Publicité

Les femmes et leurs Gynécologues

8 novembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Avez-vous entendu parler de ce gynécologue dont le cabinet ne désemplit jamais et que toutes les femmes de la haute société vont consulter ? Vous savez, c?est ce médecin dont la secrétaire et les patientes sont secrètement amoureuses. Le truc, c?est qu?en plus d?être compétent, il est très séduisant et il sait parler aux femmes. Il faut dire qu?il s?agit de Richard Gere en gynécologue dans Dr T. et les femmes ! ça explique beaucoup de choses.

Mais qu?en est-il du quotidien de nos gynécologues ? À en croire ceux que nous avons rencontrés et surtout ceux qui n?ont pas voulu donner leur témoignage, ils croulent sous les rendez-vous (pas forcément pour les mêmes raisons que le fameux Dr T.). La question qui nous trotte dans la tête, c?est de connaître les critères des femmes pour choisir leur gynécologue. En effet, quand on ouvre les pages jaunes de l?annuaire téléphonique, une soixantaine de noms s?offrent à nos yeux. On en trouve à travers l?île : de Rose-Hill à Ph?nix en passant par Flacq et Triolet. Comment se fait le choix ?

Il existe en fait plusieurs cas de figure. En règle générale, le courant doit passer, comme l?affirme le psychologue Kurt Barnes. « Les femmes font leur choix par rapport à ce qu?elles ont entendu dire sur le médecin. Si on leur a dit que X fait bien et qu?il a de la patience, elles vont

l?essayer », explique le gynécologue Arvind Ramgulam. « Comme j?avais une urgence, je suis allée chez un gynécologue qui n?habite pas trop loin de chez moi et vu qu?il est rassurant, je l?ai adopté », confie Chantal. « Les amies, les collègues ont un rôle à jouer dans tout ça. Les femmes se parlent, elles sondent la personnalité de différents gynécologues et elles font leur choix », estime Veyasen Pyneeandee, gynécologue.

Au final, tous s?accordent à dire qu?on préfère un gynécologue compréhensif, attentif, un peu psychologue. Mais tout n?est pas si simple. « Les gynécologues ont en général du tact. Ils travaillent dans un domaine qui touche à l?intimité de la femme et savent pertinemment bien qu?il faut s?y prendre avec des gants, sinon on risque de faire fuir la patiente », précise le docteur Pyneeandee. Ce qui nous ramène à la case départ : Si tous sont si diplomates, comment expliquer le fait qu?une femme peut se sentir vraiment à l?aise avec un gynécologue et qu?une autre peut avoir de l?aversion ou de la méfiance pour ce même praticien ?

« C?est une question de tempérament. On choisit souvent inconsciemment. Quelqu?un peut trouver une voix réconfortante, quelqu?un d?autre peut être au contraire dérangé par cette voix. Il y a dans tout rapport un ou des petits trucs qui feront la différence », explique Kurt Barnes. À chacun son gynécologue.

« On ne se livre pas volontiers à ce médecin qui inspire confiance, même si la patiente s?est préparée avant de venir », comme le fait remarquer le docteur Arvind Ramgulam. Enlever ses vêtements, écarter les jambes, laisser un homme muni d?une lampe et d?un spéculum examiner ses parties intimes, ce n?est pas toujours chose facile. La gêne est là, même si la plupart du temps, elle est surmontée car celui qui examine est un médecin qui, somme toute, fait son métier. « Il y a des femmes qui, au moment de l?examen, ont tendance à fermer les jambes et à se contracter », confie une infirmière. « Dans ce cas-là, le gynécologue doit trouver les mots justes pour détendre la patiente », déclare le docteur Pyneeandee.

Cette gêne ne s?explique pas simplement par le fait que le médecin est un homme. Certaines femmes se sentent plus libres et ont plus de facilité à se déshabiller devant une gynécologue (leur nombre est très limité à Maurice). Elles sentent qu?une femme est plus à même de les comprendre parce qu?elle sait ce que sont les menstruations, par exemple. Pourtant, d?autres pa-tientes refuseraient catégoriquement de se faire examiner par une femme parce qu?elles se sentent plus embarrassées. On est là dans le domaine de l?irrationnel, comme le fait ressortir Kurt Barnes. Il y a autant de réactions que d?individus. En résumé, nos choix sont dictés par des raisons conscientes et des motifs inconscients, ce qui ne nous empêche pas de faire la lumière sur certains des aspects de ce fameux rapport patiente-gynécologue.


Dr X. :

« On ne choisit pas son médecin par rapport à son sexe »

Une gynécologue qui veut garder l?anonymat estime qu?il n?y a pas de critères fixes. « C?est comme pour toutes les professions. Comment décide-t-on qui est le meilleur prof ou le meilleur avocat ? À quoi attribue-t-on le titre de bon gynécologue ? Est-ce à cause de ses bons résultats, du nombre de patientes qui attendent dans son cabinet, par sa gentillesse ? » Pour elle, c?est une combinaison de tous ces éléments. Elle estime que la compétence et la personnalité du médecin ont une influence capitale. Le sexe du médecin peut-il aussi être un élément ? « Il faudrait qu?on choisisse un médecin pour ses compétences et pas parce qu?il s?agit d?un homme ou une femme », fait-elle ressortir.

Les hommes, aussi bien que les femmes, ont la même formation, participent aux mêmes examens. « Les femmes doivent souvent faire plus parce qu?elles ont plus de choses à prouver. » Mais peut-on avancer que les femmes médecins ont plus de délicatesse ou que les patientes peuvent plus facilement se confier à elles ? « Comme je suis une femme, je suis plus apte à comprendre leurs soucis. Je passe aussi des examens gynécologiques, je sais ce que c?est. Mais un médecin ne doit pas forcément avoir un cancer pour soigner le cancer », poursuit-elle. Elle est néanmoins convaincue que les patientes ne pénalisent pas un médecin à cause de son sexe.

Veyasen Pyneeandee :

« Un cabinet de gynécologue est aussi un espace de dialogue »

« Quand on parle d?un bon gynécologue, on fait référence à un médecin qui est efficace, tant professionnellement qu?humainement. » C?est l?avis de Veyasen Pyneeandee. Mais comment juger un gynécologue sur ses compétences quand, de médecin en médecin, le diagnostic est différent ? « C?est un problème qui sème la confusion dans la tête des patientes. La gynécologie est un domaine très vaste et un praticien ne peut pas maîtriser tous les aspects. Il aurait fallu qu?entre gynécologues, on se réfère les patientes si on voit que cela dépasse notre compétence. » Il est de ceux qui croient que le médecin doit se mettre à jour en permanence. « Cela pourrait rassurer les patientes », estime-t-il. Le gynécologue met aussi l?accent sur le côté réceptif.

« On est dans le domaine de l?intimité, des hormones, il est important d?être à l?écoute de sa patiente, de comprendre son psychisme, ses sautes d?humeur. Quand on est un gynécologue, on doit faire des efforts pour compenser et se mettre dans la peau du sexe opposé. » Veyasen Pyneeandee regrette en outre qu?il n?y ait pas plus de sensibilisation au niveau de la prévention. « Les femmes devraient consulter un gynécologue régulièrement. Un cabinet est aussi un espace de dialogue où l?on parle de contraception, de ménopause, d?éducation sexuelle. »

Mais personne ne se réjouit à l?idée d?aller voir le médecin, encore moins le gynéco qui examine la partie la plus intime du corps. Le fait de se déshabiller peut-il être une barrière lors d?une consultation ? « Il y a des femmes qui sont très à l?aise, qui ont de l?assurance et qui n?ont pas peur d?être examinées. D?autres sont très gênées mais acceptent l?examen parce qu?il y va de leur santé. Il y a aussi celles qui sont très pudiques. Il faut alors faire tout un travail psychologique avant qu?elles n?aillent sur la table d?examen. Les patientes doivent surmonter leurs inhibitions. »

Mais le médecin n?est-il pas lui-même gêné ? Le gynécologue estime que non, car s?il est embarrassé, la patiente le sera encore plus. Il évoque le regard asexué que tout praticien doit avoir. « Il faut savoir que notre esprit n?est pas porté sur l?aspect sexuel de la chose, mais sur le geste qui a pour but de soulager une douleur. »

Veyasen Pyneeandee estime qu?être gynécologue-obstétricien est un privilège. Il a d?ailleurs eu la chance de faire naître son propre enfant, une expérience unique pour lui.

Rajen Bonomally :

« Mes patientes font ma pub grâce au bouche à l?oreille »

« Choisir son gynécologue c?est d?abord une question de moyens », rappelle le gynécologue Rajen Rajabally. Celles qui peuvent payer et qui vont dans les cliniques privées ont plus de choix. Depuis douze ans que Rajen Bonomally exerce à Maurice, il a conclu que les femmes recherchent surtout un traitement personnalisé. « Elles ont besoin qu?on les écoute, qu?on leur accorde du temps pour cerner leurs problèmes et les aider. » La disponibilité est aussi un atout majeur. Pour lui, un médecin doit être joignable quand il y a urgence.

D?où vient sa clientèle ? « La plupart des femmes qui viennent chez moi ont déjà une s?ur, une voisine, une amie qui me consulte. Ce sont donc mes patientes qui font ma pub grâce au bouche à oreille. » Il insiste sur le fait que dans ce métier, il faut savoir mettre de côté ses jugements personnels et éviter de faire la morale. « Ca ne veut pas dire que je ne fais pas d?éducation sexuelle. J?estime que c?est aussi mon rôle. Lorsqu?une fille de dix-sept ans entre dans mon cabinet et qu?elle est enceinte, je me dois d?intervenir. Le fait accompli est là, mais je lui parle quand même des différentes méthodes de contraception », ajoute-t-il.

Se mettre dans la peau des patientes pour les comprendre et ne pas leur en vouloir quand elles racontent des histoires, fait également partie du contrat médical. « Il arrive qu?une femme vous dise qu?elle n?a pas de partenaire sexuel et qu?on constate ensuite qu?elle est enceinte. Il ne faut surtout pas les gêner dans ce cas-là mais gagner leur confiance », avance le gynécologue. Il préfère que ses patientes soient accompagnées pour éviter toute accusation d?attouchements sexuels. On n?est jamais assez prudent dans cette profession qui nécessite du tact.

Publicité