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Les cuisines des hôpitaux conservent leurs secrets
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Les cuisines des hôpitaux conservent leurs secrets
IL Y a un mois, le rapport de l?audit sur les cuisines des hôpitaux choquait le pays. Non-respect de la chaîne de froid, repas préparés dans des lieux malpropres, infestés de rats, et servis froids aux malades. Qu?est-ce qui a changé aujourd?hui ?
Difficile de le constater de visu. Toutes les cuisines des hôpitaux sont devenues ?secret défense?. Défense absolue d?y pénétrer. Le personnel a reçu la consigne stricte de ne parler à personne. ?Fine dire nous pas coze are personne?, disent les cuisiniers et leurs aides.
Cependant, à l?hôpital Candos, certains parleront. Il n?y a pas de rats dans cette cuisine, disent-ils. Mais on y voit de temps en temps des cancrelats. ?Nou craze li are nou li pied?, dira un aide-cuisinier qui affirme que les mouches sont toujours là.
Et pour le gaspillage ? Une nouvelle formule est en vigueur depuis que l?audit a parlé de 30 % de repas préparés et non servis. À Candos, consigne a été donnée pour que tous les malades soient servis, même ceux qui n?en veulent pas. ?Pas couma longtemps. Pas gagne droit diman malade si li envi manzé ou non. Nec guette ça ki docter fine ecrire dans dossier et servi malade. Même si li n?a pas lé, bizin donne li.?
Auparavant, les malades qui n?avaient pas leur assiette n?étaient pas servis et restaient l?estomac vide. ?Azordi, si malade la perna lasiette, bizin alle cherche ene lasiette carton ou boite take away dans la cousine et donne li manzé. Si vers 6 heures li n?a pas fine manzé, bizin jette ça dans poubelle.?
Mais que faisait-on dans le passé de ces 30 % de repas non servis. ?Bé banne infirmiers ti pé manzé. Ena amène lacaze pou lisien.? Ainsi, les repas non consommés vont à la poubelle. On gaspille toujours Rs 21 millions par an.
Pourquoi ne pas faire une liste de ceux qui ne veulent pas consommer le repas de l?hôpital et n?en préparer que pour les autres. Un chef infirmier, à Candos, explique que ce n?est pas possible en raison du manque de personnel. ?On n?a pas le temps de faire ça. On ne fait qu?envoyer à la cuisine des indications sur le nombre de malades dans la salle et les différents types de repas recommandés par les médecins.?
Il ne nie pas qu?infirmiers et domestiques ont abusé du système dans le passé. ?Ti éna abus. Dimoune ti apé amène lacaze fruit, légumes, la vian, di beurre, même di sic et di sel. Azordi zotte pé gagne peur pou faire ça. Mais avec lé temps li pou révini.?
Télé ou dessert
Le personnel attendrait donc que l?orage passe pour reprendre ses bonnes vieilles habitudes ! Un patient raconte : ?Je m?étais réveillé tard. Dans un lit en face de moi un vieillard barbu me fait signe. Je vais le voir et il me dit qu?il a soif et faim. Qu?il veut boire. Je ne sais comment et quoi lui faire boire. J?appelle un des infirmiers réunis pas très loin dans un bureau vitré à regarder le résumé d?un événement sportif à la télévision. Un jeune étudiant infirmier s?amène. Il explique qu?à l?heure du petit déjeuner, le vieil homme a dit qu?il n?en voulait pas. Alors je lui dis de le servir maintenant. Impossible, dit-il. C?est trop tard, le domestique qui sert le petit déjeuner est occupé ailleurs. Il dit que ce n?est pas sa tâche de servir le petit déjeuner et que le trolley a déjà été retourné à la cuisine. Quand le vieux, qui commence à s?irriter et à s?agiter répète qu?il a soif et faim, l?infirmier saisit une bouteille vide sur la table de chevet, va la remplir au robinet et sert le malade. Le vieux dit qu?il a malgré tout faim. L?infirmier lui dit d?attendre l?heure du déjeuner et qu?il ne peut rien pour le moment. Le vieux se met à geindre et pleure presque, parce que, dit-il, ses parents ne viennent jamais lui rendre visite et que personne ne lui apporte à manger. Un de ses voisins de lit lui tend alors quelque chose à manger. L?infirmier n?a même pas vérifié si le vieillard avait le droit de manger ce qu?on lui a donné. Il est retourné devant la télévision.?
Où est passé le petit déjeuner non servi et en quoi consistait-il ? Un employé responsable de la distribution explique. ?Si le malade n?est pas mis au régime par son médecin, il reçoit un thé très peu sucré, du pain avec soit des oeufs, ou alors du beurre, du fromage, de la gelée et une banane. S?il est par exemple diabétique, il n?y aura pas de gelée dans son pain. Dans le passé, s?il restait quelque chose après la distribution du petit déjeuner ou du dîner, on partageait entre infirmiers et domestiques pour ne pas jeter ces aliments. Certains apportent chez eux pour leurs chiens. Mais maintenant c?est interdit. Il faut tout donner aux malades.?
Mais où est donc passé le petit déjeuner du vieillard ? Silence gêné, puis un infirmier donne la réponse. Le vieux a consommé son petit déjeuner et a oublié ce fait. Pour lui, il n?y a pas d?autre explication. Et ces repas froids ? Rien n?a changé de ce côté. A Candos, domestiques et infirmiers affirment que le trolley à repas ne peut pas être maintenu chaud électriquement. ?Ces appareils ne marchent plus depuis longtemps.?
Alors, depuis le rapport de l?audit, on a innové. Les repas sont placés dans un bain-marie. ?Mette dilo bouillante dans trolley là après mette mangé. Bé zotte donne nou mangé la vers 4 heures et demi et bizin atan visiteurs quitte la salle pou servi manzé. Fine fini frais. Ena dé fois, quand la cuisine donne manzé un pé tard, li tiède quand nou donne malade. Bé ou fine trouve Mauricien manzé 5 heures et demi ou. Zotte tou mette zotte manzé dans locker et zotte manzé 7 heures ou 8 heures. Fine fini frais. La cuisine pas lé prépare manzé plis tard.?
Difficile à avaler
Dans les hôpitaux, les malades n?ont pas leur mot à dire. Non seulement en ce qui concerne l?heure du dîner, mais aussi sur ce qu?ils veulent manger. ?Zotte penna choix, zote bizin manze ce ki donne zotte. Souvent docter ki dire donne zotte mange sans sel, ou sans graisse.? Sans sel ou sans graisse, les repas de l?hôpital restent insipides. Que ce soit le poulet, le poisson, le riz ou les lentilles, on arrive difficilement à avaler. Froid et insipide, mais diététique.
Mais ces repas sont-ils seulement propres à la consommation ? Seuls les habitués arrivent à s?en tirer. Ceux-là ont leur secret. Ils ont tous un assortiment de condiments, sel, piments écrasés, sauce de soja... Et là, infirmiers et domestiques ferment les yeux,même quand ils savent que ces condiments sont contre-indiqués pour certains malades.
Il ne faut pas croire que l?hôpital est un restaurant. Les malades doivent faire eux-mêmes la vaisselle. Ou alors ce sont leurs parents qui s?en chargent lors de la visite quotidienne. On fait la vaisselle sous la véranda, dans un évier sur lequel sont placées deux grosses poubelles pour les aliments. Un évier sale à côté de la nourriture en décomposition. Un chef infirmier, qui voit aujourd?hui arriver la retraite, dit que rien n?a changé et que les choses ont même empiré. Désespéré, il exprime un seul souhait : ne jamais avoir à séjourner dans un hôpital.
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