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Marchands ambulants : le cancer se généralise

6 décembre 2003, 20:00

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Un plateau en carton d?une main, un yoyo dans l?autre, un marchand déambule avec nonchalance le long de la rue Farquhar, à Port-Louis. Il lance le jouet en criant à tue-tête dans l?espoir de trouver des acheteurs. Ses cris sont couverts par ceux des maraîchers et des autres marchands ambulants qui tentent de faire de bonnes affaires dans ce passage piétonnier qui mène de la gare du Nord au centre de la ville. Ici, les parfums des légumes frais se mêlent aux relents d?huile de friture, aux odeurs âcres de transpiration. Dans la cohue, les passants se frayent un passage à coup de coudes, quitte à se faire insulter.

Plus loin, des marchands ont installé des étaux précaires sur des boîtes en carton le long du mur. Ils proposent aux piétons des bijoux fantaisie, des jouets, des lunettes de soleil, des casquettes, des briquets, des piles électriques et un tas d?autres babioles à des prix étonnement bas. A se demander quel est leur profit. Certains arpentent la rue avec dans leurs sacs, des vidéos pornos, de la naphtaline, des lacets, des chaussures de tennis chinoises ainsi que des craies contre les cafards.

<B>Business en déclin</B>

À midi, c?est la ruée des employés de bureau vers le marché temporaire. D?ici dix jours, avec l?approche des fêtes, il faudra une bonne dose de patience et de persévérance pour affronter la marée humaine qui circulera dans ce passage obligé pour des milliers de personnes. C?est le grand souci de Robert, gérant d?une vieille « boutique chinoise » installée dans cette rue depuis plus de trente ans. Comment va-t-il s?y prendre pour gérer un tel flux ? Assis sur un tabouret, la tête entre les mains, il regarde défiler les passants en pensant à son business en déclin. Au fil des années, il a dû faire face au nombre incalculable de marchands ambulants qui viennent s?installer jusque devant son palier.

« Zot block trottoir, gagne tou kalité dimoune ki ler la fer insignifiant, koze n?importe, sa farouche clients lerla. Pas kapav fer narien, noune fatigué kozé, ni minicipalité, ni gouverneman pas pé fer narien », se plaint Marie, la tante de Robert. Elle s?est résignée à laisser les marchands ambulants s?installer devant sa vitrine, en se disant qu?ils ne vendent pas les mêmes articles qu?elle.

Quelques mètres plus loin, Ayline joue des épaules pour se frayer un passage parmi les clients agglutinés devant les stands installés à l?intérieur de l?ancien magasin Le Workshop, situé rue John Kennedy. La jeune femme profite de ses quelques instants de liberté pour faire ses premiers achats de Noël. Cet entrepôt reconverti en mini-foire est propice aux bonnes affaires. Son sac à main calé sous le bras pour décourager d?éventuels pickpockets, Ayline lorgne sur les articles par-dessus ses lunettes de soleil.

Elle n?arrive pas à dénicher le sous-vêtement désiré. Les stands se ressemblent tous. Pressant le pas, elle se faufile dans le dédale dans l?espoir de trouver l?objet de ses désirs. Elle est ralentie par trois femmes qui s?échangent des nouvelles en plein milieu d?une allée? Dépitée par la foule compacte, elle se rabat sur les marchands de la rue Lebrun qui longe le très « clean » Paille-en-Queue Court. C?est le modernisme qui côtoie le tiers-mondisme. Ici, il faut bien regarder derrière soi car on risque de se faire renverser par les voitures, la rue étant à sens unique. Une femme en a fait l?amère expérience il y a plus d?un an lorsqu?elle slalomait entre les boîtes en carton sur la chaussée.

Devant le bâtiment de la Life Insurance Corporation of India (LICI), c?est bien plus « spacieux », même si chaque centimètre est occupé par les marchands hors-la-loi. Des articles sont vendus sur le trottoir, des étals en fer ont été montés sans l?aval de la municipalité. Plus bas, à la gare Victoria, sous l?ancien bâtiment de la National Transport Authority (NTA), c?est l?anarchie. Des marchands vendent des aloudas et des jus de fruits, qui marinent dans des aquariums à l?aspect douteux, aux passants épuisés par la chaleur et asphyxiés par les gaz d?échappement des taxis à côté.

<B>Fermer les yeux</B>

Des sacs en plastique contenant des mangues dans chaque main, torse nu, visiblement ivre, un homme vend un sac à Rs 10 aux passantes qui l?évitent. Le vent se lève, projetant un nuage de poussière sur les mangeurs de nouilles et de boulettes chinoises assis sur des bancs installés sur la place de taxis. Les marchands de « dholl puris » servent leurs clients sans gants pour protéger leurs mains qui froissent des billets de banque crasseux. Bien que la loi interdise de telles activités, l?État a décidé de fermer les yeux. Ce n?est pas demain que la situation sera assainie.


<B>Les commerçants enragent

Les commerçants réunis </B>

au sein de la Shop Owners Association enragent contre l?immobilisme du gouvernement. « Ce n?est pas juste. On paie une multitude de taxes et ce sont les marchands ambulants que le gouvernement protège pour des raisons électoralistes. Les marchands agissent dans l?illégalité sans que la police lève le petit doigt. Nous avons écrit en vain au gouvernement afin qu?il trouve des solutions. Il y a des individus qui ont des emplacements dans la rue, des employés et des véhicules mais qui ne paient aucune taxe, c?est aberrant », proteste le président Santosh Kumar Ramnauth.

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