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Lire : cette absence de désir

8 octobre 2007, 00:00

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Paradoxal systeme. C?est devenu un lieu commun : ?les Mauriciens ne lisent pas?. Mais signal contraire, les Editions de l?océan Indien (EOI) ont ouvert, à Belle-Rose, fin septembre, le Bookstore, imposante librairie sur quatre niveaux.

Devanand Dewkurun, directeur des EOI raconte : ?nous avons deux caisses. Samedi, je suis allé donner un coup de main parcequ?il y avait des files d?attente qui s?allongeaient. Avant d?arriver à EOI, j?avais l?impression que la demande diminuait à cause d?internet. Maintenant je vois qu?en termes d?achat, c?est pareil. Je dirais même que cela marche à merveille.?

Sauf qu?en affinant les données, Devanand Dewkurun s?est aperçu que pour ce qui est des auteurs mauriciens, ?cela marche moyen?, alors que les rayons enfants et santé, doivent être ré-approvisionnés.

Car c?est de cela qu?il s?agit. Du goût pour la lecture certes, mais en particulier pour le ?creative writing? : les fictions longues et courtes, le théâtre, la poésie, l?histoire?

Toujours au chapitre des signaux (de fumée ?), l?inauguration fin novembre d?un Bookcourt à Flacq. La librairie est déjà opérationnelle depuis quelques semaines. En dix ans, c?est la troisième aventure d?André Lam, propriétaire des librairies situées au Caudan et à Trianon.

Pour lui, c?est clair. Les auteurs mauriciens ont un public restreint. ?C?est plutôt les étrangers ou les Mauriciens installés ailleurs, qui achètent un livre signé par un Mauricien, comme s?ils emportaient une partie du patrimoine de Maurice dans leur coeur. Il n?y a pas de véritable culture de la lecture chez nous.?

Selon André Lam, ?le prix, c?est un faux problème. Si c?était vraiment ça, on aurait vu des gens faire la queue devant les bibliothèques municipales ou la bibliothèque nationale?. Et de nous confier en riant que certains de ses collègues, en plaisantant lui ont dit qu?il fallait être fou pour ouvrir une librairie à Maurice. En guise de réponse, André Lam cite Paulo Coelho, ?il faut aller au bout de ses rêves?. Là où malgré l?absence d?engouement, lui tente de transmettre sa propre passion des livres, son ?souci de donner un vaste choix aux gens en espérant que cela va éveiller leur curiosité?.

Un intérêt qu?il faut susciter dès le plus jeune âge. L?hypothèse d?Yves Chan Kam Lon, directeur de la Bibliothèque Natio-nale (BN), c?est que la lecture ne fait pas partie des habitudes des Mauriciens. Lui qui note que ce sont les journaux qui sont le plus consultés à la BN, affirme que les écoles maternelles ne sont pas équipées d?une bibliothèque appropriée, et qu?elles n?ont pas le personnel apte à inculquer le goût de la lecture aux jeunes enfants. ?Quand on parle de littérature enfantine, il faut que l?enfant y retrouve les réalités locales. C?est pourquoi il faut inciter les auteurs mauriciens à écrire des livres pour enfants?. Yves Chan Kam Lon note aussi l?absence de personnel qualifié pour l?animation du coin enfant dans les bibliothèques publiques.

Foires du livre

Une fois par an, à l?occasion de la Journée du livre, la BN va à la rencontre des lecteurs. Par le biais de foires du livre décentralisées. Affluence garantie. ?Cela montre que les parents sont conscients de l?importance du livre. Quand nous mettons des livres à leur portée, ils deviennent des partenaires dans notre entreprise de promotion de la lecture.?

A la fois auteur, membre de la Mauritian Writers? Association et ?ayant une participation dans une librairie à la rue Bourbon?, Bhismadev Seebaluck se montre plus mesuré. Lui ne croit pas que les gens ont arrêté de lire, c?est plutôt qu?ils ne lisent pas assez. Il dit noter une tendance de préférence pour les ouvrages ayant trait à la spiritualité, au développement de soi, voire du yoga. ?Dimoun lir impe moins creative writing?.

Dans ce rayon, ses références sont le phénomène Harry Potter, qui attire un lectorat ?ki kone ki pe atann li?. Ou les romans d?Ananda Devi ?ki mo koir vann ase fasilman?.

Quand on lui demande une échelle de valeur, Bhismadev Seebaluck cite son propre cas. Pour lui, un livre signé d?un auteur local est à ranger dans la catégorie supérieure. ?Avant, les 1000 copies étaient écoulées en un an, aujourd?hui c?est fait en moins de six mois, mais je ne prendrais pas de risque de faire une ré-édition. Si quelqu?un dépasse les 1500 ? 2000 copies, ce qui est assez rare, c?est exceptionnel. Je crois que les livres d?histoire peuvent dépasser cette barre, notamment grâce au facteur étranger.?

Question prix, Bhismadev Seebaluck trouve qu?un livre d?un auteur mauricien à Rs 300, ?c?est cher?. Pour lui, un ouvrage de 175 pages environ doit se situer dans les Rs 200.

Même ?lucidité? pour ce qui est de la qualité des écrits d?auteurs locaux maniant la langue de Shakespeare. ?Pour beaucoup d?entre eux, le niveau est bas, que ce soit en matière de syntaxe ou de contenu.? Avec l?humour qui est le sien, Bhismadev Seebaluck paraphrase : ?les histoires sont souvent banales, ce sont des naïvetés, du type : ?I went to the market, I bought two pounds of potatoes, I put them in a plastic bag?? Idem pour la poésie. ?Beaucoup pensent qu?écrire sept lignes et les faire rimer, c?est de la poésie.? Quand écrire est une douleur, le bonheur de lire n?est pas connu de tous.

LE CHIFFRE

70 % des Mauriciens ne lisent pas un seul livre par an. C?est le constat établi par l?Etude pluridisciplinaire sur l?exclusion à Maurice. Cette étude des pratiques culturelles réalisée par Issa Asgarally en 1997 fait tiquer. Une décennie plus tard, ?je ne crois pas que la situation a beaucoup évolué?, note l?auteur de l?étude. Les recherches disent aussi le pourquoi de ce constat. Première raison avancée : le manque d?intérêt, suivi des questions liées au prix des livres, puis du manque de temps. ?Ce sont de vraies raisons?, commente l?auteur de l?étude. ?Le manque d?intérêt est souvent un facteur négligé. Ajouter à cela le fait que ce public ne peut accéder aux livres à cause des barrières d?ordres culturelles, car pour lire, il faut avoir les clés : une maîtrise de la langue par exemple. Ce qui pose la question fondamentale du droit à la culture qui est négligé par le ministère de tutelle.?

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