Publicité
Les pauvres font bloc pour défendre leur sucre
Par
Partager cet article
Les pauvres font bloc pour défendre leur sucre
Les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) changent de stratégie. Jusqu?ici, ce groupe s?est surtout indigné des propositions européennes de réforme, à savoir de baisser le prix accordé aux ACP de pratiquement 40 % en trois ans à partir de l?année prochaine. Mais devant l?apparente inflexibilité de la Commission européenne, les ACP semblent enfin faire preuve d?esprit pratique. Avec leurs partenaires, les raffineurs, les betteraviers européens et les consultants Landell Mill, ils se sont réunis cette semaine au Kenya pour planifier l?avenir. Étaient également représentés, les pays les moins avancés (PMA).
Cette neuvième conférence ministérielle spéciale sur le sucre du bloc ACP est consacrée au développement durable de l?industrie sucrière des pays les moins nantis de la planète. Elle se termine aujourd?hui avec l?adoption d?une stratégie de survie fondée sur cinq axes.
La grand-messe kenyane marque ainsi une évolution dans la position ACP. Car un plan pour le développement durable pour l?industrie sucrière ACP est d?autant plus important que l?UE se propose aussi d?aider ses partenaires du Sud à s?adapter. Même l?ensemble des producteurs ACP estime que les 40 millions d?euros prévus cette année sont largement insuffisants. Maurice, il faut le dire, a devancé de loin ses amis ACP dans la préparation de l?avenir.
Le sucre figure parmi les produits sujets aux négociations portant sur les Accords de partenariat régionaux avec l?UE. Le prochain round de négociations à l?Organisation mondiale du commerce sera consacré à l?agriculture. L?OMC qui a déjà condamné l?UE pour avoir pratiqué du dumping.
Un message de fermeté et d?exaspération
La teneur du discours des lobbyistes auprès des Européens a aussi évolué. Les ACP ne se contentent pas de faire appel à la bonté de c?ur de leur partenaire. Ils font des contre-analyses, démasquent la Commission européenne qui prend l?OMC comme prétexte pour annoncer des réformes plus drastiques qu?il n?en faut à leur avis. Ils font des propositions concrètes, des réclamations précises. Ils vont même jusqu?à inviter les Européens à se montrer cohérents avec leurs discours publics en faveur de l?allégement de la pauvreté.
Ce message de fermeté et d?exaspération est évident dans le dernier discours du ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, devant un panel spécial du Parlement européen constitué pour examiner les propositions de la commissaire Marianne Fischer Boel. Également porte-parole du groupe ACP sur le sucre, il a souligné la nature contractuelle du protocole sucre qui, selon lui, devra être respecté en dépit de tout programme de réforme.
Arvin Boolell a affirmé que les ACP comprennent parfaitement la nécessité pour l?UE de réformer son régime sucrier. Il a cependant invité les Européens à ne rien faire qui puisse compromettre le développement durable des pays ACP. Il a renvoyé l?Angleterre, qui préside l?UE et aussi le G8, aux engagements pris par les pays riches d?éradiquer la pauvreté.
Les propositions des ACP, telles que les a présentées Arvin Boolell, sont claires : une baisse de prix « raisonnable », soit juste ce qu?il faut pour satisfaire l?OMC. Le Parlement européen a déjà pris une résolution en ce sens. Cette baisse devrait être applicable à partir de 2008, plutôt que l?année prochaine, et devra être étalée sur huit ans plutôt que trois. Les ACP invitent également l?UE à déclarer le sucre comme produit sensible à la reprise des négociations de l?OMC sur l?agriculture, à Hong-Kong dans trois mois.
Les ACP vont plus loin pour suggérer le maintien d?un système de quota pour préserver la discipline du marché. Ils se sont déjà assurés du soutien des PMA sur ce point. C?est en faveur de ces derniers que l?UE se proposait de rendre son marché sucrier libre d?accès aux pays en développement. Cela dit, Arvin Boolell tient tout de même à ce que les ACP soient de nouveau libres d?exporter du sucre raffiné ou spécial en Europe, tel que le prévoit le protocole sucre. Cette liberté a été bridée avec le temps, l?UE achetant exclusivement du sucre brut. Cette demande, si elle est acceptée, flattera les ambitions de Maurice de produire du sucre raffiné et à valeur ajoutée.
Le dernier point, et non des moindres, défendu par les ACP concerne l?aide européenne à la survie. Leur porte-parole, Arvin Boolell, a invité l?UE à faire mieux que les 40 millions d?euros mis de côté pour 2006.
Il a repris la proposition d?un député européen pour donner une indication de ce à quoi aspirent les ACP : 100 millions d?euros pour 2006 et 500 millions par an subséquemment. Voilà qui sucrerait définitivement la pilule de la réforme. Les ACP ont fixé le prix de leur collaboration. Ils seront fixés sur la réponse des politiques européens dans deux mois tout au plus.
Publicité
Publicité
Les plus récents