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A. Moheeputh raconte la saga du Dr Curé

22 février 2006, 20:00

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A l?occasion du 45e anniversaire du Parti Travailliste, dignement célébré en février 1981, Anand Moheeputh, chroniqueur historique attitré de l?express (voir son article à l?occasion des 70 ans du PTr, ?People power and democracy 1936-2006?, dans notre livraison d?hier), décrit pieusement la saga du Dr Maurice Curé, une saga faite, précise-t-il, d?épreuves et de sacrifices.

Il commence par rappeler le rassemblement fondateur du PTr, en ce dimanche 23 février 1936, au Champ de Mars. L?objectif est d?obtenir une meilleure représentation de la classe ouvrière auprès des instances gouvernementales d?alors. Le premier comité exécutif de ce parti voit le jour le 14 mars suivant, à l?issue d?une réunion à l?hôtel de ville de Port-Louis. La fondation de ce parti suit la défaite électorale de Maurice Curé aux législatives de janvier 1936. Il craint que la classe ouvrière ne puisse plus faire entendre sa voix au conseil du gouvernement qui tient lieu alors d?instance législative. Il dit que le pot de terre, qu?il est, a trouvé, dans la sympathie post-électorale, dont il fait l?objet, le courage de s?attaquer au pot de fer de l?oligarchie et du colonialisme. Le pot de terre sera certes brisé mais donnera naissance au Parti Travailliste à qui il transmet le flambeau de la défense des classes laborieuses et la mission de les défendre contre toute forme d?exploitation de l?homme par l?homme.

Moheeputh rappelle que Maurice Curé fait ses débuts politiques lors de la campagne en faveur de la rétrocession de Maurice à la France, à la fin de la Première Guerre mondiale. Il est le lauréat 1907 du collège Royal. Il rentre tout juste de ses études de médecine en Angleterre. Les candidats rétrocessionnistes sont largement battus aux législatives de 1921, en raison notamment d?une sévère mise en garde du gouverneur Hesketh Bell contre toute tentative de sédition. Le jeune politicien mord de nouveau la poussière aux législatives de 1926 et de 1931. En revanche, il est élu au conseil du gouvernement, lors d?une partielle, en 1934. Il l?emporte alors sur le candidat de l?oligarchie, Pierre Hugnin. Ce dernier prend sa revanche aux élections générales de 1936, en l?emportant sur Curé par 124 voix (1 467 voix contre 1 343).

Le début des années 1930 est une période de marasme économique mondial, suite au krach de Wall Street du 24 octobre 1929. Grande est alors la misère des classes laborieuses, réduites à un salaire journalier de seulement 50 sous. Les autorités gouvernementales montrent peu d?empressement à améliorer les conditions de travail et de vie des ouvriers, artisans et laboureurs. Une industrie sucrière aux abois, en raison de la mévente du sucre, veille au grain pour que ses coûts de production n?augmentent pas d?un centime.

Le projet de loi sur un salaire minimal fournit l?occasion, en septembre 1934, au Dr Curé de réclamer l?introduction du syndicalisme à Maurice, conformément à une promesse du gouverneur Herbert Read, faite en 1926. Il en est question depuis février 1921. La question est alors évoquée lors d?un meeting présidé par le Dr Edgar Laurent. Les efforts du député Rohan ne sont pas plus heureux, en 1927. Curé propose que le Protectorat des Immigrants, devenu obsolète, devienne un Département du Travail et des Relations Industrielles. Il aura, plus tard, l?occasion de réclamer une pension de vieillesse pour les personnes âgées.

C?est surtout sur le terrain qu?il milite contre toute forme d?exploitation humaine. En 1936, il présente deux motions à Londres, réclamant le droit de vote pour les ouvriers et celui d?être représentés à la Législature. Ces motions sont précédées par une marche des chômeurs sur la capitale. Pour créer le PTr, selon le modèle anglais, il se fait aider par Me Barthélemy Ohsan, avocat. Il réclame la révision de la constitution de 1886. Le parti, qu?il fonde le 23 février 1936, doit être le chien de garde des intérêts et du bien-être de la classe laborieuse. M.Swaminathan, le délégué de la ?Indian Colonial Society? s?adresse aussi à l?assistance tout comme M. Godefroy Moutia qui présente les résolutions devant être envoyées au Secrétariat d?Etat à Londres. Elles aboutiront à la nomination de deux nouveaux membres du Conseil du Gouvernement, chargé de défendre les intérêts de la classe ouvrière. Un de ces deux représentants sera le Dr Seewoosagur Ramgoolam à partir de 1940.

De mars 1936 à août 1937, le PTr tient 54 meetings. La campagne est virulente. Il y est notamment question des heures de travail par jour et par semaine, du chômage, d?une allocation de chômage, du travail de nuit, de celui des femmes et des enfants, du salaire minimal, des maladies professionnelles. Le pandit Sahadeo assiste le Dr Curé. Le 18 décembre 1936, Emmanuel Anquetil rentre à Maurice après 17 ans d?absence. L?expérience syndicale et politique, acquise par lui, en Angleterre, sera précieuse au PTr naissant. Le courage d?Anquetil sera plus fort que sa résistance physique, précise Moheeputh. Le trio conduit le parti au sommet de sa popularité au sein des classes laborieuses.

En avril 1937, Curé envoie au roi George VI une pétition, signée par 17 000 personnes, réclamant un changement de constitution. Il demande à Londres de désigner un gouverneur capable de témoigner une sympathie plus grande pour les besoins de la classe ouvrière. Il réclame une commission d?enquête royale pour se pencher sur la situation des travailleurs à Maurice.

C?est alors que survient la grève des employés de l?industrie sucrière d?août 1937. Elle fera l?objet de nos prochaines réminiscences.

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