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Maurice tient enfin sa dérogation

21 novembre 2004, 00:00

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C?est fait. Et cette fois, il n?y aura pas de rebondissement de dernière minute. Tard vendredi soir, le Sénat américain a adopté le Miscellaneous Trade and Technical Corrections Act (MTTCA). Une des dispositions de cette loi hybride et fourre-tout confère aux entreprises mauriciennes le droit d?exporter des produits textiles confectionnés à partir de matières premières en provenance de n?importe quel pays. Et Maurice bénéficie désormais de la dérogation Third Country Fabric de l?Africa Growth and Opportunity Act. Le soulagement est palpable. D?abord parmi les premiers concernés : les industriels. « Cette fois nous l?avons eu. C?est confirmé », se contente de dire Danièle Wong, la directrice de la Mauritius Export Processing Zone Association. Elle estime néanmoins que les entreprises mauriciennes n?auront pas de peine à atteindre le quota d?exportation de 27 millions de square meter equivalents qui est alloué à Maurice.

Et dire qu?il y a encore quelques jours, le vote de la MTTC semblait compromis à cause de la détermination d?un sénateur à ne pas permettre au Laos de bénéficier de certaines préférences commerciales sous la même loi. « On ne peut jamais prévoir ce qui va se passer à Washington. Il y a des choses auxquelles on ne s?attend pas du tout et qui finissent par arriver », se réjouit Maurice Vigier de La Tour, directeur de la Mauritius US Business Association (MUSBA).

Mais il faut vite oublier les sinueuses procédures des deux Chambres du Congrès américain et penser à l?avenir. La dérogation n?a été accordée que pour une période d?un an, allant du 1er octobre 2004 au 30 septembre 2005. « Il nous faut vite remettre notre lobbying en place afin que la dérogation soit renouvelée pour deux ou même trois ans », prévient Maurice Vigier de La Tour.

Entre-temps, les entreprises locales s?apprêtent à lancer une nouvelle vague d?assaut sur le marché américain. Un vêtement qui coûte 17 % moins cher aux acheteurs américains, grâce à l?accès hors taxes, est un produit compétitif. Certaines entreprises mauriciennes, pariant sur l?avenir, ont déjà lancé la production de vêtements à partir de matières premières en provenance d?autres pays que les Etats-Unis et l?Afrique. Les vannes étant désormais ouvertes, elles vont rapidement vouloir écouler leur stock auprès des acheteurs américains.

Passions politiques

Les mois à venir ne s?annoncent toutefois pas prometteurs pour toutes les entreprises exportant vers les Etats-Unis. C?est le cas des entreprises hong-kongaises installées dans le pays. « Presque toutes les entreprises de Hong Kong sont parties. Celles qui restent ne vont pas tarder à plier bagage », explique le directeur d?une entreprise textile. Mais Maurice Vigier de La Tour « refuse de mettre toutes les entreprises hong-kongaises dans le même panier ». Selon lui, celles qui sont encore à Maurice verront bien qu?il y a des avantages à rester dans un pays dont les produits textiles bénéficient d?une entrée hors taxes aux Etats-Unis avec l?Agoa.

Au-delà des considérations économiques, la dérogation third country fabric avait également attisé les passions politiques. Le Parti travailliste avait estimé que le gouvernement actuel aurait dû réclamer la dérogation dès 2001. Navin Ramgoolam, le leader rouge, avait même estimé que Maurice ne risquait pas d?obtenir celle-ci de si tôt. Un Jayen Cuttaree remonté lui répond. « Il a dit que cela relèverait du miracle. Or nous l?avons fait. C?est le gouvernement travailliste au pouvoir en 2000 qui n?a pas su négocier efficacement avec les Etats-Unis au moment où l?Agoa voyait le jour », explique le ministre des Affaires étrangères et du commerce international.

La polémique autour de ce qui aurait dû être fait ou pas par rapport à l?Agoa retombera. Car la dérogation n?est qu?un sérum ponctuel qui aidera une partie du textile habillement à aller mieux pendant quelques mois. Le problème de fond demeure la restructuration de l?industrie tout entière afin qu?elle soit davantage compétitive. Le premier test de cette compétitivité débute le 1er janvier 2005 avec le démantèlement de l?accord multifibre.

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