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Méditation pour la fête de l?Indépendance

7 mars 2004, 20:00

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DANS</B> quelques jours, le 12 mars, l?Ile Maurice fêtera le trente-sixième anniversaire de son Indépendance. Si, pour commémorer la Fête nationale, l?on réfléchit sur ce qu?a été l?objectif majeur de la lutte pour l?indépendance, on comprendra qu?il s?agissait de la liberté collective plutôt que de l?intérêt des communautés individuelles.

Année 1967. L?Independence Party, réunissant le Mauritius Labour Party (LP), L?Independent Forward Bloc (IFB) et le Comité d?action musulman (CAM) viennent de remporter une majorité de sièges à l?Assemblée législative, suite aux élections générales. Le 22 août 1967, de la manière la plus formelle, le Dr Sir Seewoosagur Ramgoolam dépose à l?Assemblée générale la motion suivante : ?That this Assembly requests Her Majesty?s Government in the United Kingdom to take the necessary steps to give effect as soon as is praticable this year, to the desire of the people of Mauritius to accede to independence within the Commonwealth of Nations and to transmit that Mauritius be admitted to membership of the Commonwealth on the attainment of independence?.

Littéralement : que cette Assemblée demande au gouvernement de sa Majesté en Grande-Bretagne de faire le nécessaire pour répondre, dès que possible au courant de cette année, à la volonté de la population de Maurice d?accéder à l?indépendance à l?intérieur du Commonwealth et que Maurice devienne membre de ce Commonwealth à son accession à l?indépendance.

Certains noms sont même honorés à l?Assemblée, ce 22 août 1967 : ?Aujourd?hui, nous nous souviendrons des noms des Mauriciens qui ont offert leur contribution à cette grande marche du peuple vers la libération de leur pays. Des hommes comme Rémy Ollier, Prosper d?Epinay, Sir William Newton, Eugène Laurent, Anatole de Boucherville, Gaston Gébert, Raoul Rivet et Sir Edgar Laurent ont tous participé à l?évolution politique de Maurice. Puis nous avons les grands démocrates : Anquetil, Rozemont et Seeneevassen, qui ne sont plus là pour voir la réalisation de leurs efforts.? (Notre traduction).

Malgré la violence qui précède le grand jour, dix-huit mois plus tard, et après deux siècles et demi de règne coloniale, Maurice accède à l?indépendance. On est le 12 mars 1968. Il est midi. La troupe anglaise assure l?ordre et la paix partout dans l?île. Au Champ-de-Mars, le soleil est au zénith.

Un nouveau hymne national chante la gloire d?une Ile Maurice naissante et accompagne le nouveau drapeau quadricolore qu?on hisse vers le haut tandis que l? ?union Jack? glisse lentement vers le bas sous le regard d?une foule probablement clouée au silence par la solennité de la cérémonie. L?Ile Maurice vient de briser les chaînes du colonialisme et s?est donné une nouvelle naissance, la vraie. Elle est un pays libre, le 27e membre du Commonwealth et le 124e de l?ONU (Organisation des Nations unies).

Naissance de la nation mauricienne

Il faut une nouvelle Constitution pour Maurice. Le 04 mars 1968, la Reine Elisabeth la fait remettre à Sir Seewoosagur Ramgoolam par l?intermédiaire de Anthony Greenwood, le représentant du gouvernement britannique à Maurice. Elle est opérationnelle à partir du 12 mars. Ce qui importe dans cette Constitution c?est sa valeur symbolique plutôt que légale. Car, outre la reconnaissance formelle de la naissance de la nation mauricienne, elle signifie la rencontre des laboureurs, des ouvriers, des travailleurs sociaux et des leaders politiques qui ont mené la lutte jusqu?ici.

Dans sa conférence de presse donnée le même jour, S. Ramgoolam rappelle avec tristesse l?absence de ses trois compagnons, Anquetil, Rozemont, et Seeneevassen. Aujourd?hui, nous avons envers ces architectes de notre destin un devoir de mémoire. Ce devoir comprend la préservation de ce pour quoi ces hommes ont donné leur vie : notre liberté. Ils étaient libres pour décider de notre destin. ?We are free to fashion our destiny?, disait alors celui qui allait devenir le Père de la Nation mauricienne. Aujourd?hui, nous devons tous nous sentir libres pour conserver et renforcer cette liberté fondamentale, ce capital qui garantira notre avenir. Il faut donc célébrer la fête de l?Indépendance dans cet esprit.

Le Dr Ramgoolam est assez visionnaire pour insister sur la nature éphémère de cette liberté. Si celle-ci est un fait de l?histoire, elle n?est cependant pas acquise une fois pour toutes. Elle nécessite donc une constante vigilance. ?My countrymen, the price of freedom is eternal vigilance?, dira-t-il, lors de son discours sur la fête de l?Indépendance de 1971. Ce qui signifie que la liberté est le fruit d?une lutte interminable avec des perpétuels risques d?échec : ?The fight for freedom is an endless battle, whose victories are never final and whose defeat may be permanent?, ajoute-t-il.

Cette liberté qui sera pour toujours le signe de notre indépendance acquise doit conserver sa valeur collective. Car c?est dans la lutte collective qu?elle est acquise et c?est en tant que fruit collectif qu?elle est issue de l?indépendance. C?est l?idée même qui alimente le discours de sa conférence de presse du 12 mars 1968 : ?Independance is for the common man and woman and for every progressive man who wants to see that freedom is indivisible, that freedom should prevail all over the world so that we can work in a common brotherhood and bring about progress and economic changes?? Dix ans plus tard, en 1981, dans son discours sur le jour de l?indépendance, il reviendra sur cette idée avec plus d?emphase, en citant Somerset Maugham : ?If a nation values anything more than freedom, it will lose its freedom??

Aujourd?hui, en cette occasion solennelle, nous devons encore nous interroger sur ce que fut l?objectif d?une lutte collective pour l?indépendance. On a trop souvent tendance à l?oublier. Pourtant, en 1981, le Père de la Nation mauricienne nous l?avait encore rappelé en ces termes-ci : ?Our people must understand that the real issue is not race or religion but freedom and social justice.? Littéralement, ?que notre peuple comprenne que la vraie question n?est pas celle de la race ou de la religion, mais de la liberté et de la justice !? Et si on laissait de côté nos querelles à fond communal qui reviennent trop souvent à la mode ces derniers temps, pour méditer sur notre devise ?ene sel nation, ene sel destin.?

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