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Les jeunes rejettent les clichés
Il y a le didactisme des experts. Les précisions des historiens. Les incantations de ceux qui se disent militants des temps modernes. Les cris imprécatoires de ceux qui cherchent à régler des comptes? Ensuite, il y a la parole des jeunes. Elle est moins analytique. Plus spontanée. Cela ne veut pas pour autant dire moins empreinte de sens.
Ils ont entendu parler de l?esclavage. Donc, c?est en des termes connus qu?ils l?évoquent. ?C?est une époque où les Noirs étaient humiliés. Ils n?avaient pas d?identité ni de culture?, lance d?emblée Audrée Parsooramen, 19 ans et en Upper VI au collège London, à Port-Louis. ?Le 1er Février, c?est une journée commémorative en mémoire des esclaves qui ont perdu leur vie dans des conditions inhumaines?, enchaîne Toolsy Amrish, 18 ans en Upper VI au collège Universal à Rivière-du-Rempart. ?C?est l?occasion de rendre hommage à ces personnes qui se sont sacrifiées et qui, par leur sacrifice, ont contribué à changer les conditions de vie de notre pays?, conclut Laura Marion, 18 ans et en Upper VI au Collège Lorette de Mahébourg.
Le constat est le même chez tous ces jeunes. Le martyre des esclaves suscite un chagrin profond. ?Le refus de l?abomination des maîtres, c?est un cri en faveur du droit de vivre?, explique Dhanesh Lallchand, 19 ans, du collège Universal. Au-delà du lyrisme, il y a les faits. Toolsy Amrish reconnaît ainsi que les jeunes ne sont pas tant intéressés par l?aspect commémoratif de la célébration. Il ne faut pas non plus limiter le 1er Février à un jour férié, estime Audrée Parsooramen, ?un jour pour s?amuser ou danser?.
Un enfer pour un avenir
Didier Nanon, 18 ans, en Upper VI au collège London, insiste sur le fait que l?hommage ne doit pas être passif. ?Il ne faut pas oublier que des personnes ont vécu un enfer pour que d?autres avenirs deviennent possibles?, rappelle-t-il. ?Pourquoi ne pas exposer les jeunes aux faits historiques. Le 1er Février n?est pas juste un jour férié. Un hommage n?équivaut pas à seulement célébrer?, insiste Daphnée Toi, 18, ans du Collège Lorette de Mahébourg.
L?esclavage, c?est une partie de nous, martèle de son côté Audrée Parsooramen. Elle ne manque pas l?occasion de dénoncer l?hypocrisie qui entoure les célébrations du 1er Février. A la place, elle aurait voulu qu?on en parle, qu?on en discute pour qu?on prenne ?conscience d?une réalité qui, tout en n?étant plus la nôtre, a fait de nous ce que nous sommes?. ?Peu de Mauriciens ont une vraie conscience de ce qu?est le devoir de mémoire?, regrette Maureen Tailly, 18 ans, du Lorette de Mahébourg. ?Des adultes en profitent pour faire un show-up sans dire vraiment ce qu?est l?Abolition de l?esclavage?, assure Laura Marion, 18 ans, du même collège.
On n?en parle pas vraiment, disent les jeunes. Pourquoi ? Serait-ce parce que cela permettrait d?ouvrir les yeux sur les formes contemporaines d?esclavage ? ?Une conscientisation continue autour de l?esclavage impliquerait qu?on en ferait un enjeu constant. Est-ce que nos décideurs ont intérêt à ramener le débat sur ce terrain ?? s?interroge Maureen Tailly.
A sa camarade de classe, Valérie Caëtane, d?apporter des éléments de réponse. Elle rappelle que l?exploitation des enfants est presque banalisée aujourd?hui. Que des femmes subissent toujours les stigmates d?une société machiste. Que des écoliers du primaire sont soumis à un régime de vie inhumain. ?Ce n?est pas juste que les enfants doivent apprendre autant. Aussi bien qu?il est injuste de faire travailler des ouvriers chinois et indiens dans des conditions exécrables à Maurice !? tonne-t-elle.
Formes nouvelles de soumission
Ce n?est pas pour autant que nos jeunes interlocuteurs ont peur du monde adulte. Réaliste, Didier Nanon trouve qu?il y a des opportunités à prendre si on se montre responsable : ?Il ne faut pas avoir peur d?entrer dans un nouveau monde même s?il y a des attentes à remplir. Il faut plutôt puiser sa force dans les responsabilités à remplir.?
Laura Marion se révèle à travers des propos encore plus hardis. ?Pourquoi avoir peur du monde des adultes ? On vit déjà dans un monde d?adultes. On est déjà préparé à cela. Pis, à peine sorti de l?enfance, on est confronté à de nombreuses épreuves.?
Plus philosophe, Amrish Toolsy rappelle que l?esclavage a toujours existé mais qu?il change de formes selon les époques. ?Ironiquement, chaque individu est son propre esclave. Nous portons tous un poids. Il y a un schéma de vie auquel nous nous soumettons. On peut appeler cela de l?esclavage ou de la discipline et de l?autorité mais la frontière n?est pas nette.?
Ces jeunes ne refusent pas le monde du travail. Mais ils se refusent d?être dupes d?une ambition et d?une promesse qui pourraient n?aboutir qu?à asservir leurs individualités. S?ils ont exprimé l?esclavage dans des mots qu?ils ont appris, par contre, ils disent leur appréhension de l?avenir et du monde de l?adulte en leurs propres termes. La parole, c?est un autre moyen d?émancipation.
Aujourd?hui, en pensant à l?esclavage, ces jeunes se disent attristés. D?autres éprouvent de la pitié. Enfin, l?un d?entre eux ne cache pas qu?il y a aussi de la haine?
TÉMOIGNAGES
DIT SIMPLEMENT
■ Dhanesh LALLCHAND: ?C?est aussi un fait que c?est grâce à l?Abolition de l?esclavage que les immigrés indiens ont pu venir à Maurice. C?est ce qui a culminé en la création d?une société multiculturelle.?
■ Toolsy AMRISH : ?Certains commémorent juste pour faire de la publicité.?
■ Didier NANON : ?La lutte contre le racisme débute avec la fin de l?esclavage.?
■ Audrée PARSOORAMEN : ?Si on se montre faible avant d?entrer dans le monde adulte, alors on se fera exploiter.?
■ Maureen TAILLY : ?Quand on voit ses parents travailler, on se dit que l?esclavage demeure un problème réel.?
■ Laura MARION: ?Nos parents travaillent pour nous. Nous travaillons ensuite pour eux tout en pensant aux enfants qu?on va faire travailler pour nous. Le schéma est impitoyable.?
Le ministère des Terres et du Logement a enlevé, hier, des clôtures sur environ 300 mètres, au Morne. Elles se trouvaient sur les terres de l?État, des Pas géométriques au sud de la péninsule et avaient été installées ?par erreur? par la Société Morne-Brabant (SMB). L?enlèvement de ces clôtures devrait ouvrir un accès public à la montagne. Un acte ?hautement symbolique? à la veille du 1er Février. Il a été accompli en présence des ministres James Burty David et Rama Valayden et de plusieurs représentants d?associations socioculturelles.
Le dossier pour la demande d?inscription du Morne au Patrimoine mondial de l?Unesco a été envoyé au ?World Heritage Centre?, à Paris. Il contient le ?management plan?. Celui-ci ne prévoit pas de développement dans la ?core zone? afin de préserver la spécificité du site.
?Le Morne, estime le ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gowressoo, a 101 % de chances d?être accrédité, en juin 2008, lors des délibérations finales de l?Unesco, au Canada.? Le Morne deviendrait ainsi le deuxième site mauricien, après l?Aapravasi Ghat, à Port-Louis, à figurer sur la liste de l?Unesco.
Le site du Morne fait l?objet d?un projet Integrated Resort Scheme, proposé par Mauritian Properties Partnership. Les promoteurs sont prêts à démarrer leur projet dès le mois d?avril. Il se situe sur des terres privées en dehors de la core zone mais il fait l?objet d?une forte opposition de la part des associations socioculturelles. ?Nous n?avons aucun problème avec le fait que l?Etat ait enlevé ces clôtures?, affirme Bertrand Giraud, directeur de SMB. ?Qu?il continue à assurer le gardiennage de ces terres.?
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