Publicité

Les Talbot innovent pour se maintenir à flot

3 août 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les difficultés, déjà énormes, que connaissent les opérateurs du secteur de la pêche vont croissant. Ceux-ci n?ont donc d?autre choix que de chercher à innover. C?est ce qu?a fait Mecfish Co. Ltd en concevant seul son premier bateau équipé pour la pêche, tant dans notre lagon qu?en haute mer. Le navire, bientôt baptisé Quo Vadis I (?où vas-tu ??), semble indiquer que la compagnie sait dans quelle direction elle doit aller pour survivre.

Le secteur, il est vrai, est source de nombreux arias. Les opérateurs mauriciens font ainsi face aujourd?hui à la concurrence du poisson importé. En outre, les coûts de production ne cessent d?augmenter et les producteurs doivent tout mettre en oeuvre pour respecter les normes de sécurité de leurs membres d?équipage.

?C?est vrai qu?il y a certains encouragements accordés par le gouvernement pour l?investissement dans le secteur. Mais ceux-ci sont nettement insuffisants devant la hausse des coûts d?opération. Pour preuve, le nombre de bateaux de pêche n?a cessé de diminuer, passant de 18 à seulement sept en dix ans. Ce qui a obligé certaines compagnies à licencier des pêcheurs.? Claude Talbot, directeur de Mecfish Co. Ltd, dresse un sombre tableau de la situation. Un avis partagé par son fils Christophe, l?autre directeur de la compagnie.

Claude Talbot se rappelle le temps où les bancs étaient surexploités. ?Cela a eu d?importantes conséquences sur la taille du poisson?, dit-il avant de rappeler qu?aujourd?hui, si sa taille est meilleure, le nombre d?opérateurs a, lui, diminué. Ajouter à tout cela les difficultés d?obtenir des facilités de prêts auprès des banques pour la mo-dernisation ou le renouvellement de la flotte.

Dure cohabitation

Autre problème : celui de la maladie. On ne compte en effet pas le nombre de fois que des bateaux ont du écourter leur campagne pour revenir à Port-Louis déposer un pêcheur souffrant, causant ainsi d?importantes pertes pour les compagnies.

La cohabitation est une autre source de soucis. Faire travailler 70 à 80 pêcheurs sur une embarcation n?est en effet pas toujours chose facile.

?C?est pour toutes ces raisons que nous avons décidé de concevoir et de construire un bateau polyvalent. Nous serons ainsi capables de nous adonner à la pêche de poissons de grands fonds ? comme les vieilles, gueules pavées et autres sacréchiens, soit au-delà d?une profondeur de 300 mètres. Mais nous pourrons nous rabattre aussi sur le thon ou l?espadon si cela est nécessaire?, dit Claude Talbot.

Les campagnes de pêche du Quo Vadis I dureront une dizaine de jours. La première est prévue pour le mois prochain. Son équipage sera constitué d?une dizaine de marins pêcheurs. Mesurant environ 14 mètres de long sur 5 mètres de large, le navire pourra transporter jusqu?à quatre tonnes de poisson frais.

Le Quo Vadis I sera doté d?équipements sophistiqués de navigation et de communication. Il aura également toutes les facilités pour fabriquer ses propres glaçons, soit près d?une tonne par jour, afin de conserver le poisson au frais. ?L?industrie a stagné ces dernières années. Il nous a donc fallu trouver quelque chose de nouveau. Cela fait trois ans que nous travaillons sur cette idée. Il a fallu oser?, lance le directeur de la compagnie.

La pêche se fera au moyen d?un système hydraulique, et ce pour capturer les poissons dans les grands fonds. Ce système est différent de la pêche traditionnelle à la ligne. Le bateau est en effet équipé de deux ?éco-sondeurs? pour localiser les poissons.

Coté clientèle, la compagnie ne se fait aucun soucis. Une partie des prises sera destinée aux hôtels et aux supermarchés. Quant au reste, il sera exporté vers la Réunion.

A la lumière de sa première expérience avec Quo Vadis I, Mecfish Co. Ltd décidera si elle construira d?autres bateaux de ce type. Car la compagnie vise aussi le marché rodriguais, où il y a un grand intérêt pour la pêche hors lagon. ?Nous espérons pouvoir construire d?autres bateaux, tant pour nous-mêmes que pour d?autres opérateurs du secteur. Tout dépendra de ce qu?on réalisera avec le premier bateau?, ajoute Claude Talbot.

L?une des spécificités du navire, dit-il encore, c?est la conception de sa coque, en fibre de verre. Une conception qui a hérité de 40 ans d?expérience dans le secteur de la pêche sur les bancs. Ainsi, malgré sa taille, le bateau pourra résister aux hautes vagues, même si la mer est déchaînée.

?Si nous obtenons satisfaction, pourquoi ne pas continuer ? Un bateau comme le Quo Vadis I coûterait aux alentours de Rs 10 millions s?il est construit dans un chantier européen. A Maurice, il coûte bien moins cher.?

La construction du Quo Vadis I vient 28 ans après celle du Talbot II, à Durban, malgré que l?expérience des Talbot dans ce secteur remonte bien avant cette date. Construit en 1975, ce navire avait une capacité de 25 tonnes et était en ferro-ciment.

?Nous avons pêché pendant un an au large de l?Afrique du Sud avant de mettre le cap sur Port-Louis. Par la suite, la famille Talbot a continué à investir dans le secteur. Nous possédons, entre autres, le Talbot III, qui est d?une capacité de 200 tonnes?, dit Claude Talbot.

Publicité