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Les ministres et la réforme
LES CONVAINCUS
Arvin Boolell, Agro-industrie.
« Je soutiens la réforme à 200 %. Le Parti travailliste et l?Alliance sociale ont eu le courage de leurs convictions. Allons au bout, l?île Maurice en sortira gagnante », explique le ministre. Ce dernier passe d?ailleurs pour être l?un des plus ardents défenseurs de la réforme au cabinet. Ce statut peut toutefois être difficile à porter quand Boolell rencontre des planteurs qui se disent être injustement imposés. Même si Boolell défend la réforme, ceux qui le côtoient lui reprochent de ne pas s?impliquer davantage dans les différentes campagnes de lobby et de négociations que Maurice mène auprès de bailleurs de fonds et de son partenaire économique majeur, l?Union européenne.
Xavier-Luc Duval, Tourisme
Le ministre du Tourisme est un libéral. Il ne peut que soutenir une politique qui vise à créer de la richesse en rendant le pays attractif aux investisseurs. Toutefois, son attitude prête à confusion. Colistier de Rama Sithanen dans la circonscription de Belle-Rose- Quatre-Bornes, Xavier-Luc Duval ne s?est que très rarement attelé à défendre la réforme sur le terrain. Ceux qui disent bien le connaître expliquent cette attitude par le fait qu?il se sente mal à l?aise d?aller défendre ce mouvement dans une partie de la population de sa circonscription.
Vasant Bunwaree, Travail
« Cette réforme n?est pas nécessaire, elle est indispensable », explique le ministre. Le raisonnement de Bunwaree est simple. Pour lui, les prochaines élections se gagneront sur le terrain de l?emploi. C?est donc logiquement qu?il soutient avec force la réforme des lois du travail comme prônée durant le budget 2006-2007. Mais aussi toutes les mesures, y compris fiscales, qui inciteront des investisseurs étrangers à s?implanter à Maurice.
Une légère tension était perceptible entre l?ancien et l?actuel ministre des Finances avant la présentation du premier budget de Rama Sithanen. Mais désormais, Bunwaree semble résolument soutenir la réforme. C?est d?ailleurs lui qui assure la suppléance aux Finances quand Rama Sithanen est en déplacement.
Sheila Bappoo, Sécurité sociale
Sheila Bappoo fait partie de ceux qui croient fermement au volet social de la réforme. Elle s?est d?ailleurs attelée à expliquer le bien- fondé du nouveau système d?allocation d?aide ? l?Income Support ? dans les semaines qui ont suivi le budget 2006-2007. Tandis que d?autres au cabinet s?offusquaient déjà du mauvais traitement qu?on accordait aux nécessiteux du pays. Depuis, Sheila Bappoo a été constante. « Quand l?économie va dans la bonne direction, c?est le social qui en bénéficie », explique-t-elle.
LES SCEPTIQUES
Rashid Beebeejaun, Infrastructures publiques
Le vice-Premier ministre soutient officiellement la réforme. Mais il demeure toutefois très sensible aux échos provenant de sa circonscription
Port-Louis-Sud et Port-Louis-Centre. C?est donc sans surprise qu?il s?est fait le relais des craintes de certains de ses mandants, notamment au sujet de la National Residential Property Tax (NRPT). C?est d?ailleurs lors d?un Conseil des ministres qu?il présidait que l?instauration d?un comité interministériel pour revoir l?application de la NRPT a été débattue.
Bien qu?il ne soit pas contre la réforme, Beebeejaun serait néanmoins favorable à un assouplissement de certaines mesures.
Indranee Seebun, Droits de la femme
Elle aurait voulu qu?on en fasse un peu plus pour les plus démunis. Recevoir une dotation budgétaire importante afin de mieux faire fonctionner les différents programmes pilotés par son ministère. Pour Seebun, la réforme économique n?aurait pas un visage « suffisamment humain ».
Madun Dulloo, Affaires étrangères
« Comme il participe à beaucoup de forums internationaux, Madun Dulloo est sans doute le Mauricien qui reçoit le plus de félicitations sur la réforme », commente un collaborateur du ministre. La réforme, Dulloo l?aura défendue justement lors de ces grands forums internationaux. Mais à Maurice, il ne semble plus avoir le même enthousiasme. Ce sont les échos en provenance du terrain qui ont mis Dulloo mal à l?aise. Imposition des planteurs, NRPT, réforme de l?impôt, sont autant de mesures qui ont suscité au mieux de l?incompréhension et au pire, une désapprobation totale chez les mandants de Dulloo. Ce qui amène ce dernier à être plus réservé sur la nécessité de continuer la réforme.
Dharam Gokhool, Éducation
« Les indicateurs démontrent que notre économie se redresse. Cela veut dire que nous sommes sur la bonne voie. Il faut persévérer et susciter un élan national autour de la nécessité de soutenir ce plan de redressement », déclare Dharam Gokhool. Ce dernier s?est toutefois très vite rendu compte que l?exécution de la réforme peut être douloureuse. En début d?année, le mécontentement généralisé et les manifestations sur la question des frais d?examens pour le SC et le HSC l?ont échaudé. Depuis, son entourage explique qu?il serait plutôt partisan d?un assouplissement des mesures les plus impopulaires du budget, notamment la NRPT.
Rajesh Jeetah, Commerce et Industrie
Pour Rajesh Jeetah, le gouvernement doit tout faire pour protéger les groupes vulnérables et permettre à la population de préserver son pouvoir d?achat. « Il est convaincu qu?il faut recourir au contrôle des prix ou demander à la State Trading Corporation d?importer certains produits pour empêcher la hausse des prix », explique un proche de ce ministre. Or, alors même que la réforme est basée sur la démocratisation de l?économie, un plus grand interventionnisme de l?État serait contradictoire à l?orientation décidée depuis juin 2006. Toutefois, à part la question de l?intervention de l?État, Jeetah passe pour être plutôt en faveur de la réforme.
Satish Faugoo, Santé
Elu dans une circonscription rurale, Pamplemousses-Triolet, Satish Faugoo n?échappe que difficilement aux récriminations de ses mandants. Ces derniers affirment que la NRPT, le nouveau système d?imposition pour les planteurs, sont des mesures injustes à leur égard.
C?est cette pression de ses mandants qui amène Faugoo, comme d?autres ministres, à soutenir la réforme tout en souhaitant ardemment que certaines mesures fiscales soient assouplies.
Abu Kasenally, Services publics
Ce ministre n?est pas contre la réforme. Mais il a de sérieuses réserves sur les champs qu?elle devrait couvrir. Ainsi, Abu Kasenally passe pour ne pas être très enthousiaste à l?idée de libéraliser totalement les services publics. Car pour lui, le monopole de l?État sur les services essentiels demeure encore le meilleur moyen de protéger la population en lui fournissant des services à des prix forfaitaires.
Asraf Dulull, Logement et Terres
« Je suis très solidaire et partie prenante de la réforme », affirme Asraf Dulull. Toutefois, un de ses collègues tempère : « Il peut se montrer difficile parfois. » Ceux qui côtoient Dulull expliquent, d?autre part, qu?il peut avoir des idées bien arrêtées. Notamment sur les personnes qui devraient bénéficier en premier de la réforme. Ainsi, Dulull a pu se montrer sceptique sur un projet uniquement parce que le promoteur est déjà bien implanté. En arguant qu?il faudrait aussi ouvrir la porte à de nouveaux investisseurs locaux ou étrangers.
LES ACHARNES
Étienne Sinatambou, Technologie informatique
« Il faut se demander pourquoi il ne s?entend avec personne », lâche un des collègues d?Étienne Sinatambou. Au sein du cabinet, ce ministre passe pour être hostile à la réforme. Il ne s?est même pas privé de dire tout haut à des représentants de bailleurs de fonds étrangers qu?il ne comprenait pas la politique prônée par Sithanen. Et que de toute manière, la communication ne passe pas entre eux. « C?est un cas de conflit de personnalité. Sinatambou ne porte pas Sithanen dans son c?ur.
Je pense que l?inverse est aussi vrai », commente un ministre
Anil Bachoo, Environnement
Ce ministre n?avait pas manqué, lors de la présentation du budget 2006-2007 de faire savoir qu?il ne le trouvait pas suffisamment social. Bachoo, valeur du jour, dit soutenir la partie de la réforme qui va dans le sens de la démocratisation de l?économie.
Très sensible aux échos en provenance du terrain, notamment de sa circonscription de Flacq-Bon-Accueil, Bachoo semble être convaincu que la réforme n?a pas encore eu d?effet sur le quotidien des Mauriciens. Et pencherait donc pour quelques mesures sociales qui puissent rectifier l?image du gouvernement.
James Burty David, Administrations régionales
Officiellement, James Burty David soutient la réforme.
Et contrairement à certains de ses collègues, le mécontentement lié à la NRPT ou aux impôts ne le concerne que peu. Car sa circonscription ne compte qu?une petite partie de personnes imposables. David, issuede la vieille école socialisante du Parti travailliste, ne figure pas parmi ceux qui prônent le libéralisme. Par exemple, pour ce ministre, une grosse entreprise du privé ne peut avoir pour seule finalité que le profit.
Rama Valayden, Justice
« Si je ne croyais pas à la réforme, je ne serais pas resté au Parlement », précise d?emblée Rama Valayden.
Ce ministre qui tient beaucoup à la notion de justice sociale voudrait bien donner le plus possible au plus grand nombre. C?est pourquoi il réclame une aide accrue aux plus vulnérables de la société. Afin de leur permettre de vivre convenablement. En parallèle, il souhaite également qu?on revienne sur certaines mesures, notamment par rapport à la subvention aux frais d?examens du SC et du HSC par l?Etat. Les intentions sont bonnes, mais les caisses du Trésor pas très garnies. Ce qui aurait occasionné des tensions. « Les gens ont toujours pensé que ce serait moi qui aurait causé la pagaille dans le Conseil des ministres. Mais je susi le seul à être resté stoïque pendant les situations de crise. »
Sylvio Tang, Jeunesse et Sports
« Soutenons la réforme. Si le besoin se fait sentir, on pourra toujours apporter des retouches plus tard », explique le ministre. Plus méchamment toutefois, un de ses collègues explique que l?apparente indécision qu?il constate de Tang provient sans doute du fait qu?il ne comprend pas tous les tenants et aboutissants d?une réforme aussi profonde.
Mahen Gowressoo, Arts et Culture
Il ne sait pas quoi penser. Selon certains de ses collègues, Mahen Gowressoo ne s?est toujours pas fait une opinion sur la réforme.
Pour eux, le ministre des Arts de la Culture s?acharne, avant tout, à recueillir le maximum de dotations pour son ministère.
Quant à la réforme, c?est plus en se basant sur l?avis favorable ou défavorable d?interlocuteurs qu?il rencontre, qu?il penchera une fois dans le camp des « pro », pour ensuite basculer du côté des « anti ».
<B>La rédaction </B>
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