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Marat Safin a vaincu ses démons
Il lui aura fallu plus de quatre ans, après sa victoire à l?US Open en 2000, pour confirmer. Deux fois, à Melbourne, il a eu l?occasion de remporter un deuxième titre majeur, en 2002 et en 2004. Mais deux fois il a été battu.
A la surprise générale, d?abord, contre Thomas Johansson, retombé depuis dans l?anonymat. Puis logiquement, l?an passé contre Roger Federer. Si une défaite contre le Suisse ne peut certainement pas être considéré comme une infamie, Mara Safin avait néanmoins eu toutes les peines du monde à la digérer. Car ce revers, il l?avait vécu comme son incapacité à se transcender.
Considéré, avec Federer, comme le joueur le plus doué naturellement du circuit, Safin, à l?inverse du Suisse, passait jusqu?alors pour un joueur friable sur le plan mental. Amateur de filles, fêtard à ses heures, le Russe n?a pas, à coup sûr, l?hygiène de vie la plus irréprochable parmi ses pairs.
C?est évidemment ce qui fait le charme du personnage et sans doute les limites du champion. C?est en tout cas, ce dont il s?était persuadé ces dernières années. La certitude ancrée en lui, qu?il ne soulèverait plus de trophée majeur, qu?il ne retrouverait jamais les ressources nécessaires pour tenir toutes les promesses que la qualité de son jeu induit forcément. Une attitude défaitiste qu?il a réussie à surmonter depuis sa collaboration avec Peter Lundgren... l?ancien mentor de Federer.
« Avant de travailler avec Peter, je ne croyais pas en moi. Après ma défaite face à Johansson, je ne me voyais plus en vainqueur possible d?un Grand Chelem. Je me souviens que j?étais en demi-finale à Roland-Garros en 2002 mais jamais je ne me croyais capable de gagner. »
« Quand on subit des mauvaises défaites, des échecs contre les joueurs que l?on devrait battre, on se pose des questions. Et puis la rumeur publique s?enfle. On dit que Safin n?a pas l?étoffe d?un grand vainqueur. Qu?il a du talent mais pas ce talent-là. C?est comme ça, il est comme ça, Safin. Et moi je commençais à croire que c?était vrai. »
<B>La peur d?un succès sans lendemain</B>
C?est tenaillé par cette angoisse, que le Russe a débuté sa finale contre Lleyton Hewitt. Malgré son succès magistral trois jours auparavant contre Federer, Safin était redevenu ce joueur nerveux, incapable de faire face à un surcroît de pression.
« J?avais peur. Je pensais à la foule et je me disais, « tous ces gens ne sont sûrement pas venus pour voir cela ! » Je commençais à déprimer. Je voyais un autre titre m?échapper », allait-il avouer. Mais le Safin 2005 n?est décidément plus celui de ces dernières années. Il parvenait ainsi à se ressaisir et à reprendre le dessus dans un match mal engagé.
Sa puissance naturelle libérée, la confiance de retour, Safin redevenait irrésistible et s?imposait sans discussion, 1-6, 6-3, 6-4, 6-4, s?offrant même le luxe, au troisième set, de remporter la manche après avoir été mené 4-1.
Après la balle de match, le Russe n?explosait pas de joie. Tout en retenue, il prenait le temps de féliciter son adversaire avant d?exprimer un vrai soulagement. Celui d?avoir vaincu ses démons, d?être allé au-delà de ce qu?il se croyait capable de réaliser.
« Cette victoire est bien plus importante que celle réalisée face à Sampras en l?an 2000. Celle-ci est un soulagement. C?est ma deuxième. On peut gagner un titre de Grand Chelem par erreur. »
« D?ailleurs, c?est ce que j?ai fait contre Sampras. Il était le favori. Même si j?avais perdu la finale tout le monde m?aurait félicité pour mon tournoi. Je jouais sans la moindre pression. Je ne m?attendais pas à gagner. Alors qu?ici, oui. Une victoire pour laquelle on travaille a un tout autre prix. » A 25 ans, cette fois, c?est certain, Marat Safin est mûr.
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