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Les règles élementaires de sécurité bafouées

17 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Raj JUGERNAUTH

«La plupart des bateaux de pêche refusent de respecter les règles élémentaires de sécurité. On ne peut pas les sanctionner, car à chaque fois que nous envisageons des sanctions ou alors d?empêcher que le bateau ne quitte le port, nous subissons d?énormes pressions.»

Après la disparition des pêcheurs des bateaux King Fish II et V, cette déclaration faite par un responsable du ministère de la Pêche sous le couvert de l?anonymat a choqué. Et il affirme que ce scandale dure depuis longtemps.

Ce technicien tient en effet un langage différent du porte-parole officiel désigné par le ministère pour parler à la presse. Il est loin de lancer des accusations gratuites, car il avance des preuves pour soutenir sa déclaration. Ces accusations éclaboussent les compagnies de pêche et mettent en évidence la protection occulte dont certaines compagnies de pêche bénéficient.

«Avant de donner le feu vert à ces deux bateaux, on a procédé à une vérification à bord. Les équipements des deux bateaux étaient en parfait état de fonctionnement, y compris les transpondeurs (voir hors-texte). Or du moment que le King Fish II a quitté le port, on n?a pu suivre son trajet à l?aide du transpondeur. On ne peut pas dire que ce transpondeur soit tombé en panne, car cet équipement était en parfait état avant le départ. Le skipper srilankais l?a peut-être éteint, soit il a placé un appareil, une radio par exemple, près du tranpondeur, ce qui brouille les signaux» explique le technicien du ministère de la Pêche.

Aucun S.O.S lancé

Et dire que le gouvernement a acheté ces transpondeurs à Rs 60 000 l?unité pour les offrir gratuitement aux 20 bateaux de pêche mauriciens, soit une dépense de Rs 1,2 million payée des poches des contribuables. «Allez vérifier auprès des autorités et elles vous confirmeront mes dires. Vérifiez aussi un autre aspect de la sécurité. Tous les bateaux de pêche battant pavillon mauricien sont tenus de contacter la radio du port deux fois par jour pour signaler leur position. Personne ne le fait. C?est le silence radio et avec leur transpondeur éteint, on ne sait pas où ils se trouvent. Et quand survient un naufrage, on ne sait pas où ils sont s?ils ne parviennent pas à lancer un s.o.s.»

Notre homme qui lutte depuis longtemps pour améliorer la sécurité des embarcations en mer est aujourd?hui très amer. Révolté, il lance : «Ces hommes politiques adeptes de la protection occulte doivent avoir aujourd?hui sur la conscience la disparition des pêcheurs des King Fish II et V. Espérons qu?ils cesseront d?intervenir dans ces questions de sécurité en nous permettant de sanctionner et de clouer au port ces embarcations et les skippers qui ne sont pas en mesure de naviguer en toute sécurité.»

Le même problème, dit-il, se pose avec les pêcheurs artisanaux qui ont été pourvus de gilet de sauvetage et de réflecteur radar pour permettre à l?avion des garde-côtes de les répérer en cas de panne de moteur et de dérive. «Vous pouvez compter sur les doigts d?une seule main le nombre de pêcheurs qui utilisent les gilets et le réflecteur radar», explique ce technicien.

Un capitaine du port nous confirme que la plupart des bateaux de pêche mauriciens ? les petits, les moyens et les gros qui vont pêcher aussi loin que Saint Brandon ou les bancs de Saya de Malha ? refusent systématiquement de communiquer leur position. «Deux fois par jour, matin et soir, le Port Louis Harbour Radio communique un bulletin météo à ces bateaux. Ce n?est pas notre responsabilité, nous le faisons pour rendre service. Le protocole établi veut que tous ces bateaux nous indiquent, après la réception de ce bulletin, leur position. Ils sont très peu nombreux à le faire», nous explique un capitaine du port.

Fort de la garantie que son anonymat sera respecté, ce capitaine explique que quand les bateaux communiquent avec le Port Louis Harbour Radio, le message est capté par tous les bateaux de pêche dans la région. « Quand un bateau nous communique sa position, il est entendu par tous ses concurrents. Or, personne ne veut dévoiler dans quelle zone il pêche, surtout s?il a la réputation de faire de bonnes prises très rapidement. La zone où il fait de belles prises demeure une sorte de jardin secret et il ne communiquera jamais sa position. Il va jusqu?à éteindre le transpondeur pour que le satellite ne puisse pas le repérer.».

Cette féroce concurrence a donné lieu à deux drames et donnera encore lieu à d?autres drames si des mesures ne sont pas prises pour mettre fin à des telles pratiques.

Ce capitaine poursuit. «Les deux bateaux étaient pilotés par des skippers srilankais. Un skipper n?est pas un capitaine. Avec un global positioning system (GPS), n?importe qui peut aujourd?hui tracer une route sur une carte maritime et faire le tour du monde. Mais ces gars-là ont-ils appris à interpréter la météo ? Savent-ils quelles mesures prendre pour affronter un cyclone ou une mer hyper démontée ? Ont-ils appris à bien utiliser leurs équipements pour qu?ils arrivent à émettre et à recevoir des données ? Savent-ils à quel point les embruns affectent les équipements électroniques à bord et comment les protéger ?»

Autant de questions auxquelles les autorités auront à répondre. Elles auront aussi à déterminer pourquoi aucun des deux bateaux n?a lancé des SOS -Mayday dans la nuit fatidique du 24 février.

Ils sont tous coupables

C?est le laxisme des autorités et des compagnies de pêche qui a peut-être coûté la vie aux pêcheurs des King Fish II et V, estiment les techniciens du ministère de la Pêche. Aucune législation ne force les bateaux de pêche à signaler leur position deux fois par jour à la radio du port. Aucune sanction ne peut être prise contre les capitaines et autres skippers qui dérogent à cette règle.

En sus du transpondeur, il n?y a que la radio du port pour pouvoir communiquer avec les bateaux de pêche dans notre zone économique. La compagnie Hassen Taher, qui n?arrive plus à communiquer avec King Fish II et V vers 22 heures le 23 février, ne s?en préoccupe pas davantage lors de l?alerte cyclonique. «On croyait que le bateau était amarré quelque part.» Elle informe malgré tout la radio du port qui, elle aussi, n?arrive pas à communiquer avec les autres bateaux de pêche. Personne ne pense à vérifier auprès du Vessel Monitor System (VMS) du ministère de la Pêche dès le 23 février pour savoir si des signaux de transpondeur indiquaient la position d?un ou des deux bateaux.

Or, le VMS avait obtenu la position du King Fish V le 24 à 1 heure 44 du matin. Il était près de l?île du Sud alors que le vent soufflait à 125 km/h dans cette région. Personne ne s?inquiète de la brusque interruption dans le signal du transpondeur. Ce n?est que le 27 février que la compagnie Hassen Taher va consigner une déposition vers midi au poste de police du port pour demander l?aide des autorités afin de retrouver les deux bateaux, King Fish II et V.

Aucun bateau de pêche n?est pourvu de balise utilisée sur les yachts. Une balise permet la localisation via satellite, même en cas de naufrage. Aucun système de communication parallèle n?existe pour permettre aux compagnies de garder un contact régulier avec leurs bateaux de pêche, qui ne sont souvent que des coques de pistache barrées par des Sri Lankais qui ne sont que de simples skippers.

Qu?est qu?un transpondeur

Le radar en tant que tel n?est plus utilisé par les civils à cause des faux échos. Par ailleurs, les radars n?arrivent pas à identifier les bateaux en fibre de verre, comme les King Fisher II et V. En effet, les échos radar sont absorbés et non réfléchis par la fibre de verre. C?est un radar secondaire qui est utilisé. Il n?affiche que la position des avions ou bateaux possédant un transpondeur à bord. Le transpondeur, qui a la forme d?un cône d?environ 50 centimètres, est placé à l?intérieur du bateau ou de l?avion. Le transpondeur envoie un signal aux satellites qui le transmettent à une station au sol. Dans le cas de Maurice, c?est la compagnie Blue Finger de la Grande-Bretagne qui réceptionne les données des transpondeurs pour les transmettre via ADSL au département qui suit les trajectoires de tous les bateaux de pêche mauriciens, au centre d?Albion.

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