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L?Unesco dénonce les inégalités dans l?éducation

1 août 2006, 00:00

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Le constat est une fois de plus alarmant. Système élitiste, passage automatique en classe supérieure, cours particuliers, programme d?études inadéquat? ne sont que quelques défauts identifiés par l?Association pour le développement de l?éducation en Afrique (ADEA), placée sous l?égide de l?Unesco. Son rapport, dont la forme finale sera rendue publique mercredi, met le doigt sur les différents maux qui rongent l?Education nationale et qui déséquilibrent le développement du pays.

Le taux d?échec au Certificate of Primary Education (CPE), qui oscille autour de 40 %, reste le problème majeur tout comme il l?était il y a vingt ans. Le rapport constate également des différences importantes au niveau des résultats des élèves. Selon les rédacteurs, la racine de ce phénomène serait une ?distribution inégale des opportunités éducatives?.

La partie ?self evaluation?, préparée par le ministère de l?Education lui-même, démontre qu?il existe ?de nombreuses sources d?inégalités éducatives qui devraient être traitées afin d?atteindre les besoins éducatifs de base et pour assurer un niveau minimum de compétences pour tous?.

Alors que certains sont privilégiés dès le départ jusqu?à la fin de leurs études, d?autres évoluent dans la pauvreté et le système éducatif ne leur offre guère d?espoir de s?en sortir. Selon les évaluateurs du ministère, les plans de réforme, d?aussi bonne volonté soient-ils, n?ont malheureusement pas été accompagnés par des stratégies de mise en pratique.

Des hautes sphères du ministère, l?information n?est pas descendue aux enseignants et aux parents. Une des raisons identifiée est ?la concentration sur le classement des élèves et l?accès aux collèges? qui paralyse toute réforme. Ce système élitiste fait que ?d?autres besoins reçoivent très peu d?attention?.

La deuxième partie de ce document de 154 pages a été préparée par une équipe comprenant des experts du continent africain. Ceux-ci se sont penchés sur le système mauricien et offrent une analyse en profondeur de la situation du primaire, du secondaire et de l?enseignement supérieur.

● Primaire

Pour le primaire, c?est une remise en cause totale. La promotion automatique doit être éliminée et les leçons particulières sont montées du doigt. La perception étant que ces cours privés ?sont un fardeau pour les élèves, les parents et le système, étant donné que cela perverti la qualité de l?enseignement et l?apprentissage durant les heures de classe ?. Elles engendrent également de ?grandes disparités? dans une même salle de classe, ce qui n?aurait pas été le cas autrement.

Le médium d?enseignement est également mis au banc des accusés. Il ne reflète pas le sens de l?identité nationale et n?utilise pas suffisamment la langue maternelle de l?enfant. ?L?apprentissage doit être effectué dans la langue maternelle durant les premières années de scolarisation? pour qu?un enfant puisse acquérir les compétences de calcul, de lecture et d?écriture.

Il est conseillé au ministère ?de revoir la base pédagogique pour son curriculum?. Cela notamment pour procurer une meilleure égalité des chances à ?tous les enfants mauriciens, peu importe leur provenance socioéconomique ou géographique?. Le programme d?études doit être modernisé pour ?mieux refléter les affaires du monde du 21e siècle?.

Le curriculum est également jugé ?trop académique et centré sur la classe?, alors que l?enseignement est trop axé sur l?apprentissage par c?ur. Des programmes doivent également être développés pour les étudiants à besoins spéciaux (physiques, sociaux, etc.), qui sont trop laissés pour compte.

Analysant le grading introduit en 2002, les rédacteurs y voient un assouplissement du ranking. Mais ils estiment que le grading ?ne va pas assez loin? dans cet effort d?éliminer la compétition féroce. Le CPE ?limite? également l?intégration de 30 à 40 % des enfants à la participation économiquement active dans le monde du travail. Les changements à venir, c?est-à-dire l?utilisation du A+ pour l?admission en secondaire et la création de neuf collèges d?élite, ne sont pas abordés.

● Secondaire

Au niveau du secondaire, le besoin d?une ?vraie stratégie globale? se fait fortement sentir. Mais pour ne pas répéter les erreurs du passé, celle-ci doit être suivie d?un plan d?exécution détaillé.

En ce qui concerne l?accès à l?enseignement secondaire, ?le gouvernement a fait assez bien? en construisant 36 collèges en cinq ans. Malheureusement, il y a ?encore toujours des écoles vues comme étant des star schools et les enfants de parents riches ont encore toujours davantage d?opportunités pour accéder à ces écoles que d?autres?.

Au secondaire également, tous les enfants ne sont pas égaux devant l?éducation. Le système est décrié comme ?far too selective?. En 2004, il y avait 8 041 étudiants au secondaire, dont seulement une vingtaine obtiendra une bourse.

?Cela crée une compétition et cette sélection qui n?est pas nécessaire met l?accent sur l?aboutissement plutôt que le processus d?apprentissage.? Pour les chercheurs qui ont planché sur ce rapport, le système de bourses doit être soit aboli, soit basé sur le contexte socioéconomique de l?étudiant.

Autre constat, seuls 35 % de l?ensemble des élèves mauriciens qui entrent au primaire parviendront à obtenir un Higher School Certificate. Ce score est incompatible avec l?ambition de faire de Maurice une société du savoir.

● Enseignement supérieur

L?enseignement supérieur est appelé à entrer en travaux si le gouvernement souhaite atteindre sa vision de faire de Maurice un ?knowledge hub?. Un observatoire doit voir le jour pour mieux suivre le progrès des réformes et pour les évaluer plus efficacement. La recherche universitaire mérite de devenir un domaine plus présent. Le statut de certaines institutions tertiaires telles que le Mauritius Institute of Education doit être revu pour les rendre plus autonomes et faciliter leur inclusion dans le processus de réforme éducative. L?initiative de promouvoir les nouvelles technologies doit être mieux articulée à travers le système avec l?enseignement supérieur jouant un rôle clé.

Pour Kaviraj Sukon, un des principaux rédacteurs du rapport et président du Mauritius College of the Air, ?nous avons investi beaucoup dans l?éducation depuis plusieurs années, mais nous devons admettre que nous n?avons pas été complètement à la hauteur. Jusqu?ici nous n?avons pas été capables d?offrir à chaque enfant ce que nous aurions voulu offrir ?, a constaté ce dernier lors d?un atelier de travail qui a eu lieu hier au Domaine Les Pailles.

EXAMENS

Les causes de l?échec scolaire

■ Il n?y a pas vraiment de différence de taille dans l?intelligence générale des candidats au CPE, mais plusieurs facteurs peuvent renforcer les chances d?échec éducatif d?un enfant. Deux facteurs importants d?échec au primaire émergent. La première étant la promotion automatique qui permet à un élève de passer chaque année à l?étape supérieure malgré ses lacunes. De plus, aucune mesure n?existe pour permettre à l?enfant de rattraper son retard. Selon un sondage effectué auprès des enseignants pour les besoins de ce rapport, le passage automatique à la classe supérieure est tout simplement la principale cause de l?échec. Le deuxième point mis en exergue, c?est le taux d?absentéisme. ?Les recalés étaient absents deux fois plus souvent que ceux qui passent et deux fois et demie plus que ceux qui font très bien.? Ceux qui ont eu 4 F étaient en moyenne absents pendant 29 jours durant une année scolaire. Les leçons particulières sont également déterminantes dans la réussite ou non d?un élève. Près de 70 % des candidats vont ?aux leçons?. Il a été noté que 90 % des enfants qui suivent des leçons réussissent, alors que 50 % de ceux qui n?en ont pas eu connaissent l?échec. Le statut socio-économique des parents est également déterminant tout comme la motivation et l?attitude de l?enseignant. D?ailleurs, le taux d?absentéisme de ce dernier joue aussi un rôle direct dans la réussite d?un écolier au CPE.

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