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Le succès chaotique des ONG
ELLES sont un signe des temps? Quasi inconnues il n?y a pas très longtemps, les organisations non gouvernementales (ONG) sont aujourd?hui légion (plus de 7 000). Leur foisonnement marque un tournant dans la gestion du pays. La société civile prend de plus en plus en main des actions que l?Etat ne peut pas ou n?a pas pensé entreprendre auprès des aveugles, des séropositifs, des prostituées, des vieux, des enfants handicapés, des alcooliques et des drogués, entre autres. Avec succès. Et c?est à coup de millions que le gouvernement les finance ?du moment qu?ils font du bon travail?.
Le succès des ONG ne va pas, malheureusement, sans dérive. Car sur la planète des ONG cohabitent des mères Teresa et des Ali Baba : ceux qui sont là pour servir et ceux qui fondent des ONG pour se servir. Souvent avec un président à vie et rien que des membres de leur famille faisant partie du personnel. Ainsi, raconte Paulo Virassamy de l?Association des parents d?enfants inadaptés de Maurice (APEIM), des écoles spécialisées poussent comme des champignons depuis que le gouvernement offre Rs 500 par tête d?élève dans ce type d?institutions.
Attirer des volontaires
Avec 27 ans de service au sein de cet organisme qui s?occupe d?enfants handicapés mentaux depuis 1970, Paulo Virassamy ne touche que Rs 10 000 alors que les salaires des autres membres du personnel tournent autour de Rs 3 500 par mois. ?Si j?étais resté dans l?enseignement primaire, j?aurais été maître d?école avec des salaires plus importants, sans oublier les leçons particulières.?
Père de trois enfants et éducateur spécialisé, il voyage par autobus de Curepipe à Flacq pour s?occuper de l?éducation des enfants handicapés mentaux. Il poursuit son travail parce que, dit-il, ?l?argent ne m?intéresse pas, c?est l?énorme plaisir que je tire de ce travail qui m?aide à poursuivre la route?.
Or, des ?volontaires? du type de Paulo, on en trouve de plus en plus rarement. Le gouvernement en est conscient au point que le NGO Trust Fund, organisme d?Etat responsable du financement des ONG, tente par tous les moyens d?appâter des volontaires. ?On offre chaque année des bourses d?études universitaires aux meilleurs volontaires.?
L?Etat tente de séparer le grain de l?ivraie. Il ne commence à financer les ONG qu?après que celles-ci ont fonctionné pendant deux ans et donné des résultats concluants. Il n?y a que 42 ONG sur les 7 000 qui obtiennent une aide financière de l?Etat. Et la grant-in-aid est suspendue dès que l?Etat ou le Registrar of Associations constate qu?il y a des problèmes au sein de l?ONG.
Ainsi, l?aide d?environ Rs 600 000 versée annuellement à l?Association des consommateurs de l?île Maurice a été suspendue depuis qu?ont surgi des contestations au sein du comité exécutif. L?ex-président de l?association a été limogé par voie de motion et il a déposé une pétition en Cour suprême pour contester son limogeage. Le secrétaire de l?ACIM, Jayen Chellen, nous déclarait hier qu?il n?était pas au courant de cette décision.
Quoi qu?il en soit, l?Etat ne finance qu?une partie du budget de fonctionnement des ONG. L?APEIM est celle qui reçoit la plus forte somme d?argent, soit Rs 2 millions alors que son budget annuel est de Rs 7 millions pour s?occuper de plus de 500 enfants dans huit institutions spécialisées. ?Nous vendons les produits artisanaux et autres cartes de souhaits des ateliers de nos adhérents et nous procédons à des quêtes publiques pour trouver l?argent nécessaire?, explique Paulo Virassamy.
Référence à l?étranger
Du bon travail, certaines ONG l?ont fait au point où l?une d?elles, la Mauritius Family Planning Association, est devenue une référence en Afrique et en Asie. Maurice lui doit une fière chandelle car elle a commencé ses activités pour contenir l?explosion démographique à Maurice dès 1957 avec un groupe de volontaires et ?à un moment où la population n?était pas aussi éduquée, où la pauvreté régnait, et où il n?y avait ni radio ni télévision pour nous aider?, explique Sangeet Joosery, Executive Director de la MFPA, qui reçoit Rs 5 millions du gouvernement et Rs 2,3 millions de l?International Planned Parenthood Federation.
Sans la MFPA, la population mauricienne aurait été aujourd?hui d?environ 2,5 millions d?âmes. Mais la MFPA a aussi connu en 2001 un scandale financier tournant autour d?une somme de Rs 1 million. L?affaire avait débouché sur le limogeage du Chairman d?alors. Depuis, la MFPA a refait son image de marque et a placé des chiens de garde pour éviter des malversations.
L?image de marque des ONG reste bonne à Maurice malgré certains incidents et le pays compte de plus en plus sur ces organisations pour ?faire le travail de pionnier de ce que le gouvernement ne peut ou n?ose pas faire?. L?Etat a l?intention de poursuivre sa politique et les volontaires se verront de plus en plus chargés de pouvoirs auxquels la société civile n?a jamais osé prétendre dans le passé.
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