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Les raisons de la médiocrité
Le ministre de l?Éducation a raison. Le rapport du Mauritius Examinations Syndicate (MES) sur le CPE 2004 est effarant. De l?école mauricienne émerge un petit citoyen médiocre. Un enfant de 11 ans sur trois pense que la bagasse sert à faire rouler les voitures ; un sur cinq pense que le 12 mars marque l?abolition de l?esclavage ; un sur deux ne sait pas pourquoi les sacs plastique devraient être moins utilisés? Une mesure immédiate s?impose, le minis-tre a raison. Mais il n?est pas honnête.
Ce n?est pas, comme l?insinue Dharam Gokhool, parce que les mesures de son prédécesseur ont provoqué un « nivellement par le bas » que les connaissances de nos gamins sont si sommaires. La chute de niveau avait été notée bien avant la réforme Obeegadoo. Ce n?est pas non plus sur l?ensemble des matières, comme le laisse croire le ministre, que porte le commentaire du MES sur la baisse de performance, mais sur l?anglais.
Ce document est trop riche en enseignements pour choisir de le regarder par le petit bout de la lorgnette.
Le ministre y a puisé seulement de quoi justifier sa démarche politique. Soit. Mais sa cécité partielle, son explication personnelle de l?origine du problème de l?école risquent d?en escamoter les véritables causes. Car les examinateurs n?accusent pas à proprement parler, dans ce document, la nouvelle culture qu?a connue l?école sous le précédent régime, mais indiquent deux raisons à la médiocrité : l?attitude de l?instituteur, qu?ils tiennent responsable de l?impréparation de l?enfant, et l?apprentissage, nul, des langues.
Non seulement les examinateurs s?étonnent du peu de préparation des élèves alors même que les manuels destinés aux instituteurs sont, disent-ils, précis, mais ils relèvent des situations extrêmement graves. Quand il est demandé à un enfant de faire une phrase avec « aimer » et « eau » et qu?il écrit « je fais une phrase avec aimer et eau », c?est clair que son instituteur lui a suggéré l?astuce pour éviter l?effort de réfléchir au sens des mots, de se soumettre à l?épreuve de la grammaire et du vocabulaire. Quand plusieurs enfants écrivent, mot pour mot, la même introduction passe-partout à leur rédaction ? « Il était midi, le ciel était bleu? » ? il est clair que l?enseignant ne remplit pas son rôle qui est de lui apprendre à traduire en écrit ce qu?il imagine et ressent. Quand un instituteur dit à un enfant de ne pas tenter une partie du questionnaire, de ne se concentrer que sur une autre, il en fait un petit tricheur.
N?est-ce pas cette « dose de compétition » de trop qui a induit chez certains des méthodes qui n?ont rien à voir avec l?éveil de l?inventivité, du raisonnement, du bon sens ? Il est possible, certes, que les causes soient autres. Il est possible que ces instituteurs soient réduits à recourir à ces astuces parce que le programme est trop chargé. Il est possible qu?il ne se concentre que sur celui qui assimile parce qu?il ne sait pas comment enseigner à celui qui n?arrive pas à suivre. Quelle qu?en soit la raison, c?est l?enseignant qui requiert une attention urgente et non le système de gradation ou l?admission au secondaire.
Il a une grande part de responsabilité dans la faillite de l?école s?il contribue à le crétiniser.
L?autre terrain que le ministre aurait dû avoir vite occupé est celui de l?apprentissage des langues. Toutes les deux pages, les examinateurs le ressassent : « There is a need to improve the language skills. » Ils le font depuis dix ans. Si un enfant sur deux n?arrive pas à répondre à une question de science ou de géographie, c?est dans la majorité des cas non parce qu?il n?a pas l?esprit logique ou n?est pas en mesure de saisir le concept, mais parce qu?il n?a pas compris l?énoncé. Comment peut-on espérer poser des apprentissages nouveaux sur des bases aussi friables que du sable ? L?apprentissage de la lecture doit être complété à 7 ans. C?est la première mission civile de la République, disait récemment le ministre français de l?Éducation.
Le plus terrible, c?est qu?on le sait. La National Literacy and Numeracy Strategy (NLNS) a voulu y remédier. Qu?est-il advenu des recommandations du comité chargé d?améliorer sa mise en application ? Il est urgent de rouvrir ce chantier avec davantage de persévérance. En Grande-Bretagne, il a fallu sept ans pour que la NLNS amène le taux de réussite de 67 % en 1997 à 83 % en 2004. Non content, le gouvernement a encore amélioré les méthodes d?enseignement de la lecture. Le ministre de l?Éducation ne pourra pas effacer toutes les initiatives de son prédécesseur. Pour la bonne et simple raison qu?il n?y a pas mille solutions.
Une réforme méritera son nom quand elle remettra en question les méthodes d?enseignement du « lire-écrire », dépassées parce qu?elles ne prennent pas en considération la langue maternelle, quand elle initiera une évaluation des instituteurs (basée non sur les résultats de quelques élèves, mais ceux de la classe), quand elle établira un mode de suivi de leur performance. Le communiqué du ministre paru en début de semaine n?annonce rien de tel. Chapelet de banalités, de stéréotypes propres aux discours politiques, de phrases exclusivement réservées à une élite ? qui comprend le sens de « l?égalité des opportunités sur les bases du mérite » ou de « la valorisation de l?excellence à un niveau donné du système » ? ? il ne permet pas de voir ce qui sera réellement réformé au-delà de l?admission au secondaire. Il est temps que le ministre nous révèle son plan, un vrai, pour une World Class Education.
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