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Moody?s note l?économie de Maurice à la baisse
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Moody?s note l?économie de Maurice à la baisse
Coup dur pour l?économie mauricienne et pour son image sur le plan international. Moody?s, l?agence mondiale de notation du risque crédit, a revu à la baisse les perspectives (outlook) concernant les notations du pays qui sont passées de ?stable? à ?négatif?. Le risque crédit est le danger potentiel qu?un débiteur n?arrive pas à payer ses dettes.
Cette détérioration de l?opinion de Moody?s de Maurice s?explique par ?la direction défavorable des finances publiques au cours de ces dernières années, incluant une dette gouvernementale élevée?, déclare l?organisme. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, attribue lui ce résultat à ?l?héritage catastrophique du précédent gouvernement? (voir ci-dessous).
Dans la foulée, les principales banques du pays, la Mauritius Commercial Bank (MCB) et la State Bank of Mauritius (SBM), ont également subi une révision à la baisse de leurs perspectives concernant les dépôts à court et à long termes en devises et les titres obligataires. ?Les notations de risque crédit des institutions telles que les banques ne peuvent pas être plus élevées que celles du pays. Elles sont liées?, explique un banquier.
Moody?s explique que la note concernant les dépôts et les obligations des deux banques est liée à la note attribuée aux papiers du gouvernement. En effet, on attend de lui un soutien à ces deux banques en cas de besoin de dernier recours, étant donné leur importance dans le système économique du pays. Ainsi, tout changement éventuel dans la notation du risque crédit de l?Etat affectera la note de ces deux banques. Toutefois, en attendant, la note concernant la solidité financière des deux banques (financial strength rating) est maintenue à ?D? pour la MCB et à ?D+? pour la SBM.
Pour un analyste, ce ne sont pas les notations de risque crédit du pays qui ont baissé, mais c?est la perspective pour les notes futures qui s?est dégradée. Néanmoins, le changement concernant la perspective affecte, entre autres, la note concernant la capacité du pays à contracter des emprunts en devises que Moody?s appelle le ?foreign currency country ceilings?. C?est la note pour des bons du gouvernement en devises qui sert de base pour établir un plafond de crédit en devises que le pays et ses institutions peuvent tolérer. Cette note reflète le risque que les emprunteurs n?arrivent pas à obtenir des devises pour repayer leurs dettes au moment voulu.
Risques pour le bailleur de fonds
Cette note est de ?Baa2/P-2? ? un grade moyen ? pour Maurice. Elle signifie que le pays offre une sécurité financière adéquate, mais que, selon la définition de Moody?s, elle implique également que certains éléments de protection peuvent manquer ou que l?entité ayant cette note pourrait devenir ?unreliable? (non fiable) dans le long terme.
Le ?foreign currency country ceilings? est une indication pour les institutions financières étrangères. Si, demain, Maurice veut emprunter auprès d?un bailleur de fonds étranger pour financer le métro léger, par exemple, cette note sera la première chose qu?il regardera. Elle lui dira si le pays a vraiment les moyens de rembourser une somme importante et quels sont les risques pour lui, surtout si c?est une dette à long terme. ?Cette note n?a pas été dégradée pour le moment, mais le fait que l?outlook pour Maurice soit passé de stable à négatif indique que rien ne dit qu?elle ne sera pas révisée à la baisse. Moody?s nous fait comprendre qu?on est sous surveillance. Si cette note baisse ce sera grave pour le pays?, déclare un banquier.
Par ailleurs, la dégradation de la perspective globale du pays a également une implication sur une autre notation importante, celle concernant le risque crédit associé aux papiers ? obligations et bons ? de l?Etat. La note de Maurice concernant les dettes étatiques en monnaie locale est de ?A2?. Ce qui veut dire que le pays offre une sécurité financière, mais qu?il est susceptible de défaillir à l?avenir. Une dégradation, ou même la suggestion que cette note pourrait être révisée à la baisse, implique que l?Etat pourrait alors être obligé d?offrir des taux d?intérêt plus élevés sur les Government Bonds comme prime de risque additionnelle pour les investisseurs.
Sonnette d?alarme
?Nous n?en sommes pas encore là aujourd?hui. Mais le message de Moody?s est clair. S?il ne voit pas de signes d?une reprise en main concernant ses principales préoccupations, les notations de risque crédit vont baisser?, soutient un économiste. Comme indiqué plus haut.
Moody?s s?inquiète principalement de la dérive des finances publiques. ?Le niveau de la dette publique de Maurice a atteint un niveau beaucoup plus élevé que d?autres pays de la même catégorie.? Dans son discours sur l?état de l?économie, Rama Sithanen, avait estimé la dette publique à Rs 120,4 milliards, ce qui représente 66 % du produit intérieur brut.
Moody?s tire également la sonnette d?alarme sur le niveau élevé du déficit budgétaire. ?Un plan de réduction du déficit a commencé à donner de modestes résultats en 2003-2004, mais la situation s?est aggravée à cause d?une escalade des dépenses de l?Etat et une tendance longue de ralentissement de croissance et de chômage croissant. L?embellie au niveau du déficit a donc été temporaire.? Selon les statistiques officielles, le déficit budgétaire devrait être de 5,9% pour l?année financière 2004-2005. Par ailleurs, il est un fait que la croissance s?est établie sous la barre des 4 % au cours de ces cinq dernières années.
Moody?s est également inquiet de la détérioration de la situation sur le plan externe. Celle-ci risque d?être corsée par l?abolition des quotas sur le textile-habillement et la réduction programmée du prix du sucre. En 2004, le traditionnel surplus du compte courant s?est transformé en un déficit. ?Ce déficit s?est creusé au cours de l?année et pourrait devenir semi-permanent?, estime Moody?s. Le dernier bulletin de la Banque de Maurice indique que le déficit du compte courant s?est élevé à Rs 3,5 milliards au cours du troisième trimestre 2005, contre Rs366 millions durant la même période l?année dernière.
Par ailleurs, Moody?s note le ?déclin des indicateurs concernant la liquidité externe notamment en raison de la baisse des réserves en devises?. Cet avis est confirmé par le bulletin de la Banque de Maurice qui indique une baisse de plus de Rs800 millions du niveau des réserves en devises entre octobre et novembre. Elles sont passées de Rs 41,86 milliards à Rs 41,02 milliards.
RÉACTION DE RAMA SITHANEN
?Une preuve de l?héritage catastrophique du gouvernement précédent?
■ ?Mon commentaire est très simple. Le déclassement de Maurice par Moody?s est basé sur des chiffres courant jusqu?à juin de cette année. Il n?y a pas d?autres statistiques officielles après cette date. Cela veut dire que c?est le résultat de l?héritage catastrophique que nous a laissé le précédent gouvernement sur les chiffres économiques.
Moody?s précise qu?il y a eu une dégradation de certains paramètres clés de l?économie au cours des dernières années, c?est-à-dire sous l?administration MSM-MMM. Y figurent le déficit budgétaire, la dette publique et la balance extérieure. L?analyse de Moody?s recoupe parfaitement ce que je disais quand j?étais dans l?opposition sous le gouvernement MSM-MMM : les indicateurs étaient au rouge et la situation s?était aggravée. La dette publique dépasse aujourd?hui Rs 120 milliards, le déficit a atteint une proportion inquiétante et le compte courant et la balance commerciale sont passés en déficit. Moody?s tient également en compte le déclin du textile-habillement avec le démantèlement de l?accord multifibre et la baisse du prix du sucre.?
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