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Le virage à Rs 5 milliards de la MCFI
Le groupe MCFI amorce son retrait de l?agrochimie, secteur dont il a été le pionnier à Maurice, pour se recycler dans l?agroalimentaire. Il propose par la même occasion de dessiner un nouveau visage au port en lui enlevant le Fort George pour le reconstruire à Balaclava sous forme d?un hôtel. L?espace ainsi libéré servirait d?ancrage à un important hub agroalimentaire incluant raffinerie de sucre et distillerie d?éthanol.
Ce virage dans la vie de l?entreprise est une aubaine pour le pays. Quelque Rs 5 milliards seront investies en cinq ans. Le promoteur fait miroiter 2 000 nouveaux emplois directs, dont 300 dans l?hôtellerie. Le projet améliorerait aussi les chances de Maurice de réussir en tant que food hub, soutient la MCFI dans le descriptif présenté au Board of Investment. Le feu vert des pouvoirs publics a été sollicité vendredi dernier.
La transformation de Maurice en un hub agroalimentaire est déjà un important composant du plan gouvernemental pour la relance économique. Le projet MCFI devrait donc rencontrer peu d?écueils sur son chemin. Seul le transfert du Fort George, classé monument historique mais très négligé selon le promoteur, risque de poser problème. L?État est appelé à revoir sa manière d?appréhender la gestion du patrimoine historique pour autoriser le transfert du fort.
Le centre agroalimentaire constitue le plus gros du projet MCFI. Celui-ci se propose de raffiner du sucre importé et de produire de l?éthanol. En outre, il pourvoira des facilités logistiques pour la transformation de produits agroalimentaires à des fins d?exportation. La MCFI entend y consacrer Rs 4,3 milliards. Elle se dit prête à investir Rs 400 millions dans les huit mois suivant le feu vert des autorités pour se doter de 70 000 mètres carrés d?entrepôts, d?usines, de chambres froides moder-nes et de facilités de distribution.
Elle investira également dans des procédés de fabrications susceptibles de satisfaire les normes européenne et américaine. À cette fin, le parc aura son propre laboratoire pour le contrôle de la qualité et la recherche. Dans un souci de facilitation d?affaires aux tenanciers du food hub, la MCFI s?assurera qu?ils ont un accès direct à un quai et une fourniture de vapeur à prix compétitif.
Ne pas se cantonner aux produits de la mer
Le promoteur s?équipe ainsi pour attirer les grosses pointures de l?agroalimentaire international. Il dit avoir déjà signé avec certains d?entre eux. Il cite Cap Cavally, le numéro un français de la transformation et la distribution de thon frais et congelé de même qu?Interpral, autre géant européen se spécialisant dans la même filière.
Mais la MCFI n?a aucune intention de se cantonner aux produits de la mer compte tenu de la lenteur de Maurice à émerger comme un seafood hub de renomée internationale. Ces contraintes avaient été balisées en début d?année lors d?une conférence consacrée à ce sujet. Maurice a du mal à se procurer le volume nécessaire de thon pour alimenter ses conserveries. Le groupe MCFI en fait un argument pour soutenir qu?il faut diversifier hors de la filière poisson et fruits de mer. Maurice se situe dans une région riche en produits spécifiques comme le cacao, la vanille, le thé, les épices et les fruits et légumes. Le groupe compte bien profiter de cette proximité pour se lancer dans le traitement et l?emballage de produits frais et aussi dans la transformation pour les marchés européen, américain et asiatique. Il a déjà conclu des partenariats avec Cérès et Happy World Foods pour la mise en brique et la distribution de jus de fruits et l?usinage de riz, respectivement. La MCFI estime que le hub produira environ 500 000 tonnes par an.
Outre la transformation traditionnelle, il y a des créneaux à forte valeur ajoutée à prendre, fait ressortir la MCFI. Le marché mondial pour les aliments bio, organiques et les health foods ne fait que croître d?année en année. Suivant cette logique, il s?aventure dans le traitement du thon frais, créneau jusqu?ici inexploité à Maurice. Les études de marché révèlent que, la demande en Europe et aux États-Unis pour des morceaux tels que steak, filet, sashimi et sushi, est en hausse constante.
L?autre phase du projet MCFI comprend la construction d?une raffinerie et d?une distillerie pour la production d?éthanol. La raffinerie aura une capacité de 300 000 tonnes de sucre. Elle se procurera du sucre roux du Brésil. Le produit fini sera exporté et vendu aux locataires du food hub qui en sont de grands consommateurs.
Outre les sucres blancs et spéciaux, la raffinerie générera 500 tonnes de mélasse qui serviront à la production d?éthanol. La production sera de 120 000 litres par jour, principalement à destination de l?Union européenne qui maintient l?accès préférentiel pour ce produit à ses partenaires d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Le groupe MCFI estime avoir besoin d?une trentaine d?arpents dans la zone portuaire pour développer son hub qui s?étendra sur 115 000 pieds carrés. Il y consacrera les 15 arpents sur lesquels se trouvent actuellement les installations pour la fabrication d?engrais. Le reste de l?espace, il espère le récupérer de son voisin, le Fort George, et en comblant 5 000 mètres carrés de mer pour la construction d?un quai long de 80 mètres. Le groupe propose de profiter de la reconstruction du fort à Balaclava pour le transformer en un hôtel à thème, qu?il qualifie déjà de « One and Only Tourism Icon » du pays. .
Le promoteur s?est assuré de solides partenariats pour mener à bien son projet. Le groupe sud-africain Ceres, Maersk Shipping, la Mauritius Freeport Develop-ment, Happy World Foods, Interpral, Cap Cavally et une société sud-africaine produisant du café instantané sont parmi les partenaires. Des conventions de partenariat ont déjà été signées avec Maersk et Happy World Foods. Le groupe Roland Maurel, propriétaire de la distillerie Alcodis, est le partenaire pour la raffinerie et la distillerie.
Le Fort Georgeà Balaclava ?
Le Fort George serait transformé en un hôtel comprenant 90 suites et s?étendant sur 30 arpents à Bala-clava. Outre l?autorisationde procéder au transfert, le groupe MCFI sollicite le bail du terrain nécessaire à l?hôtel. Le coût global du projet s?élève à environ Rs 1 milliard.
Le Fort George date du début du 19e siècle. Il a été construit par les Britanniques à l?entrée nord de Port-Louis, sur une péninsule connue comme l?Ile-aux-Tonneliers. Il a été baptisé en 1832, après le roi George IV de la Grande-Bretagne qui prit la décision d?annexer Maurice à son empire.
Selon la MCFI, le fort est très bien conservé. Cependant, fait-elle ressortir, il occupe un précieux espace dans l?enceinte portuaire où le terrain vaut de l?or. D?où sa proposition de le transférer à Balaclava au coût de quelque Rs 130 millions.
Le transfert et la reconstruction seront confiés à des experts, s?engage-t-elle. La MCFI en partenariat avec un hôtelier, investira Rs 800 millions de plus pour transformer le fort en un hôtel de luxe, ciblant une clientèle niche. Elle se propose de recréer l?atmosphère d?époque à travers la décoration intérieure et l?aménagement de l?espace extérieur. Les vestiges seront aussi le théâtre de spectacles son et lumière visant à faire vivre aux vacanciers le passé de l?île Maurice. Si le projet Fort George Hotel est accepté, celui-ci sera le premier hôtel à thème de l?île. Un plus-value à ne pas négliger, estime la MCFI.
Le choix de Balaclava comme site d?accueil du fort s?est imposé au promoteur vu que cet endroit abrite déjà d?importants vestiges militaires du passé colonial de l?île. Le transfert aura aussi le mérite de rendre le Fort George plus accessible aux Mauriciens aussi bien qu?aux étrangers, argue la MCFI dans le but de convaincre les autorités.
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