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Les Infiltrés
Film adapté d’Infernal Affairs, thriller hongkongais signé Andrew Lau que la télévision diffusait l’an dernier. Il est toujours possible de rater un film, même avec les meilleurs moyens (techniques et artistiques) du monde, mais force est de reconnaître qu’en entreprenant de tourner Les Infiltrés, Martin Scorcese avait les meilleures cartes en main, en plus du fait qu’il est lui-même un grand auteur de cinéma. Gardant l’essentiel de la trame originale, le cinéaste donne une dimension plus importante à l’aspect humain du récit. Ce qui permet au film de respirer – alors que l’original était intense de bout en bout dans son action – et qui donne au réalisateur bien des occasions de marquer toute cette histoire de son empreinte. L’idée par exemple de transposer le récit de Hongkong non pas à New York, mais à Boston, n’est peut-être pas tout à fait innocente. L’action se déroule dans un milieu qui, chez les policiers comme chez les gangsters, est essentiellement d’extraction irlandaise. “(…)Des gens imperméables à toute psychanalyse”, dit le personnage de Matt Damon, la taupe infiltrée chez les policiers. Et, il le dit à une psychanalyste de la police.
Celle-ci comprend ce qu’il dit car chacun des deux camps en présence est le reflet de l’autre. Dans l’un comme dans l’autre, il est beaucoup question de loyauté et d’identité non seulement au sens ethnique du mot mais aussi dans le sens de ce que l’on est tout au fond de soi. Gardien ou prédateur ? La question est d’importance pour Leonardo Di Caprio, policier infiltré dans l’entourage de Jack Nicholson, parrain de la pègre irlandaise. Pour le jeune policier, les frontières finissent par devenir assez floues. Ce sont de tels moments que privilégie Scorcese pour introduire certains thèmes obsessionnels, comme la dualité et la paranoïa. On peut se demander si c’est par hasard que Matt Damon et Leonardo Di Caprio ont dans ce film plus ou moins le même physique et qu’ils sont habillés de la même façon lorsqu’ils manquent d’être confrontés une première fois.
La version originale avait une séquence chargée de tension dans laquelle les deux taupes se parlaient sans se voir, en pleine fusillade. Celle de Scorcese nous propose une conversation téléphonique dans laquelle l’angoisse de Di Caprio est presque palpable. Pour une fois, dans un film de Scorcese, l’acteur tient un rôle qui lui sied réellement. Son personnage est le plus intéressant et donc le plus difficile du film et même s’il n’a jamais été mauvais chez Scorcese, il a cette fois un physique (traits et voix) qui joue pour son personnage. Jack Nicholson et Matt Damon ont des personnages plus tranchés-définis, mais ils livrent aussi de beaux numéros d’acteurs : Nicholson, viscéral et sans cabotinage ; Matt Damon solide et efficace comme à son habitude. Les seconds rôles sont eux aussi, remarquables.
Reste que l’original avait, malgré ses défauts, comme une saveur authentique en plus du mérite justement, d’être original. Qualités qu’on ne retrouve pas dans le film de Scorcese, bien que la grosse machine hollywoodienne ait mis à sa disposition une équipe technique et une distribution de tout premier ordre (Jack Nicholson, Leonardo Di Caprio, Matt Damon, Mark Wahlberg, Martin Sheen, Alec Baldwin). Les Infiltrés apparaît surtout comme une bête à Oscars, sans compter qu’il manque au film ce souffle lyrique qui est la marque de Scorcese. À ce propos, n’est-il pas ironique qu’après nous avoir livrés une multitude d’excellents films originaux durant plusieurs décennies, Martin Scorcese doive le premier Oscar de sa longue et prestigieuse carrière à un remake ?
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