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Les secrets dévoilés d?une élection papale
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Les secrets dévoilés d?une élection papale
Les lendemains de conclave à Rome bruissent toujours de semi-confidences. Pour la première fois, un cardinal-électeur, sous couvert d?anonymat, a violé le serment qu?il avait fait de respecter le secret sur le déroulement du conclave. Il a livré à Limes, une revue italienne, son carnet de bord, qu?elle devrait publier dans son intégralité.
On savait que l?élection du cardinal Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, avait été aisée puisque obtenue au quatrième tour de scrutin. Mais, jusqu?à ces révélations, on ignorait qu?il avait eu un sérieux challenger en la personne de Jorge-Mario Bergoglio, 68 ans, archevêque de Buenos Aires et jésuite.
Bergoglio n?était pas un inconnu. Il faisait partie des papabili latino-américains, mais personne n?imaginait que cet homme ? engagé dans le combat contre la pauvreté ? avait représenté, sinon une menace, une alternative au choix conservateur du cardinal Ratzinger.
Un cardinal trop bavard
Le nombre des cardinaux-électeurs était de 115 et, pour devenir le 264e successeur de Saint-Pierre, le candidat devait atteindre 77 suffrages, soit une majorité des deux tiers. Dès le premier tour de scrutin, lundi 18 avril, Joseph Ratzinger prend le large avec 47 voix.
Au deuxième tour, le mardi matin, les deux premiers se détachent : Ratzinger avec 65 voix et Bergoglio qui bondit à 35. Martini, le troisième concurrent, disparaît de la course. Au troisième tour, le cardinal allemand atteint 72 voix, mais la minorité fait bloc sur le nom de Bergoglio, dont les suffrages montent à 40.
Le moment est crucial. Toute l?histoire des conclaves témoigne de renversements au détriment d?un candidat presque élu. « L?inquiétude gagne les cardinaux partisans de Mgr Ratzinger », note alors dans son carnet le cardinal trop bavard. C?est au quatrième tour que les jeux se font. Jorge Mario Bergoglio chute à 26 voix, alors que Joseph Ratzinger est élu avec 84 voix.
Le cardinal a une interprétation plus sujette à caution que ces chiffres. Il écrit : « J?observe [Bergoglio] en train de mettre son bulletin dans l?urne. Son visage est empreint de souffrance, comme s?il suppliait : Dieu, épargnez-moi cela ! » Bergoglio se serait montré si effrayé par la perspective de devenir pape que ses soutiens se seraient effondrés.
■ @ 2 005 Le Monde ? Henri TINCQ ? Distribué par The New York Times Syndicate
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