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L?homme pressé
● Les relations bilatérales entre Maurice et la France ont-elles le même poids lorsque un des partenaires, en l?occurrence la France, fait partie d?un grand ensemble politique, ce qui, d?une certaine manière lui ôte un peu de ses prérogatives ?
Il n?y a pas d?antinomie. Le monde s?organise, on ne peut plus rester à l?intérieur de ses frontières. Nous avons des systèmes d?organisation bien sûr à l?intérieur, mais aussi des organisations régionales et ensuite mondiales. Si nous avons pu faire l?Europe, c?est à travers une de ses clés, un de ses moteurs qui est le système franco-allemand. Finalement la mise en place du système européen a commencé, comme vous le voyez, par des relations bilatérales. C?est ce système qui a construit la paix sur un continent. Le monde change, nous devons tous nous adapter. La France est une grande puissance, forte de son histoire, de sa culture, de sa francophonie, de son savoir-faire économique. C?est cette même histoire qui nous permet au sein du système européen de donner des impulsions importantes, mais aussi de s?appuyer sur nos amis à travers le monde pour essayer de fabriquer cette cohésion mondiale. Vous savez, et là c?est le médecin qui parle, tous les gens autour du globe ne sont que des mêmes personnes avec des yeux, un nez une bouche?
● Pour être plus précis, la France a-t-elle les mains tout à fait libres pour aider Maurice, sur le dossier sucre et textile par exemple, étant un pays faisant partie du sytème européen ?
Vous remarquerez sans doute que la France a pesé très lourd dans le système européen pour faire que les pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) soient respectés. Au lieu d?avoir un couperet qui tombe de manière dure et brutale, on a trouvé quelque chose qui permet de respecter l?évolution du marché tout en essayant de ne pas destructurer des économies ou des équilibres locaux qui sont fondamentaux pour l?équilibre du monde. Et je pense ici à Maurice. La France est un allié objectif de Maurice et qui a oeuvré dans le sens de ce respect, afin de trouver ce moratoire tissé dans le temps.
● Comment décririez-vous la nature actuelle des relations entre Maurice et la France ?
Le mot qui me vient à l?esprit est : excellente ! Mais je pense que cette excellence est insuffisante. Il manque de qualificatifs?
● ?pour le tempérer ?
Non, pas du tout. Au contraire. Nous avons d?excellentes relations politiques, économiques, culturelles et, peut-être le plus important, fondamentalement affectives. Le peuple français aime les Mauriciens et je crois que l?inverse aussi est vrai. C?est, pour nous, une destination touristique énorme, nous sommes les premiers investisseurs ici. Il y a des relations bilatérales qui vraiment sont au beau fixe. Même si quelquefois, il y a certaines difficultés?Mais c?est parce que nous avons cette relation d?amis que nous nous comprenons bien, que nous pouvons traiter ces difficultés?
● Notre revendication sur l?île de Tromelin fait partie de ces difficultés ?
Oui. Tromelin, c?est le problème le plus épineux qui existe entre nous. Les experts ne se sont pas vus depuis 1995. Le président Chirac a rencontré votre Premier ministre lorsqu?il est venu en France et je crois que cela s?est très bien passé. Il faut que l?on trouve une solution.
● Les positions, semblent, à l?heure actuelle, irréconciliables?
(Moment de silence) Non, ça c?est quand on est fâchés. Mais quand on a la même vision du monde, on doit pouvoir trouver une solution.
● Peut-on dire qu?une solution pour Tromelin sera trouvée au cours de l?année à venir ?
Les deux parties le souhaitent. Quand il y a des gens intelligents qui veulent travailler ensemble, je crois qu?on peut trouver des solutions.
● Les relations entre nos deux pays ont toujours été qualifiées d?excellentes, ce qui n?empêche que le problème de Tromelin dure depuis plusieurs décennies?
Oui, je sais. Mais nous allons nous remettre au travail. La question n?a pas été abordée depuis 1995. Donc, on va se remettre autour d?une table, on va discuter et on verra.
● Au cours d?une allocution vous avez déclaré : ?Je suis un pur produit de la politique issu de la société civile ? Cela veut dire quoi : ? pur produit politique? en ces temps ou la chose politique semble se dévaluer aux yeux du public ?
Cela veut dire que je suis un médecin de formation, que je dirige une entreprise qui est une clinique médicale, que j?emploie du personnel, que je soigne des malades. Parallèlement à cela, j?ai mon engagement politique et j?essaie de défendre mes idées. Je le fais au sein de ma famille politique qui est l?UMP ( L?Union pour la Majorité Présidentielle). J?ai été un militant de base, j?ai collé des affiches. Je me suis occupé des jeunes, puis j?ai été élu au Conseil Général, puis député. Aujourd?hui, je suis premier adjoint au maire de Marseille, Jean Claude Gaudin, et je suis, depuis 2 ans, secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères. Je sers mon pays, je sers mes idées. En fait, j?essaie toujours d?avoir une approche de médecin : je pose le diagnostic, et je propose un traitement?
● Le diagnostic sur le patient ?France?? est difficile ?
La situation est difficile au niveau international, comme en France. Le monde est malade. Il est compliqué. Il est sous turbulence. La France a expliqué ce qu?elle voulait au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. On voit bien les difficultés du monde. La France les connaît aussi. Elle essaie de peser sur les Nations Unies. Elle dit ce qu?elle pense.
● Quand on est issu de la société civile, pose-t-on un regard différent sur la politique ?
Tout le monde doit pouvoir faire de la politique.Il ne devrait pas y avoir de problème de niveau social ni d?argent. Il faut juste pouvoir porter haut et clair ses idées. Mes idées tournent autour des valeurs démocratiques, du respect des autres, d?un développement qui prend en compte l?individu et son épanouissement? La politique, c?est quelque chose de noble.
● Vous avez continué de penser cela au moment où vous vous êtes avez été pris en otage, au cours d?une fusillade à Haiti ?
Haiti fait partie de ces moments vraiment difficiles de mes déplacements politiques. Ce jour-là, c?est sûr que ce n?était pas la diplomatie des petits fours ! On n?était pas dans les lambris dorés du Quai d?Orsay. Là, c?est du terrain? C?était la même chose quand j?ai été au Sri-Lanka pour rencontrer mes amis Sri-Lankais et les Tigres Tamouls? ce n?était pas non plus facile. Quand je suis allé au Darfour pour essayer d?expliquer qu?une paix était possible entre le Nord et le Sud et que le drame humain qui s?y jouait pouvait annihiler tout espoir de paix, ce n?était pas facile non plus. Et à Haiti, j?ai été encerclé et pris dans une fusillade qui a duré une heure et demie ! Il y a eu quand même deux morts et vingt blessés en face et deux blessés chez nous. J?ai pu être évacué et ce sont les Casques Bleus des Nations Unies qui sont venus me sortir de là. Et tout cela s?est passé au moment où je visitais un hôpital pour y remettre un groupe électrogène pour mieux soigner des gens qui sont dans une région où il n?y avait ni eau ni électricité, ni médecins, ni infirmiers?
● Cela fait douter de ce qu?est l?essence de l?engagement politique ?
Pas du tout ! Au contraire, cela me conforte dans mes convictions, celaa renforce mon engagement ! Quels que soient les conditions, la politique consiste à essayer d?aider les gens qui souffrent, d?essayer de leur apporter une amélioration dans leur vie. Et toute amélioration passe d?abord par la paix. Et le discours politique est là pour forger et trouver cette paix. Il est plus facile de gagner une guerre que de gagner la paix. Et la paix se gagne toujours par la politique.
● Quand on observe la politique de la France sur le continent africain, on se demande si elle a vraiment changé d?approche depuis Jacques Foccard?
Bien sûr qu?elle a changé ! L?approche a changé et les pays en zone francophone ont évolué. Notre influence aussi?
● Peut-elle toujours être qualifiée de ? gaulliste ? ?
Parfaitement. C?est une approche qui consiste à aider des peuples à se développer dans la bonne gouvernance et dans le développement durable. Parfois, on voit hélas ! que ça bascule? Mais je crois que la présence de la France à leurs côtés, les aide.
● Le choix de faire de la francophonie un choix politique vous paraît être un choix judicieux ?
Ce n?est même pas un choix. C?est une obligation. Il y a une grande partie du monde qui parle français et la France représente beaucoup de choses dans le coeur de plusieurs peuples. Et on retrouve cela dans la plupart des pays francophones, qu?ils soient en Asie, en Amérique du Sud ou en Afrique. La francophonie, c?est un outil diplomatique, culturel et politique.
● L?île Maurice vous paraît-elle correspondre à ce que vous saviez d?elle ?
Je suis venu à Maurice il y a quinze ans, en vacances. J?ai des contacts personnels, des amis, et je crois connaître un peu le pays. Le Premier ministre Paul Bérenger est d?origine marseillaise? Et on se comprend naturellement. Quand il est venu en France, il a recu la médaille d?honneur de la ville de Marseille. Il est allé au domicile de ses aieux qui sont partis du Boulevard des Dames. Ce sont des affinités naturelles qui facilitent les échanges entre nous. Je lui en ai parlé au cours de nos entretiens de mardi.
● Dans un exposé devant les ambassadeurs de France à l?étranger, vous avez déclaré : ?La diplomatie française est de retour. Désormais, rien de ce qui est extérieur ne nous est étranger?. De quelle époque date cette absence, avant le retour annoncé ?
Je crois, en fait, qu?elle n?a jamais été vraiment absente. Mais depuis deux ans, avec la crise irakienne, on a fait entendre notre voix qui est, quelque part, la voix du monde. Puisque le Conseil de sécurité a validé la démarche de la France qui était la non-intervention en Irak. Le discours de Dominique de Villepin a été un moment important. Elle a rapproché sur ce problème, la Russie et la Chine par exemple. Et cela montre bien que nous sommes alliés et amis des Américains et que nous le resterons quoi qu?il arrive. Pourtant, nous n?avons pas la même conception des affaires du monde.
● Ceux qui disent que la crise irakienne a isolé la France du reste du monde se trompent ?
Oui, ils se trompent. En tout cas, ce n?est pas ce que je sens au cours de mes déplacements. La crise irakienne a bien montré la nécessité pour l?Europe de parler d?une seule voix. Le fait que, sur la crise irakienne, la France et l?Allemagne d?un côté, ne s?entendaient pas avec la Grande-Bretagne et l?Espagne de l?autre, a crée une sorte de parasitage de l?expression politique. Les peuples du monde qui nous regardaient pour savoir ce que pensait l?Europe, n?ont rien compris. D?où l?importance, dans le cadre de la constitution européenne, que nous voulons adopter de modifier les structures afin d?avoir un ministre des Affaires étrangères européen qui nous permettra de nous exprimer d?une seule voix.
● Avec le recul de deux ans, êtes-vous satisfait que la France ne soit pas intervenue en Irak ?
Ces choses-là sont derrière nous. Il faut regarder devant?
● Cela veut dire quoi cette phrase ? Que vous n?êtes pas sûr d?avoir pris la bonne décision ?
Cela veut dire que ce sont des moments toujours douloureux pour deux pays amis de ne pas être d?accord. Il faut maintenant regarder devant.
● Votre famille politique, l?UMP, connaît en ce moment beaucoup de soubresauts. Pensez-vous qu?elle arrivera unie, en présentant un seul candidat pour les élections présidentielles de 2007 ?
J?en suis intimement convaincu. Je préfère avoir plusieurs talents différents au sein de ma famille plutôt que d?avoir à dépendre d?une seule personne. Nous avons plusieurs candidats potentiels. D?abord, le président de la République, qui est notre candidat naturel. On verra quand viendra 2007. L?UMP saura choisir son candidat à ce moment-là. Pour l?instant, nous avons un pays à relancer. Nous avons un Premier ministre qui fait de belles et grandes réformes.
● ? qui est à son niveau historique le plus bas dans les sondages?
Faire des réformes n?a jamais été chose facile. Tout le monde veut des réformes mais pas pour soi. Il faut être courageux sur le plan politique, et ambitieux pour son pays.
● Et vous, quelle est votre ambition ?
Servir ma ville, servir mon pays?
● C?est la réponse convenue, mais encore ?
J?ai 45 ans, j?ai 10 ans de parlement, j?ai été élu plusieurs fois. Je sers mon pays au plus haut niveau depuis deux ans et demi à travers le monde. Je souhaite, dans le temps, inscrire mon avenir à Marseille.
● Quand on parle de Maurice au sein de la francophonie, on parle d?un des seuls pays où le français progresse face à l?anglais. Trouve-t-on une explication à cela quand on observe cette situation de Paris ?
L?influence culturelle française à Maurice me rappelle la situation canadienne où non plus l?anglais ne progresse pas. Pourtant Dieu sait si la zone anglophone est importante dans cette région?
Votre culture est particulière vraiment. J?ai l?impression que tout est écrit en anglais et tout est dit en français? Votre code Napoléon fête son bicentenaire. Ce qui prouve bien que nos liens sont anciens et proches.
● La France donne quelquefois l?impression de se sentir ici en concurrence avec d?autres pays sur le plan de l?influence et de l?action culturelle?
Oui, on est concurence partout ! Le monde est ouvert ! Ici, l?influence indienne et l?influence anglophone sont importantes, mis à part l?influence française. Je n?ai pas l?impression que cette conccurence nuit au bon développement du pays?Au contraire?
?La France a pesé très lourd dans le système européen pour faire que les pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) soient respectés. ?
?Nous avons d?excellentes relations politiques, économiques, culturelles et, peut-être le plus important, fondamentalement affectives.?
?Tromelin, c?est le problème le plus épineux qui existe entre nous. Il faut que l?on trouve une solution.?
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