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L?horticulture un marché épineux

6 octobre 2005, 20:00

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Les anthuriums en mal de variété

La florissante industrie vit au sérum. Son anthurium n?est plus au goût de la clientèle mondiale. Cette fleur n?est plus à la mode. Le chiffre d?affaires chute chaque année. Et maintenant l?ogre chinois se met de la partie. Les producteurs locaux, eux, brandissent la couronne mortuaire. Ces griefs ont été communiqués récemment au gouvernement.

?La situation est telle que nous avons un manque de variété exigée par le marché mondial?, affirme Raïfa Bundhun, secrétaire générale de l?Association professionnelle des producteurs et exportateurs de produits horticoles de Maurice. La pénurie de variété résulte d?une mesure préventive anti-bactérie introduite en 1997. L?industrie réunionnaise est dévastée par la xanthomonas. Et les autorités interdisent l?importation de toute pousse d?anthurium d?Hawaii et des Pays-Bas. Cette mesure est un succès car la production locale en est toujours épargnée.

En chiffres, les anthuriums contribuent à plus de 90 % dans les exportations florales alors que les orchidées représentent un marché étroit et sélectif (voir texte plus loin). De Rs 112 millions en 2002, les revenus sont tombés à Rs 94 millions pour l?année écoulée. Le volume a suivi la même courbe pour stagner à 347 tonnes. Cette industrie d?anthurium, après le boom des années 80, a ralenti dans son élan à la mi-90.

Avec la mesure anti-bactérie introduite, l?industrie perd des points sur le plan commercial. Le marché mondial évolutif exige de nouvelles variétés, des demandes auxquelles les producteurs locaux n?arrivent pas à satisfaire. Ils sont contraints de se cantonner à la variété traditionnelle dite ozaki¸ représentant 80 % de la production.

En 2002, l?interdiction est partiellement levée afin de permettre l?importation de plantules in vitro, qui jettent leurs premières tiges après une moyenne de quatre ans de mise en terre. De fait, la variété est déjà démodée aux yeux des clients étrangers.

Chez Fleurs des Tropiques Exports, la morosité prend racine dans les serres. Sa production est passée à un million de tiges, équivalant à une baisse de 60 % en sept ans. Par manque de revenus, aucun investissement n?est entrepris. ?Nous sommes dans un cercle vicieux. Brisons-le?, affirme le directeur, Didier Langlois, dans le business depuis 25 ans.

Pour insuffler un nouvel élan à cette industrie, expliquent les producteurs, l?interdiction doit être levée. En ce faisant, ils seront en mesure d?importer des plantes qui donneront des fleurs dans un délai raisonnable, voire de trois à six mois. Pour Denis Halbwachs, directeur d?Agrex Limitée, il y a urgence ?à faciliter l?accès à des plantes plus grandes de la Hollande?.

Dans une telle conjoncture, l?industrie ne peut se permettre de payer des royalties aux concepteurs étrangers. Elle exige les moyens pour faciliter la culture locale, la finalité étant d?exploiter de nouvelles variétés mauriciennes, dans un cadre légal défini protégeant leurs droits.

Les serres ne sont pas couvertes par une police d?assurance. Les cyclones passent et les détruisent ; les producteurs, eux, reconstruisent à leurs propres frais. D?ailleurs, les plans offerts par les compagnies d?assurances exigent des primes élevées.

La série s?allonge encore avec le manque de bagasse en tant que substrat, les usiniers privilégiant la production énergétique. D?ailleurs, la secrétaire générale de l?Apexhom déplore la politique des usiniers, qui vendent leur bagasse à des prix supérieurs à ceux fixés par le ministère de l?Agro-industrie.

A chaque saison qui s?égrène, l?écart entre producteurs mauriciens et compétiteurs asiatiques s?agrandit. L?ogre chinois, avec l?expertise des Pays-Bas, leader mondial, sort les moyens, qui, tôt au tard, affecteront la production locale. ?La Chine a le marché, les moyens et les capitaux?, ajoute Didier Langlois

En sus de la Chine, l?industrie locale fait déjà face à l?Indonésie et à Taïwan, des cultivateurs en masse qui incitent les producteurs à baisser leurs coûts. Au cas contraire, la fermeture des serres se profile à l?horizon, affectant surtout les petits qui approvisionnent les exportateurs. Une poignée s?est déjà tournée vers d?autres cultures plus rentables.

Est-ce le début de la fin ? Non, dit Denis Halbwachs qui affirme néanmoins : ?Nous sommes en danger de partout. Ayons confiance en ce que nous faisons.?

CLIENTÈLE

L?Italie, premier importateur

■ La configuration du marché mondial des anthuriums est en mutation. Les Japonais se sont longtemps raffolés de nos tiges. Mais ils n?en sont plus aussi friands. L?Italie est devenue notre premier marché en termes de volume, suivi du Japon et de la France. Les autres marchés sont l?Amérique et l?Australie. Les Pays-Bas, au fil des années, se sont logiquement positionnés comme premiers fournisseurs du marché européen. A la proximité géographique s?ajoute un prix quasi identique au nôtre. Le label des Hollandais fait pencher la balance en leurs faveurs. Du coup, en Europe, les Mauriciens se rabattent sur les Italiens et se font concurrence. L?importateur italien, tout en reconnaissant la valeur de nos anthuriums, est à double visage. D?une part, il privilégie la variété au détriment de la qualité. Et de l?autre, la tendance est en faveur du bas de gamme, en ces périodes de fêtes, souligne Didier Langlois, directeur de Fleur des Tropiques Exports Limitée. Après avoir fait le tour des clients fermes, nos anthuriums sont mis en vente à l?encan au Japon. Et là, les prix ne reflètent pas forcément le coût de production. ?On peut y écouler beaucoup, mais nous n?entrons toujours pas dans nos frais?, ajoute encore Didier Langlois.

Au coeur du jardin des orchidées

Nos pas s?impriment dans le parterre jonché de petites tiges droites et fières. Nous nous faufilons en silence entre les orchidées du jardin situé à Montagne-Longue. Les explications de Patrice (photo) et de Cédric Affouye, propriétaires du Coin Vert Ltd, embaument l?air d?un doux parfum de passion. Lors du séminaire sur les orchidées, à l?université de Maurice, ils avaient déclaré : ?Nous possédons un jardin grand de 8 000 orchidées.?

Le voyage au c?ur de ce coin de fraîcheur débute en surprise. Devant nos yeux se dresse une sublime maison de style colonial. Depuis 1935, les ancêtres Affouye, sensibles au charme des orchidacées, n?ont pas manqué de léguer cette passion aux générations à venir. De Xavier Affouye, l?actuel grand-père à Patrice et au fils de ce dernier, Cédric, l?impact est visible. Ces trois personnages, qui croient en une stratégie propre pour promouvoir l?orchidée, nous font visiter une des sept serres que possède la famille.

?Ici, vous avez les Phaleanopsis, raconte Cédric, nous avons au moins 12 000 plantes dans notre jardin??. Agé de 24 ans, il a été piqué par la culture des orchidées alors qu?il n?avait que 12 ans. Loin du brouhaha d?une jeunesse traditionnelle, il s?évertuait à soigner les fleurs et à les apprivoiser. ?J?ai toujours été très nature, confirme-t-il, je m?occupe principalement des produits chimiques et du traitement des orchidées. Chaque membre de la famille a une fonction spécifique au sein du jardin.? Observant de loin son fils Patrice acquiesce d?un regard. C?est dans cette serre, qui diffuse une chaude atmosphère de 37° Celsius, que les pots sont soigneusement entreposés, les uns à côté des autres sur des étagères. La variété est étonnante : il existerait au moins une centaine de nuances de couleurs et d?espèces dans ce grand bouquet d?orchidées.

Produire de nouvelles espèces

?Il faut savoir que nous importons nos plantules des pays de l?Asie du Sud-Est, qui sont reconnus pour leurs orchidées. Ils sont même les premiers exportateurs d?orchidées dans le monde. Mais depuis peu, nous commençons à faire des croisements de fleurs dans les laboratoires. Nous espérons bien produire de nouvelles espèces??, relate encore Cédric. C?est un formidable bourgeonnement de techniques qui pointent toutes vers le même objectif : rivaliser avec l?étranger et exporter.

Mais l?horticulture reste un domaine très fragile de par le nombre croissant de compétiteurs sur le marché international. Avant de pouvoir exporter des orchidées, il leur faudrait contourner certaines difficultés. Patrice Affouye évoque les freins qui les limitent au commerce local uniquement. ?Le prix de la terre est exorbitant. En comparaison avec l?Asie, où ils plantent des orchidées sur des hectares de terre, Maurice a encore du chemin à parcourir ! La main-d??uvre s?obtient difficilement et la structure, c?est-à-dire, les pots, les serres et l?entretien coûtent très cher. Un pot à Bangkok peu coûter dans les 10 sous par exemple, mais ici nous l?obtenons à Rs 14 ou à Rs 18 ! Ce sont des facteurs qui jouent contre nous??

La découverte continue. Tout en nous guidant, Cédric en profite pour mettre de côté les orchidées malades. Elles seront ?brûlées?. C?est une façon habituelle d?éviter une propagation éventuelle de virus par les insectes ou par simple maladie dite ?génétique?. Cédric nous confie également que les acheteurs locaux, en sus des hôtels, sont très rigoureux. Leurs efforts pour faire fleurir leur commerce se heurtent à des obstacles : certains font la fine bouche lors des paiements alors que d?autres exigent des plantes de qualité accrue.

Ils louent aussi leurs plantes, mais sous condition. Comme l?affirme Cédric : ?La qualité prime chez nous, cela ne nous intéresse nullement de vendre des plantes qui ne sont pas à la hauteur de nos espérances ! Voilà pourquoi nous brûlons certains d?entre elles au lieu de les revendre.? A quand donc une orchidée griffée de chez Affouye ?

EXPOSITION

Le château du Réduit en fleurs

■ Le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, inaugure, cet après-midi, une exposition florale à la State House, Réduit. Etalée sur trois jours, elle prend fin dimanche avec la journée portes ouvertes au château. Une vingtaine de pépinières exposeront leurs plantes. L?Agricultural Research & Extension Unit et le département des Bois et Forêts, entre autres, présenteront les dernières techniques de culture de fleurs. ?Le président lancera un livret sur les plantes médicinales cultivées à Réduit?, a ajouté Medha Gunputh, l?administrateur de Réduit. Le public pourra visiter entre 09 h 00 et 17 h 30.

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