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Le match décisif

4 juin 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

S?il fallait choisir, ce 9 juin, entre la Coupe du monde et la présentation du premier budget du gouvernement Navin Ramgoolam II, la population, dans sa majorité, optera sans doute pour la grand-messe footballistique. Ronaldo, Ronaldinho et Rooney sont bien plus populaires que Rama Sithanen, lui-même un grand fan de foot.

Mais ce vendredi, dans l?hémicycle, notre ministre des Finances jouera le match le plus important de sa carrière, un rendez-vous crucial pour le pays.

Marqué de près par les syndicats, surveillé par la communauté internationale, Rama Sithanen joue serré. Il n?a pas beaucoup d?espace pour évoluer. La dette publique, notre souci majeur, a franchi des seuils inquiétants. Depuis cinq ans déjà, le pays se voit contraint d?emprunter davantage pour payer la note des créanciers, qui s?élève à près d?un tiers des revenus de l?État.

L?agence internationale Moody?s, dont le classement est suivi de près par les bailleurs de fonds étrangers, n?a pas attendu le discours du budget pour tirer la sonnette d?alarme et pour revoir à la baisse le « Rating » de notre roupie.

Outre le budgétivore service de la dette, le ministre des Finances doit comptabiliser, pour l?année financière 2006-2007, les coûteux cadeaux électoraux, tels que le rétablissement de la pension universelle et l?introduction du transport gratuit pour les étudiants (rien que pour cet item, il lui faudra trouver quelque Rs 600 millions).

Or, les revenus s?amenuisent, alors que les dépenses augmentent.

« Mauritius high debts levels have been exacerbated by the government?s low revenue-to-GDP ratio, which weakens government finances and impairs creditworthiness », commente Moody?s.

Et pour corser une difficile conjoncture internationale, qui provoque une incontournable transition des filières canne-sucres et du textile-habillement, deux piliers de notre économie, il y a l?inattendu chikungunya qui affecte notre tourisme, principalement le marché français.

Malgré cette situation inquiétante, Rama Sithanen, contrairement à Paul Bérenger, ne pourra pas majorer la TVA ? déjà forte ? pour renflouer les caisses de l?État. Toute nouvelle hausse aura de fâcheuses répercussions, à la fois économiques et sociales, car elle freinera la consommation.

Or aujourd?hui, il importe de relancer la croissance, afin de résorber le chômage. Avec plus de 50 000 chômeurs dans la rue, ajoutés aux syndicalistes en ébullition devant la hausse de prix de divers produits de consommation courante (qui intervient avant même que la compensation salariale de Rs 135 ne soit versée), la marmite sociale risque d?exploser.

Le défi de Sithanen est justement d?améliorer le climat général des affaires pour relancer l?investissement privé et créer des emplois. Pour réussir à consolider le tourisme, « reboot » les Tic et exploiter notre « seafood hub » naissant, l?État a besoin de mettre une main-d??uvre formée et motivée à la disposition des investisseurs étrangers, qui viendront uniquement s?ils aperçoivent de bons signaux de relance.

Rama Sithanen en a déjà envoyé quelques-uns. Ses mots clés dans ses nombreuses interventions-explications sont « réformes », « ouverture » et « risques ».

Le politicien qu?il est, jettera certes un regard dans le rétroviseur pour souligner « l?héritage catastrophique du précédent régime ».

Mais après ce rapide préambule, il aura à fournir des clés pour sortir de la crise et pour affronter les secousses de demain.

Et pour cela, il faut de l?audace. Par exemple, il insiste que, dans un contexte mondialisé, la main-d??uvre doit être mobile. Or, le constat est qu?il y a une bien mauvaise gestion des ressources humaines au sein de la fonction publique. Plusieurs corps parapublics ne fonctionnent plus, malgré les millions qui y sont injectés, en termes d?heures supplémentaires et d?allocations en tous genres. Le politicien Sithanen peut-il fermer une boutique où viennent s?abreuver les agents électoraux ?

C?est justement le technicien, implacable dans ses calculs et ne laissant aucune brèche pour l?émotion, qu?on attend pour le match de vendredi. Un patriote, soucieux de l?avenir du pays dans son ensemble, et non pas de celui des circonscriptions rurales, qui pourra, par exemple, enlever la discrimination géographique sur la taxe d?habitation. Ce qui donnera, enfin, une vraie autonomie aux collectivités locales, tout en soulageant le fardeau du gouvernement central.

Pour relancer l?économie sur de nouvelles bases, il faut corriger les vices de construction. Pour cela, il faut, outre l?esprit comptable, du courage, de l?audace. Il affronte le match décisif, un tournant pour le pays. Au coup de sifflet final, il risque d?être hué, car ses mesures budgétaires prendront à contre-pied ceux qui ont misé sur l?Alliance sociale pour une gestion populiste des affaires de l?État. Tant pis pour la politique politicienne, tant mieux pour le pays !

La tâche de Rama Sithanen ressemble, à bien des égards, à celle de l?entraîneur allemand Jürgen Klinsmann, qui prend l?énorme risque d?imposer sa vision ? novatrice ? à son pays et ce, au risque d?être impopulaire dans la rue.

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