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?Le textile-habillement devient une activité de services?
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?Le textile-habillement devient une activité de services?
● <B>Quels sont les principaux traits de l?industrie de la confection mauricienne ? </B>
C?est une très petite industrie de par les normes internationales. La très grosse majorité de producteurs mauriciens sont des petites et moyennes entreprises sur l?échelle mondiale. L?industrie de l?habillement mauricienne est en crise. L?avantage des quotas a disparu. Le secteur doit se réinventer et s?adapter aux conditions d?une industrie de niche.
Les sociétés mauriciennes ne peuvent pas travailler avec certains revendeurs de volume du type Carrefour ou Wallmart. Même les dix plus grosses entreprises mauriciennes parviennent à peine à vendre à cette catégorie d?acheteurs.
Ces revendeurs préfèrent maintenant travailler avec un nombre restreint de fournisseurs. Or, avec le départ des industriels hongkongais de Maurice, l?industrie locale a perdu beaucoup de sa visibilité.
● <B>Commet sortir de cette impasse ? </B>
Il est grand temps de repositionner l?industrie. Les fabricants locaux vont devoir se concentrer sur des clients de taille inférieure mais qui sont tout de même fiables. Cela implique une montée en gamme, soit la possibilité de produire des vêtements à des prix plus élevés.
Pour cela, il faut avoir les compétences nécessaires pour pouvoir travailler avec les acheteurs. La stratégie de l?industrie doit reposer, entre autres, sur le développement de ces compétences. Il faut la collaboration de tous les partenaires concernés. D?abord, le gouvernement a une contribution importante à faire sur le plan de l?éducation.
L?industrie, de son côté, doit s?engager plus activement dans les programmes de formation et de reskilling. S?il existe une bonne collaboration entre les différentes parties, tout le monde en tirera les bénéfices.
J?ai passé plusieurs années à conseiller les gouvernements et les entreprises en matière de planification stratégique. Il est facile de mettre en place une stratégie mais très difficile de la mettre en pratique. Il faut beaucoup de volonté pour changer les choses.
Maurice est un high cost producer qui fabrique des produits de moyenne gamme. C?est là une très mauvaise position pour affronter les marchés d?exportation. Cela pouvait se faire lorsque vous étiez toujours en train de jouir des avantages de quotas. Tel n?est plus le cas maintenant.
● <B>Dans quelles filières l?industrie mauricienne devra-t-elle se concentrer afin de bâtir certains avantages concurrentiels ? </B>
La plus grosse filière à Maurice est le t-shirt. Or, vous avez à vous battre avec des pays concurrents, où le coût de la main-d?oeuvre est très faible. Les fabricants de t-shirts, qui veulent travailler avec Carrefour ou Wallmart, ont entre 8 000 à 12 000 machines et sont complètement intégrés. A Maurice, les entreprises n?ont pas cette envergure.
D?autre part, les clients qui recherchent un produit de meilleure qualité avec un design et un tissu de meilleure qualité que les vêtements basiques ne s?intéressent pas à Maurice car le tissu convoité n?est pas disponible.
Le pays n?a pas non plus les ressources humaines qualifiées pour faire ce travail. Le textile n?est plus une activité à forte intensité de main-d?oeuvre peu formée.
● <B>Quels types de compétences faut-il pour repositionner le textile-habillement mauricien? </B>
Il faut des gens qui soient capables de comprendre les besoins et exigences des clients. L?industrie de l?habillement devient de plus en plus une activité de services. Il faut des compétences pour concevoir et pour fournir ces services. Il faut des personnes qualifiées, multifonctionnelles qui soient capables d?opérer de manière flexible. Les entreprises doivent mettre en place des systèmes qui permettent de raccourcir le temps de production de 45 à cinq jours seulement. Cela peut réduire le lead time et aider à améliorer les délais de livraison considérablement.
Dans certains cas, des producteurs ont même ouvert des bureaux de vente dans les grands marchés dans lesquels ils sont présents. Les clients ne veulent plus aller visiter les usines. Ils veulent que les usines viennent vers eux. Les usines qui réussissent sont celles qui sont a taxi drive away de leurs acheteurs. Il faut maintenant songer à positionner un personnel technique et de merchandising à proximité des clients.
<I>?Le fournisseur doit faire tout le travail, c?est-à-dire, trouver les tissus, travailler avec les designers et prendre en charge toute la logistique de distribution jusqu?à faire la livraison dans les magasins de l?acheteur.?
● <B>Dans quelle mesure cela aide-t-il à rester compétitif ? </B>
Si c?est le client qui fait tout le travail, c?est-à-dire concevoir le design, réaliser les échantillons, acheter le tissu, fournir les données techniques, il ne vous reste qu?à fabriquer le vêtement. Or, il est désormais très difficile de concurrencer avec des producteurs à faibles coûts tel le Bangladesh dans cette opération.
Par contre, si les entreprises mauriciennes offrent un plus large éventail de services à leurs clients, Maurice peut se mesurer en termes de coût de production avec Paris, New-York et Londres. Il est beaucoup plus facile de concurrencer Paris que de concurrencer Dhaka en termes de coûts de production. Il est essentiel de pouvoir offrir une plus large gamme de prestations aux acheteurs.
C?est dans cette optique qu?il faudra repositionner l?industrie. Il faut se mettre davantage à l?écoute des clients. L?acheteur passe sa commande et il veut que le fournisseur fasse tout le travail, c?est-à-dire trouver les tissus, travailler avec des designers pour développer les modèles, prendre en charge toute la logistique de distribution et même jusqu?à faire la livraison dans ses magasins.
A partir de ce moment, le prix FOB (free on board) de la marchandise n?est plus un facteur déterminant. Ce qui compte, c?est le prix que vous demandez pour le service.
Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>
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