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Mise au point d?un premier diagnostic précoce

3 août 2006, 00:00

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Une équipe médicale internationale vient d?annoncer avoir mis au point une méthode permettant, pour la première fois, de dépister très précocement les personnes atteintes de la maladie d?Alzheimer, une des affections neurodégénératives les plus fréquentes et qui, pour l?heure, reste incurable. Dirigée par le professeur Bruno Dubois (groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière et unité Neuroanatomie fonctionnelle du comportement et de ses troubles, de l?Inserm), l?équipe a exposé ses résultats lors du congrès mondial consacré à cette maladie, qui s?est tenu à Madrid récemment.

Depuis l?identification de la pathologie il y a un siècle, le diagnostic n?est porté que lorsque l?état de santé mentale laisse penser que les malades souffrent d?une forme sévère de démence pour laquelle aucune cause ne peut être trouvée. ?J?ai toujours considéré qu?il n?y avait aucune raison de lier le diagnostic de la maladie à un stade de sévérité, explique M. Dubois. La maladie débute dès les premiers signes et c?est au médecin d?essayer de dégager la spécificité de ces premiers signes pour diagnostiquer la maladie sans attendre qu?elle devienne suffisamment avancée pour s?y intéresser. C?est comme s?il fallait attendre que les malades parkinsoniens soient grabataires pour faire le diagnostic de leur maladie. Or ce diagnostic est aujourd?hui porté au tout début de l?affection face à une forme de tremblement dite ?de repos? il faut aujourd?hui faire de même avec l?Alzheimer.?

Depuis 2005, un petit groupe de spécialistes français, américains, canadiens, japonais, britanniques et néerlandais a entrepris d?étudier comment le diagnostic pourrait être porté de manière précoce. Au vu de leurs travaux, il apparaît que plusieurs années pourraient être gagnées si, abandonnant les pratiques en vigueur, les neurologues avaient recours à une nouvelle grille diagnostique. Celle-ci est centrée sur un syndrome amnésique spécifique ? qui, en France, peut être fait dans n?importe quelle ?consultation de mémoire? ? associé à une atrophie de certaines régions cérébrales visualisées par les techniques courantes d?imagerie par résonance magnétique nucléaire. D?autres critères biologiques, obtenus par un prélèvement de liquide céphalo-rachidien, ou fonctionnels peuvent également être pris en compte.

En pratique, établir un diagnostic de la maladie d?Alzheimer avant même l?apparition de la démence conduit à faire éclater le concept de Mild Cognitive Impairment (MCI), traduit en français par l?expression ?troubles cognitifs légers?. ?Il faut savoir que le MCI est un cadre flou, hétérogène, qui renvoie à des causes très différentes (dépression, trouble vasculaire cérébral, maladies dégénératives débutantes), qui ont en commun de donner des troubles cognitifs, explique Bruno Dubois. Cette entité, notamment défendue par certains spécialistes américains, a été fortement soutenue par l?industrie pharmaceutique, qui a vu là un marché considérable. Mais, comme on pouvait le prévoir, les études d?efficacité de certains médicaments n?ont pas permis de conclure, du fait, précisément, de l?hétérogénéité du concept de MCI.?

Pour M. Dubois, il faut former le corps médical à la nouvelle approche que son équipe a développée, afin, notamment, de pouvoir bientôt prescrire de manière précoce les médicaments actuellement en cours de développement. Ceux-ci seront censés ralentir le processus neurodégénératif caractéristique de la maladie d?Alzheimer, qui, dans les pays industrialisés, est aujourd?hui la première forme de démence.

Jean-Yves Nau © Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate

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