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M.H. Koenig dévoile la misère du sucre
Août 1981, l’industrie sucrière traverse l’énième crise financière de son histoire. Rien de nouveau, dira le lecteur de nos réminiscences. Que peuvent bien représenter les précédentes crises du sucre mauricien, comparées à la présente réduction annoncée et programmée de 36% des prix préférentiels européens ? A-t-il déjà senti avec une telle acuité la pointe d’une telle épée de Damoclès frôlant de la sorte le sommet de son crâne ?
Hervé Koenig, ancien président et futur directeur de la MSPA, administrateur alors de Deep-River-Beau-Champ S.E. en convient. Il raconte. Après le cyclone de 1931, et donc en pleine récession économique, après le krach de Wall Street du 24 octobre 1929, Deep-River S.E. est en faillite. Rogers et Ireland Fraser viennent alors à la rescousse et investissent pour que cet établissement sucrier ne coule pas à pic dans la profonde rivière qui l’arrose. Pendant les années qui suivront, il ne pourra accorder un sou de dividende à de si généreux bailleurs de fonds. Imaginez seulement la tête que font les actionnaires minoritaires lorsqu’on leur annonce une aussi mauvaise nouvelle, lors d’assemblées générales annuelles, qu’on espère moins houleuses que celles d’aujourd’hui, animées par des trublions en quête de popularité médiatique.
Deep-River S.E. ne paiera à ses renfloueurs aucun dividende, jusqu’en 1948, croit savoir Hervé Koenig. “C’est la centralisation avec Beau-Champ S.E. qui lui permet, cette année-là, de flotter de nouveau.” La situation s’assainit par la suite, grâce à l’Accord international sucrier, aux prix garantis obtenus pour nos sucres, les fruits des recherches du MSIRI naissant. L’absence d’inflation permet aussi à la dépréciation des machines de correspondre à leur valeur de remplacement. Mais allez expliquer cela à Ringadoo !
Tout autre est la situation en 1981. On peut la résumer ainsi : revenus stagnants, en raison de la stabilité des prix sucriers offerts, et inflation galopante. De 1979 à 1991, les dépenses de Deep-River/Beau-Champ S.E. passent de Rs 65 millions à Rs 86 m. Le coût des engrais chimiques seulement augmente de 69%.
Hier encore, le sucre pouvait compenser les mauvaises récoltes en gelant certaines dépenses de développement et autres investissements. Dans les années 1970-80, même les meilleures récoltes ne parviennent plus à rétablir l’équilibre. Le pire c’est que des augmentations de dépenses, entre autres salariales, sont imposées par le gouvernement Ramgoolam, sinon par Ringadoo, sans tenir compte de la précarité financière de l’industrie sucrière, l’établissement d’Etat de Rose Belle compris. Comme un malheur ne vient jamais seul, sous régime travailliste, une taxe de sortie sur le sucre et sa surcharge siphonnent près du quart des revenus bruts du secteur. Le comble de l’iniquité est que cette taxe de sortie sur le sucre est proposée par la commission Balogh pour taxer les petits planteurs ne s’acquittant pas de l’Income Tax. A peine Balogh tourne-t-il le dos que le gouvernement travailliste exempte les petits planteurs de la taxe de sortie pour l’imposer aux usiniers et gros planteurs, devant déjà s’acquitter (et comment) de la taxe sur les revenus, avec des barèmes supérieurs s’élevant à l’étage des 80%. “Le déclin de notre sucre s’inscrit dans ces faits”, conclut tristement Hervé Koenig.
Le hic c’est que si le sucre éternue l’île Maurice grelotte de fièvre et de courbatures. Explications : endetté, le sucre ne paie plus ses comptes et n’achète plus rien provoquant des faillites à la chaîne et la paralysie de bon nombre de sous-traitants. Le secteur est à la merci de toute faute mécanique grave car irréparable. Les découverts bancaires s’enflent d’année en année. L’austérité est de rigueur, décourageant les employés les plus productifs. On lésine même sur les dépenses d’entretien. Plus question de dépenser un sou pour l’embellissement de l’île et même du Factory Area. Il faut encore réduire les coûts de production. La superficie plantée en cannes, par exemple, diminue parfois de 30%. Il faut réduire les applications d’engrais chimiques.
Des moulins de la marque Carrier, datant du XIXe siècle, font encore rouler l’usine de Mon Trésor-Mon Désert. Il en va de même pour le train de moulins, assemblés à Britannia, par De Chazal.
Des administrateurs et des gros actionnaires sucriers accusent carrément le gouvernement travailliste de préméditer de sang-froid l’assassinat pur et simple de l’industrie sucrière pour s’emparer de ses restes pour une bouchée de pain. Si tel n’est pas son dessein aussi noir, il fait alors preuve d’une insouciance gravissime. Il fait comme si le sucre est un puits sans fond alors qu’il est vraiment sans fonds. Les sucres les plus compétitifs sur le marché international sont efficacement soutenus par leur Etat respectif. A Maurice, le gouvernement trait abusivement une vache laitière, nommée industrie sucrière. Et on veut qu’elle soit une vache qui rit !
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