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?Les prix de beaucoup de produits baissent en termes réels?
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?Les prix de beaucoup de produits baissent en termes réels?
● Pourquoi les prix prennent-ils l?ascenseur ces temps-ci ?
Il faut bien cerner la théorie des prix pour bien comprendre la situation. Il faut tenir en compte plusieurs éléments dont le prix de vente, le coût de vente, la marge et les bénéfices nets. S?il s?agit d?un produit importé, il faut inclure les droits de douane et le fret dans les coûts.
Le prix de vente est fonction du coût de vente et de la marge. Les bénéfices bruts inclus les frais généraux. Dans le cas d?un importateur, il faut que celui-ci tienne compte des marges (gross margins) qu?il doit laisser aux distributeurs et aux revendeurs au détail. L?opérateur réalise des bénéfices nets seulement après avoir déduit les frais généraux dans ses gross margins.
Nous avons récemment eu l?exemple du lait avec l?imposition par le gouvernement d?une marge maximale (maximum mark-up) de 14 %. Le gouvernement a oublié qu?il y a l?empaquetage qui représente 10 % des frais de l?importateur. Il ne reste que 4 % à l?importateur qui doit prévoir des marges aux distributeurs et aux détaillants. L?importateur et les autres participants à la chaîne se retrouvent ainsi avec des pertes sèches.
Les politiciens pensent qu?ils peuvent contrôler les prix. En réalité, ils ne peuvent pas contrôler les coûts.
Le seul élément qu?ils peuvent contrôler, ce sont les marges.
Il faut en général des marges entre 7 à 15 % ? dépendant des produits ? pour que tous les opérateurs de la chaîne de distribution puissent se retrouver. Dans le cas du lait, les détaillants réalisaient 1 à 2 % de bénéfices brutes seulement. Cela n?est définitivement pas intéressant pour le business.
● On a l?impression que les prix ne font qu?augmenter et ne baissent jamais ?
Il faut bien faire la part des choses. Dans le cas des produits pétroliers, il y a un mécanisme, l?Automatic Pricing Mechanism (APM), qui ajuste les prix chaque trimestre. La hausse des cours pétroliers sur le marché mondial est ainsi répercutée sur le marché local.
Les prix du riz et de la farine ont augmenté parce que les subsides ont été enlevés, tandis que le pain coûte plus cher parce que le prix de la farine a été ajusté à la hausse.
Mais il faut voir plus près dans les faits. C?est vrai qu?en termes de roupies, les prix augmentent toujours. Il faut, cependant, prendre en considération les prix en termes réels. Il y a 30 ans de cela les pommes se vendaient à Rs 5 le lot de trois. Aujourd?hui, trois pommes coûtent Rs 10. Même si le prix a doublé, grâce à l?augmentation du pouvoir d?achat, le coût réel de ce lot de pommes a diminué. C?est la même chose pour les billets d?avion ou pour les vêtements. Il y a beaucoup de produits qui paraissent plus chers en termes de roupies, mais qui en termes réels, reviennent au fait moins cher. Les prix de nombreux produits baissent en termes réels.
Je comprends que lundi dernier beaucoup de ménages ont passé une mauvaise journée avec l?entrée en vigueur des nouveaux prix sur le ciment, le pain, le riz, la farine, le gaz et les produits pétroliers. Je réalise aussi que cela a dû être particulièrement plus dur pour les familles au bas de l?échelle. Mais il faut se dire aussi que le niveau de vie des Mauriciens s?est beaucoup amélioré ces trente dernières années. La pauvreté a beaucoup reculé dans le pays. Les gens disposent aujourd?hui de plus de moyens financiers qu?ils n?en avaient, il y a 30 ans de cela.
?La roupie n?est pas une monnaie très forte. Elle a constamment perdu de sa valeur au fil des années.?
● Qu?est-ce qui explique la baisse des prix en termes réels ?
Outre l?augmentation du pouvoir d?achat, le facteur clé demeure la compétition.
Si l?on prend en considération une période de six mois seulement, l?on retiendra certainement qu?il y a eu beaucoup d?augmentations de prix. Mais si on prend une période de dix ans, l?on constatera qu?il y a beaucoup plus de gagnants que de perdants parmi les consommateurs
Il faut encourager la compétition. Un Competition Bill est en préparation depuis plusieurs années déjà. Cette loi sera d?une grande importance pour favoriser une concurrence saine sur le marché.
Il est tout à fait normal que le gouvernement ait un droit de regard dans un secteur comme celui du ciment où il y a que deux opérateurs. Il faut une institution pour veiller à ce que les forces du marché agissent même dans des secteurs où il n?y a pas suffisamment de concurrence.
Toutefois, il ne faut pas que la fixation des prix soit une décision politique. Pour l?instant, c?est le ministre du Commerce qui intervient et prend les décisions sur les prix. Il faudrait à la place, un commissaire pour la compétition. Celui-ci aura la responsabilité de s?assurer que les prix pratiqués sur les marchés où il n?y a pas beaucoup de compétition soient raisonnables. Il faut que les politiciens comprennent qu?il s?agit-là des enjeux économiques et non pas politiques.
● Les consommateurs bénéficient?ils des bienfaits de la concurrence dans un marché étroit comme le nôtre ?
Les consommateurs profitent bien de la libéralisation du commerce. Les prix de vêtements, à titre d?exemple, sont très compétitifs. Les Mauriciens s?habillent bien à un prix relativement compétitif.
Les prix des produits électroménagers aussi ont beaucoup baissé au fil des années tant en termes de roupies qu?en termes réels. Il y a quelques années, un téléviseur de 21 pouces se vendait dans les Rs 14 000. Aujourd?hui, les consommateurs peuvent en acquérir pour environ Rs 4 500 seulement.
Même dans le cas des denrées qui sont frappées par les hausses récentes, les prix réels ont, en fait, chuté. Dans le cas de la farine, la production du blé se fait de manière beaucoup plus efficiente aujourd?hui. Les gains sur les coûts de production sont constamment passés aux consommateurs.
Si on regarde l?évolution des prix dans la globalité ? et non pas sur un horizon étroit ? l?on s?apercevra que le Mauricien sort gagnant dans le processus de la libéralisation.
● Il y a cette impression qu?il n?y a pas assez de compétition à Maurice?
Ce n?est pas le constat que nous faisons lorsque nous sommes sur le terrain. Bien au contraire, nous voyons qu?il y a beaucoup de concurrence. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cet état des choses. Parmi, il y a le fait que les grandes surfaces mettent beaucoup de pression sur les marges des distributeurs.
La compétition existe dans la plupart des secteurs. Il y a certes des domaines où il n?y en a pas assez. Avec une loi sur la concurrence, le commissaire aura la tâche et les pouvoirs de garder un ?il vigilant sur des secteurs qui sont encore peu compétitifs.
● Les consommateurs se plaignent que les baisses sur les droits de douane ne se traduisent pas toujours en baisses de prix?
La roupie n?est pas une monnaie très forte. Elle a constamment perdu de sa valeur au fil des années. Nous importons la plupart des produits que nous consommons ainsi que les matières premières pour les produits que nous fabriquons.
Cela met de la pression sur la roupie. Même s?il y a des réductions dans les tarifs, la dépréciation de la roupie fait grimper les prix à l?importation.
D?autre part, les importateurs peuvent avoir certaines contraintes et ne sont pas toujours en mesure d?appliquer les baisses de prix immédiatement. Mais la concurrence devrait aider à traduire les baisses des tarifs sur le prix de vente.
● Quels sont les principaux facteurs sur le marché international qui font grimper les prix ?
Les prix du pétrole est un facteur déterminant pour beaucoup de produits. Le coût des produits pétroliers a un impact conséquent sur la production du ciment, par exemple. Il y a beaucoup de produits sur lesquels le prix de l?énergie joue un rôle décisif.
Il y a, par ailleurs, beaucoup de pression sur les prix des matières premières. L?Inde et la Chine en sont parmi les plus gros demandeurs. L?éveil industriel de la Chine a certes beaucoup contribué à faire baisser les prix des produits électroniques. Cependant, Maurice consomme beaucoup de matières premières.
Les coûts de ces intrants prennent l?ascenseur sur le marché international. Nous faisons les frais de cette dynamique. Avec le temps, les choses vont peut-être évoluer positivement. Les prix élevés devraient attirer plus de fournisseurs sur le marché. Cela devrait aider à faire baisser les prix. Mais pour l?instant, il faut faire avec les coûts de matières premières élevés.
● Rogers vient de publier ses premiers résultats depuis sa reconfiguration. Quel est votre appréciation de sa performance ?
Nous sommes très heureux des résultats. Le groupe a réalisé une hausse de profits de 18 % avant impôts. La nouvelle structure donne des résultats. Nous avons réalisé de bonnes performances dans le secteur hôtelier et dans les services financiers notamment.
Cim Credit Management a très bien fait surtout avec les cartes de crédit et les services d?affacturage. Notre pôle offshore, IMM, a aussi réalisé une très bonne performance. Cerena fait de bons résultats malgré la forte concurrence dans la distribution. Nous avons plusieurs projets dans le tourisme et dans le secteur de la logistique. Les services financiers profiteront de l?impulsion qu?accorde le gouvernement à ce secteur pour en faire un centre financier international.
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