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Le véritable trésor...
Beaucoup de monde sur la falaise d?Anna ces jours-ci. Il y a des jours comme ça. C?est cyclique. Il fut un temps où elle était hantée par des chercheurs de trésor. Ils étaient légion à effectuer des fouilles sur la rive gauche comme sur la rive droite de la rivière. Celles-ci renferment sans doute quelque cache ancienne mais elle aujourd?hui recouverte de gravats. Première dégradation par la main de l?homme qui n?a pas hésité à disséquer cette éminence rocheuse d?où l?on peut voir passer les dauphins. Mais maintenant, il faut faire gaffe? elle est truffée de crevasses et de trous profonds que rien ne signale aux visiteurs et aux pêcheurs.
Mais de trésor, point jusqu?ici. En tout cas, celui du tristement célèbre Olivier Levasseur dit La Buse en raison de sa rapacité, n?a jamais été trouvé. Ce pirate pillait, sans vergogne, aussi bien vaisseaux français qu?anglais. Il fut pendu à la Réunion, alors l?île Bourbon. A l?échafaud, dernière bravade, il lança un monceau de parchemins dans la foule en criant : ?Mes trésors à qui saura comprendre?.
Un beau patrimoine
Des cartes, que chacun professe être des originaux, ont circulé et la falaise a été charcutée, sans qu?elle livre son secret. Ce qui est sûr, par contre, c?est qu?un des chercheurs, sur la rive gauche, a vu la chance lui sourire alors que les travaux progressaient, péniblement, il faut le dire: il décrocha le premier lot de la loterie verte et, estimant sagement avoir trouvé son trésor, il donna un cachet à chacun des hommes de son équipe et mit fin à ses recherches.
D?autres, sur la rive droite, ont laissé les traces béantes de leur infructueux passage sans que les autorités s?en émeuvent. La première démarche de celles-ci pour réhabiliter la falaise, devra être de boucher les cavités, les dépressions et autres enfoncements qui l?ont défigurée. En fait, c?est là où leur devoir aurait dû les mener d?abord, pour veiller sur le patrimoine national, au lieu d?aller embêter les résidents, qui, eux, repeignaient, plantaient, fleurissaient une terre autrefois, oubliée, dédaignée même. Ne traitait-on pas de fous ou d?originaux les premiers habitants de ce morcellement tant il paraissait peu habitable avec les énormes rochers (d?origine volcanique ) qui parsemaient son sol ? Il leur a fallu une bonne dose de persévérance et bien du courage pour défricher, débroussailler, déblayer et bâtir sur du roc, à une époque où les machines adéquates comme les pelleteuses n?étaient pas encore en service à Maurice. Les plus tenaces sont restés et y ont placé les économies de toute une vie, non pas attirés par l?alléchant contrat de vente qui stipulait que celui qui tomberait sur le fameux trésor pendant les travaux, aurait à en donner une part au promoteur foncier, mais par la beauté, restée intacte, du lieu. Ceux-là avaient compris que le véritable trésor était là, sous leurs yeux : la mer éternelle, parfois grondante et écumante, les plantes endémiques qui poussent sur les rochers, d?où jaillit souvent, pour ne pas dire quotidiennement, un couple de lièvres que personne ne songerait à tirer, mais qu?on aime voir détaler sous la lune. La nuit venue, alors que des flonflons de musique arrivent des hôtels, le firmament se drape d?étoiles scintillantes que l?on confond, à l?horizon, avec les lumières des navires qui rentrent à Port-Louis ou qui restent en tête de rade. Au petit matin, on est réveillé par l?infatigable ballet des martins, des serins du Cap, des condés et des tourterelles alors que le promeneur est toujours surpris par le vol lourd des perdrix, nombreux dans les parages, parce que jamais inquiétés.
Le bal des dauphins
Le randonneur qui s?aventure au-delà de la rive gauche et qui traverse, à gué, la rivière invisible que l?on devine seulement lorsqu?elle se jette à la mer, traçant une longue voie d?eau douce, découvre une multitude de petites et de hautes cascades où viennent parfois de grands singes braillards.
En poussant un peu plus loin, derrière un immense rocher, il arriverait au campement d?Hedley Gunness, un autre chercheur de trésor qui, encore tout récemment, pensait atteindre son but. Mais il a dû, pour des raisons de santé, arrêter sa quête. Il semblerait que ces fabuleuses richesses, provenant de rapines des pirates, veuillent, selon de légendaires malédictions, se soustraire de la convoitise des hommes.
Dans l?océan, juste en face, les dauphins tournent en cercle pendant de longues minutes avant de longer la falaise, où vit depuis des années, un vieil ermite dans une grotte naturelle. Son seul trésor est l?air vivifiant du large et un drapeau mauricien qui flotte haut dans le ciel.
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