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Maurice songe enfin à ses frontières maritimes

11 juillet 2005, 00:00

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En juillet 1980, soit douze ans après l?Indépendance politique de Maurice, le gouvernement travailliste songe enfin à la doter d?une carte établissant ses frontières maritimes. Curieusement, cependant, il fait appel à un cadre du ministère britannique de la Défense pour l?aider dans sa tâche, en dépit de la polémique prévalant alors au sujet de l?appartenance réelle des Chagos, un archipel excisé du territoire mauricien par la puissance coloniale d?alors, le Royaume-Uni. Des ambiguïtés semblables existent au sujet de l?île Tromelin. Elles persisteront chaque fois que les autorités mauriciennes feront appel aux anciennes puissances coloniales pour l?aider à préciser l?étendue de la souveraineté du peuple mauricien.

En juillet 1980, le gouvernement se contente d?annoncer l?arrivée du commandant Beazley, un ?Fellow? du ?Royal Institute of Chartered Surveyors? de Londres. Il travaille pour le département d?hydrographie du ministère britannique de la Défense. Il fait partie de la ?Hydrographic Society? de la capitale anglaise.

L?objet de sa visite à Maurice est d?aider le gouvernement Ramgoolam à faire connaître au reste du monde les frontières maritimes mauriciennes. Il espère être en mesure, d?ici la fin de 1980, de publier une carte les établissant de manière formelle et détaillée. Cette carte permettra aux autorités locales de protester officiellement auprès des gouvernements étrangers concernés toutes les fois que l?espace maritime et aérien est traversé ou survolé sans autorisation préalable.

La presse profite de cette information officielle pour souligner le retard accumulé par Maurice, par rapport aux autorités seychelloises, en matière de contrôle et de surveillance de son espace maritime et aérien. Les Seychelles disposent d?avions légers de reconnaissance et de vedettes patrouilleuses armées et rapides pour assurer la surveillance de leur zone maritime économique et exclusive.

Le commandant Beazley doit séjourner à Maurice pendant une quinzaine de jours. Il compte étudier les cartes existantes et avoir des discussions avec plusieurs hauts fonctionnaires des ministère du Plan et de la Pêche ainsi avec des spécialistes du parquet.

A l?Hôtel du gouvernement, on a beau jeu d?imputer le retard de l?établissement des frontières maritimes à la complexité des négociations avec les gouvernements français et seychellois. Celles-ci concernent d?abord la double revendication française et mauricienne au sujet de Tromelin et ensuite la frontière maritime commune mauriciano-seychelloise au nord d?Agalega et au milieu du banc de pêche de Saya de Malha.

Ce projet de carte des frontières maritimes s?inscrit dans le contexte de l?interminable polémique concernant l?archipel des Chagos et divisant sérieusement le PTr, en 1980. Les jeunes turcs, comme James Burty David, s?opposent à ce sujet, à la vieille garde, composée, entre autres, de Seewoosagur Ramgoolam, de Ringadoo et de Walter. On l?a vu récemment, lors du débat entourant un projet d?amendement constitutionnel pour inclure Tromelin, mais pas les Chagos, dans la liste des îles lointaines faisant partie du territoire mauricien. Walter et Ramgoolam, père, tiennent des propos calamiteux à l?effet que les Chagos appartiendraient à la nation anglaise. Avant de se rendre à Londres, ce dernier essaye de réparer le tort causé par lui à la nation mauricienne en déclarant : ?Les Chagos appartiennent aux Britanniques mis je compte les revendiquer?. (Voir ?l?express? du 29 juin 2005). Le débat n?est pas clos pour autant.

Il en faut davantage pour calmer les esprits révoltés par la servilité de certains ministres mauriciens, et non des moindres, en faveur des intérêts britanniques et occidentaux. On n?oublie pas les efforts désespérés de Gaëtan Duval pour mettre l?île Maurice à la disposition des stratégies impérialistes occidentales et des intérêts de l?Afrique du Sud de l?apartheid honni. Raymond Rault se félicite de la prise de position de SSR en faveur de l?appartenance britannique de Diego Garcia qu?il qualifie de ?forteresse pour sauvegarder la paix?. Il estime que les Mauriciens doivent cesser de ?fouetter le cheval mort qu?est l?idée de rétrocession des Chagos?. Il ajoute : ?L?Angleterre et la généreuse Amérique vont, par le biais de ces îles, qui furent mauriciennes, garantir la liberté dans cette région du monde.?

Dans l?autre camp, Bérenger dénonce la braderie des Chagos par SSR et Walter et parle de ?violation des lois internationales par la cession des Chagos en 1965?. Boodhoo invite les apolitiques à s?occuper du problème de Diego Garcia, Des Ilois en colère lancent un nouvel ultimatum de trois mois à la Grande-Bretagne pour leur accorder une compensation raisonnable. Ils déposent aussi une mise en demeure en Cour suprême dans le même but. C?est alors qu?on apprend que du matériel militaire lourd américain est en route pour la base de Diego Garcia pour y être entreposé. Sept navires de guerre doit transporter ce matériel de guerre, comprenant des chars, des pièces d?artillerie, du matériel d?amphibie. On parlera bientôt de la nucléarisation de Diego Garcia.

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