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Les francs-maçons, oiseaux et poissons de 1882
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Les francs-maçons, oiseaux et poissons de 1882
Selon le rapport Kyshe, l’île Maurice compte, au début de 1881, quelque 359 874 habitants, soit plus ou moins le même nombre, qu’en 1948, à la veille de l’éradication de la malaria, grâce au DDT hyper-toxique. Port Louis compte 65 625 résidents. Flacq et Grand Port sont encore des districts plus populeux que les Plaines Wilhems en voie de peuplement, il est vrai, grâce aux fièvres paludéennes et au chemin de fer qui rend Curepipe plus accessible de Port Louis que Petite Rivière, Triolet ou Montagne Longue. Il y a environ 67 000 sans-emploi, soit près de 19% de la population (enfants, adolescents, femmes et vieillards compris), soit un Mauricien sur cinq.
La presse de 1882 parle fréquemment de la Loge de la Triple Espérance, doyenne et pionnière en la matière. Elle parle avec gratitude de son fondateur, le lieutenant de vaisseau Périer de Salvert, des vénérables qui se succèdent à sa tête, le négociant Couve de Merville ou de Murville, le procureur impérial Pépin, le procureur général Virieux, le négociant Sériès, le procureur général Mallac, le juge Rémono, le premier maire du Port Louis, Léchelle, de l’avoué Dupont, du magistrat Virieux.
Les maçons n’adorent que ce qui peut être adoré, nous apprend un livret publié au milieu du XIXe siècle. Il n’y a, en fait, qu’un seul et unique adorable, à savoir le Grand Architecte de l’Univers. Les signes portés par les maçons sont symboliques. Ils figurent la majesté du Créateur de toutes choses. Le Soleil représente l’ensemble de l’univers, créé par qui vous savez. Les autres signes sont le delta sacré, le compas, l’équerre, le niveau, le maillet, le ciseau, la truelle.
Il est question de l’installation d’officiers pour assurer le bon fonctionnement de la Loge mais en prenant bien soin de ne rien divulguer de ce qui doit rester, sinon secret, du moins confidentiel.
On ne se prévaut pas toujours des mêmes précautions à l’égard du secret maçonnique. Micaëlla de Souza, l’auteur, dans l’express de février 1982, de cette revue de l’année 1882, cite en exemple les funérailles maçonniques réclamées par L. Chaumette, l’imprésario du théâtre de Port Louis. Il est vrai qu’à cette occasion, la Loge de la Triple Espérance ouvre ses portes aux profanes. Un demi-millier de personnes, dont nombre de non initiés, participent aux funérailles du regretté Chaumette.
Un quotidien mauricien de 1881 reproduit un article de la presse française, rendant compte d’une cérémonie maçonnique de mariage. Le Vénérable congratule le nouveau marié d’agir en toutes choses en libre penseur authentique. Il félicite la nouvelle mariée d’avoir préféré, à la bénédiction nuptiale d’un religieux salarié, l’hommage respectueux des amis de son époux. Cette présence féminine est saluée comme l’aurore d’une ère nouvelle “qui verra la femme fuir l’Église et ses confessionnaux pour venir à nous, maçons, amis de la lumière”. Il conclut que de toute façon les religions tomberont d’elles-mêmes, “vaincues à jamais par la science”, la puissante alliée des Loges maçonniques. Au lecteur de s’interroger sur la réalisation de cette prédiction pour le moins hasardeuse.
Après les francs-maçons, Micaëlla de Souza jette son dévolu sur les oiseaux en principe protégés par les lois mauriciennes mais qu’on retrouve en vente au bazar central, à une centaine de mètres seulement de l’hôtel du gouvernement. Elle cite, à cet effet, les canards sauvages, les sarcelles, les perdrix, les cailles, les poules d’eau. Des chasseurs sont d’avis qu’il faut dépeupler nos cours d’eau des poules d’eau, si peu comestibles, pour les laisser aux seules poules sultanes qui “en sont le plus bel ornement”. La sauvagène se fait rare. La sarcelle un peu moins. La presse de 1882 distingue la perdrix pintadée de la perdrix rouge. Les pintadées aiment les endroits couverts, incultes, un peu humides. Les rouges se plaisent dans les endroits secs et cultivés, dont les jeunes champs de cannes fraîchement nettoyés. Les pintadées se déplacent en couple, le coq marchant en tête. Les perdrix rouges se regroupent volontiers.
Que pêche-t-on dans nos cours d’eau ? Le “monde de nos eaux” se compose de la carpe, du gourami, de la chite, de l’anguille (pouvant atteindre des tailles surprenantes), le cyprin de Chine (que nous appelons vulgairement la Dame Céré). Crevettes et camarons “tapissent” le fond de nos ruisseaux.
Arrivé sur place, le pêcheur appelle le poisson en lançant, selon la saison, des framboises, des graines de raisin, des insectes. La caille répond la première à l’appel. Le pêcheur avisé préfère attendre le gourami qu’il appâte avec des larves d’abeille ou de... cancrelat. L’anguille exige des pêches vespérales, sinon nocturnes, des lignes et des hameçons plutôt solides. Elle peuvent atteindre six pieds de long et ne s’attrapent donc pas comme de vulgaires Dames Céré.
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