau politique du parti alors qu?ils avaient déjà décidé de partir pour des raisons personnelles et sectaires. La vérité est toute simple. Il n?y a pas de contestation de la direction que le parti a prise ou autre chose. Ce sont simplement des opportunistes politiques », dit Joe Lesjongard.
Du coup, tous les reproches faits au MSM, la semaine dernière par Anil Bachoo et Megduth Chumroo, et cette semaine par Jyaneshwur Jhurry et Mukhesswur Choonee, sont jugés futiles par le MSM. Le sont-ils ? N?y a-t-il donc aucune raison pour que le MSM se remette en question ? La cause de cette hémorragie est-elle vraiment extérieure au parti ?
<B>Présence de « clans »</B>
L?un des reproches faits au leader est de s?être laissé embrigader par « une clique ». « Ti ena dezord dan parti. Li ti kouma enn club avek bann group de presion, bann klik », affirme Anil Bachoo. « Le MSM n?est plus ce qu?il était. Il y a eu des nouveaux qui sont arrivés et qui ont donné une autre orientation », soutient Mukhesswur Choonee. Feraient partie de ces nouveaux, de cette clique, entre autres Kobita Jugnauth, épouse du leader, très impliquée dans l?administration du Sun Trust, et Joe Lesjongard, le président du parti. Tous deux sourient de cette appellation.
« Pravind est têtu. Il ne se laisse pas diriger par qui que ce soit. Il a ses idées à lui. Nous partageons nos opinions avec lui. Nous lui rapportons ce que les citoyens disent. Lui, il fait son analyse, rencontre les gens qu?il estime devoir rencontrer, prend ses décisions et avance. Mon soutien est moral. Il est tout à fait normal qu?une épouse soutienne son mari et je soutiens Pravind de la même manière que ma belle-mère soutenait sir Anerood », dit Kobita Jugnauth. L?épouse du leader dit agir comme un relais, un point c?est tout, et ne pas s?ingérer dans les affaires du bureau politique.
Dans le mot « clique » utilisé par les dissidents, Joe Lesjongard voit, lui, leur refus de s?ouvrir à une autre manière de faire de la politique. « Ne faut-il pas se poser la question de savoir si cette « clique » ne reflète pas une nouvelle génération de politiciens qui est en train d?émerger? N?est-on pas en réalité en train d?évoluer vers une autre manière de faire de la politique ? Ce sont des questions essentielles », explique-t-il, en laissant entendre que les démissionnaires pratiquent une politique désormais dépassée.
Au lieu de « clique » alors, il faudrait peut-être parler de clans. « Au parti, on était arrivé au point où on se retrouvait avec deux extrémités et moi, je ne me sentais plus très bien », reconnaît désormais Mukheshwur Choonee. Cependant, précisent certains cadres du MSM, la présence de « clans » au sein d?un parti présuppose l?existence d?une opposition d?idées. Or, rappellent-ils, il n?y a pas eu de conflit au MSM. Il n?y a pas eu de confrontation entre des réformateurs et des conservateurs au sein du parti.
La réflexion de Joe Lesjongard sur « une nouvelle manière de faire de la politique » détruit un autre reproche : celui selon lequel le leader ne serait pas à l?écoute de « l?électorat du MSM ». « Je ne suis pas dans la tour d?ivoire du BP. Je suis au contact de mon électorat et celui-ci me demandait de partir », déclarait encore Choonee. « SAJ avait une vision, une idée d?un parti national qui allait incarner l?aspiration de tous les Mauriciens, qui allait se battre pour l?unité nationale? SAJ voulait que chaque Mauricien profite du gâteau. Nous avons une volonté d?aller dans cette direction sous le leadership de Pravind désormais », riposte Joe Lesjongard.
<B>« Chacun a son style »</B>
Que Pravind n?ait pas la poigne de son père revient aussi comme un leitmotiv. Mukhesswur Choonee en fait presque son principal argument de départ. « Le père avait un style. Quand il devait remettre quelqu?un à sa place, il n?hésitait pas à le faire même si c?était Bérenger. Pravind n?est pas de cette trempe. C?est un gentil garçon, un bon travailleur, un bon élève, mais il y a des gens qui le contrôlent », fait-il ressortir. « Il faut cesser les comparaisons. La façon de travailler de Pravind est saluée. L?idée de chacun est respectée. Tout le monde peut s?exprimer. Sous SAJ, ce n?était pas pareil. Chacun a son style. Avec Pravind, ce n?est jamais un one man show, c?est tout à son honneur », avance Joe lesjongard. « Navin Ramgoolam ou Xavier-Luc Duval n?ont ni la personnalité ni la manière de diriger de leur père. Et alors ? » rajoute Kobita Jugnauth.
L?idéologie du parti a été trahie, disent encore les dissidents. « La vision du parti est restée la même. Il s?agit d?unir pour bâtir. Ceux qui disent que Pravind est en déphasage veulent en fait qu?il devienne sectaire et que la vitrine du parti soit une vitrine hindoue », s?indigne encore Kobita Jugnauth. « Or, ce n?est pas dans la nature de Pravind d?être ainsi et ce n?est pas dans la philosophie du parti. Toute action courageuse comporte un élément de risque. Mais nous nous devons de faire des choix dans l?intérêt des idées que le MSM défend depuis toujours. Il y a l?électorat que vise Anil Bachoo et la nation mauricienne en faveur de laquelle ?uvre Pravind. Celui-ci veut aller de l?avant, se projeter dans l?avenir et apporter des changements en ce sens. »
On reproche encore au leader de ne pas avoir su « tirer les enseignements nécessaires » après la défaite à la partielle au n° 7. Qu?aurait-il dû faire ? Se retirer ? Adopter une politique plus sectariste ? se demande-t-on au parti. Les démissionnaires ne sont pas très précis. « Je crois plutôt qu?Anil Bachoo n?a pu vivre avec la défaite au n° 7. C?est lui la tête pensante de ce groupe de démissionnaires », déclare Anil Gayan, dirigeant du parti. Les dirigeants confirment que le premier mouvement de frustration a été enregistré après la défaite à la partielle au n° 7. « Et dès que Pravind Jugnauth a réaffirmé qu?il allait garder sa parole et rester au sein de l?alliance gouvernementale pour affronter les législatives, certains ont commencé une stratégie de rupture », précise Joe Lesjongard.
<B>« Il ne faut pas surdramatiser »</B>
En somme, on devine un peu d?opportunisme politique dans les propos mêmes de Mukhesswur Choonee quand, interrogé, il laisse échapper : « Le peuple ne vote pas pour une opposition mais contre un gouvernement ». Il se rattrape toutefois et précise que l?éventualité d?une défaite électorale de l?alliance MSM-MMM n?est pas la seule raison qui l?a poussée à la démission.
Au MSM, on concède que ces quatre démissions font mal, mais on crâne.
« Tant mieux. Le parti est débarrasssé des gêneurs, ceux qui empêchaient une véritable réforme. Nous pourrons avancer désormais », déclare un dirigeant. « Il ne faut pas su dramatiser », déclare Gayan. De tout temps, à l?approche d?une élection, il y a des crises. « Sous SAJ également, on a connu des crises », continue Joe Lesjongard.
Épuration ou affaiblissement du MSM ? Ce sont aujourd?hui les deux hypothèses de lecture qui traduisent la situation au sein du parti soleil. Anil Gayan résume les choses autrement et rappelle que seules les législatives permettront de savoir quel est le poids réel des uns et des autres. Entre-temps, c?est au «poker-menteur» que nous convie la classe politique.
Publicité
Publicité
Les plus récents