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Lord Munster, une visite éclair marquante

30 mai 2004, 20:00

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Il y a un demi-siècle, en juin 1954, la population mauricienne recevait le sous-secrétaire d?Etat anglais aux Colonies, Lord Munster. Il débarque à Plaisance le lundi 7 juin et repart pour Londres le vendredi 18 juin. La veille de son départ, il tient une conférence de presse au cours de laquelle il laisse prévoir de légers changements dans la Constitution de Maurice. Il salue le loyalisme et le dévouement des Mauriciens à la Couronne britannique. Il a rencontré, au cours de son séjour, la plupart des Mauriciens responsables d?activités politiques ou économiques, dont les membres des conseils exécutif et législatif. Il comprend mieux à présent le fonctionnement de la Constitution mauricienne de 1948. Il a aussi eu des entretiens avec les Secrétaires colonial et financier et avec plusieurs chefs de département. Il a visité l?île en compagnie des différents Commissaires civils.

En matière de politique, il n?a rien à dire aux Mauriciens. Tout dépendra des recommandations que fera à l?avenir leur gouverneur au ministère anglais des Colonies. Mais à Londres, il fera part de ce qu?il a constaté de visu à Maurice. Il fera un rapport sur la situation politique qui y prévaut. A son avis, l?île a encore un long chemin à faire avant d?atteindre l?autonomie complète. Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 1948 et les affaires prennent généralement la bonne direction.

Il a désormais une meilleure perception de la dépendance de l?économie mauricienne sur l?industrie sucrière. L?on ne doit rien tenter ni rien faire qui puisse lui causer des dommages ou détruire la confiance dans sa capacité de fournir à l?humanité une des plus essentielles denrées alimentaires. Rien ne doit troubler son développement qui repose sur des bases solides et sur des prix rémunérateurs garantis.

L?économie mauricienne a besoin autant d?investissements étrangers que locaux pour se développer. La question de la nationalisation de l?industrie sucrière ne se pose donc pas.

Interrogé au sujet du fléau de l?alcoolisme, dont on accuse le gouvernement local de ne pas chercher à l?enrayer mais au contraire de vouloir en faire une source de revenus sous forme de taxes, Lord Munster répond qu?il ne pense pas que ce fléau représente un danger particulier à Maurice. Il ne faut pas noyer l?alcool avec les abus qu?on peut en faire.

Il se déclare plein d?admiration pour le travail social effectué dans les centres communautaires et dans les salles des conseils de village. Il considère que la question du logement ne relève pas des autorités gouvernementales mais du secteur privé. Le manque de logement est dû à un accroissement trop rapide de la population. Il y a une limite à l?allocation des fonds gouvernementaux en matière d?aide au logement. Intervenant à ce sujet, M. Sidebotham, C.M.G., assistant responsable des affaires de l?île Maurice au Bureau des Colonies à Londres, intervient pour faire remarquer que dans d?autres colonies des miséreux doivent dormir à même le sol sur les trottoirs des rues et qu?il n?a rien vu de semblable à Maurice.

Interrogé au sujet de l?accroissement continu du Budget national, Lord Munster répond que cela n?a rien d?anormal et qu?on enregistre le même phénomène dans la plupart des pays. De plus, le budget d?un pays augmente proportionnellement à sa croissance démographique, ce qui est le cas pour Maurice. Répliquant à une proposition de représentation communale au sein du gouvernement de l?île, il est d?avis que la représentation communale divise davantage une nation qu?elle ne l?unit.

Il en va de même pour l?implantation d?industries secondaires à Maurice. Cela relève davantage du secteur privé que du gouvernement ou du Fonds de Développement pour les Colonies britanniques. A Maurice, estime-t-il, la production de tabac, de rhum et d?alcool pourrait donner lieu à d?intéressantes industries secondaires.

La surpopulation est un phénomène nouveau qui touche la plupart des pays ainsi que les colonies. De ce fait, les possibilités pour un autre pays d?absorber les travailleurs non qualifiés, ne trouvant pas d?emplois à Maurice, sont quasiment nulles. Les Mauriciens sont dans l?ensemble très pacifiques et respectueux des lois et des institutions. Ils pourraient toutefois travailler de façon plus productive.

Les problèmes à résoudre à Maurice sont nombreux et variés. Tout dépend cependant de l?argent disponible pour investir dans leur solution.

La conférence de presse a lieu au Château du Réduit. La presse mauricienne est représentée par Mlle Marcelle Esclapon, Public Relations Officer, Mlle France Boyer de la Giroday (La Vie Catholique), MM. Joseph Coralie (L?Epée), Gaston Pierre (L?Après-Midi), S. Badry (Janata), Francis Collendavello (Advance), Hervé de Sornay (Le Cernéen), Marcel Cabon et Jean Delaître (Le Mauricien).

Le mardi 14 juin 1954, les membres du conseil législatif offrent un thé à Lord Munster dans la salle du trône à l?Hôtel du Gouvernement. Ils se réunissent ensuite dans la salle à manger pour une séance de travail, sous la présidence de M. Harilall R. Vaghjee. Il est prévu que les députés mauriciens posent à Lord Munster les questions qui les préoccupent afin de connaître son opinion à ce sujet. Advance, du lendemain, estime que Sookdeo Bissoondoyal ?a apparemment mal compris? les consignes du président de séance. Il fait un discours d?une vingtaine de minutes, ?rééditant pour la énième fois ses discours au conseil législatif : le pays va à la ruine, parce que l?administration ? y compris la police ? est divisée en deux camps, chaque camp cherchant à supplanter l?autre pour avoir plus de pouvoirs ; il y a, à l?Exécutif, des membres qui protègent des criminels, les Liaison Officers sont devenus des nominees, 60 000 Mauriciens ne font pas deux repas par jour, 50 000 enfants ne vont pas l?école, des milliers de personnes réclament une commission royale, il y a de la corruption dans le pays.? A ce stade, le président Vaghjee veut l?interrompre. Il proteste qu?on en veut à la liberté d?expression, qu?il y aura une effusion de sang si cet arbitraire persiste? Lord Munster calme quelque peu les esprits en concédant que la demande d?une commission royale a retenu l?attention du bureau des Colonies à Londres.

Signature à l?aveuglette

Philippe Rozemont prend alors la relève. Redonnons la parole à Advance : M. Philippe Rozemont, ?qui est visiblement en état d?ébriété?, se met subitement debout et dit qu?il veut exprimer ses vues en français mais continue en anglais, en émaillant son discours de mots français. Il s?est rendu le matin au Réduit avec d?autres députés travaillistes. Mais il arrive en retard au rendez-vous. Il se retire du parti Travailliste. Il veut que Lord Munster sache qu?il est contre le gouvernement responsable et le suffrage universel. Il a signé à l?aveuglette un mémoire du parti Travailliste. Il demande à Lord Munster de rayer sa signature sur ce document. Il arrête son discours et se met à réfléchir. Il réclame quatre sièges par circonscription rurale. Il cherche, mais en vain, le nom des conseils urbains. Il déclare ne pas être contre les capitalistes blancs mais contre les accapareurs car il sait que sans capital, il n?y a pas d?intérêts. Il se prépare à répondre aux points avancés par Sookdeo Bissoondoyal mais le président Vaghjee lui ôte la parole.

Le Dr Lucien de Chazal remercie le Bureau des Colonies à Londres pour son aide dans la campagne anti-malarienne. Le paludisme a été éradiqué mais l?île Maurice fait face à un autre problème, celui d?une démographie galopante et, si on ne fait rien, à celui de la surpopulation. Lord Munster répond que plusieurs pays au monde connaissent le même problème. Il craint que la solution qu?il préconise ne soit pas au goût du Dr de Chazal.

La veille, le lundi 14 juin 1954, Lord Munster visite les districts du Nord. Il se rend à Montagne-Longue où il est reçu par le mouvement coopératif mauricien, alors dirigé par M. W.G. Alexander. Ce dernier fait état de revenus coopératifs globaux de Rs 30 millions par an. Il estime à plus de 20 000 le nombre des membres des diverses coopératives. Les coopérateurs ont produit 49 000 tonnes de sucre en 1953. La plus ancienne coopérative de Maurice a vu le jour à Montagne-Longue. M. Beeharry Panrai précise qu?autour de cette localité, on dénombre une douzaine de coopératives.

La délégation Munster visite ensuite le centre communautaire de Crève-C?ur, un Land Settlement à Terre-Rouge, un réservoir d?eau à Plaine-des-Papayes, déjeune à Pointe-aux-Canonniers, visite l?école de Goodlands, des logements sociaux, l?école et la station des pompes à incendie de Piton, le jardin de Pamplemousses. Elle est reçue par le Conseil des districts du Nord au Château de Mon Plaisir.

Le jeudi 10 juin 1954, Lord Munster participe à une prise d?armes aux Casernes centrales, à l?occasion de l?anniversaire de la reine Elizabeth. Il assiste aux courses hippiques du Mauritius Turf Club dans l?après-midi. A 17 heures, le commissaire au Travail lui offre un Tea Party à l?Hôtel de ville de Port-Louis. Il est reçu à dîner au Réduit par le gouverneur et Lady Scott. Le 11 juin, il assiste à une réunion du conseil exécutif et est reçu à déjeuner par le Conseil municipal de Port-Louis. Le samedi 12 juin, le représentant du British Council et Mme John Sutherland lui offrent un thé à Rose-Hill.

A l?occasion de l?anniversaire de la reine, le gouverneur Sir Robert Scott est fait chevalier de l?Ordre des Saints Michel et George. MM. James Sterling et Léon J. Elias Hennequin sont faits respectivement officier et membre de l?empire britannique. M. Emile Philippe Benjamin Oh San reçoit la Colonial Police Medal.

Lord Munster est né le 17 février 1906. Sa carrière politique commence en 1928. Il se fait tout de suite remarquer à la Chambre des Lords par son assiduité et son intérêt pour la? res publica. En 1928, il est élu conseiller municipal de Paddington à Londres. Il occupe ensuite divers postes tant à la Chambre des Lords qu?auprès des rois George V et VI.

<I>Lord Munster se déclare plein d?admiration pour le travail social effectué dans les centres communautaires. Il considère que la question du logement relève davantage du secteur privé que du gouvernement.</I>

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