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Le ?Marine? Dominique Nicolas tué par une mine

1 juin 2004, 20:00

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Si de l?au-delà Dominique Nicolas pouvait voir ses parents, il serait sans nul doute très fier d?eux. Ghyslain et Roselyne Nicolas sont des exemples de courage, depuis lundi, jour où deux officiers de l?ambassade américaine leur ont annoncé la tragique nouvelle du décès de leur fils sur le front en Irak le 26 mai. Le couple ne dort plus, mais à aucun moment Ghyslain ne s?est pas laissé aller à son chagrin. Ce qui inquiète leur benjamine Béatrice Forget, qui craint que son père ne finisse par craquer.

Roselyne a certes eu quelques moments de déprime mais c?est d?une voix ferme qu?elle se met à raconter leur vie et à parler de son aîné. Son chagrin finit par reprendre le dessus quand elle se met à feuilleter le cahier d?écolier de Dominique dans lequel il a collé les coupures de presse concernant ses victoires dans différentes courses de relais sous les couleurs du collège du St Esprit, lors des Jeux Inter-Collèges, ou en individuel lors des championnats nationaux d?athlétisme.

Elle est alors secouée par les sanglots. Ghyslain s?empresse de la prendre dans ses bras et de lui murmurer des paroles de réconfort à l?oreille. Elle reprend alors son récit. Cela fait 31 ans que Ghyslain, cadre sur la propriété sucrière de Belle-vue a épousé Roselyne, employée d?une entreprise commerciale. Trois enfants sont nés de leur union : Dominique, qui allait fêter ses 31 ans le 13 novembre prochain, Christian, 29 ans, étudiant en mécanique à Melbourne, en Australie, qui est attendu au pays aujourd?hui, et Béatrice. Cette dernière, mariée à Yvan Forget, est mère de deux filles, Eloise, neuf ans, qui est la filleule de Dominique, et Céline, six ans.

Les Nicolas vivent à Pamplemousses. Dominique, raconte Roselyne, est un enfant précoce car à dix mois, il marche déjà et répète à la perfection les mots d?anglais qu?elle lui inculque. Il effectue sa scolarité primaire à l?école Philippe Rivalland à Beau-Bassin.

L?enfant est fasciné par les livres. Ses goûts sont hétéroclites : cela va du Paris Match au dictionnaire, de la géographie, matière dans laquelle il excelle à l?école, aux livres sur l?aviation. Durant l?année scolaire, il vit chez sa grand-mère paternelle à Beau-Bassin qui l?encadre dans ses études.

Déterminé à compléter sa scolarité secondaire au collège du St Esprit, il étudie en conséquence. Dès son entrée au collège, Dominique se montre très doué pour l?athlétisme, consacrant énormément de temps à ses entraînements sous la houlette de Paul Randabel, ancien enseignant d?éducation physique au collège quatrebornais, puis de Ron Davis, ancien directeur technique national d?athlétisme. Il récolte d?ailleurs de nombreuses médailles dont certaines d?or.

<B>Soif de liberté</B>

Il voue aussi une passion aux Etats-Unis, d?autant plus que son arrière-grand-père, Llyod Gordon, est Américain. ?Il lui arrivait souvent de me désigner les Etats-Unis sur la mappemonde et me dire : ?Tu vois Roselyne, c?est là-bas que je vivrai un jour?.?

A un moment, il est question qu?il soit sélectionné pour aller étudier à l?Institut national du sport et de l?éducation physique mais c?est quelqu?un d?autre qui est choisi. Déçu, il met un frein à sa pratique de l?athlétisme.

Dominique préfère l?expérience du terrain aux connaissances livresques, si bien qu?à l?issue de sa Form V, il entre chez Rogers dans le but de devenir ingénieur de marine. Il passe alors son temps à écumer les mers, tout en continuant à étudier. Malgré ses fréquentes absences, il téléphone et écrit régulièrement à ses parents dont il est très proche.

Au cours d?une halte au Vietnam, il rencontre une Américaine dans une boîte de nuit et en tombe éperdument amoureux. Il l?annonce à sa mère par courrier et la présente même à ses parents au cours d?un séjour à Maurice. Bien que Roselyne estime qu?il soit encore trop jeune pour se caser, Dominique n?en fait qu?à sa tête. Ses parents s?inclinent. ?Nous avons toujours respecté ses choix?, confie Ghyslain.

En 1996, il épouse l?Américaine en Malaisie et le couple s?installe aux Etats-Unis. Dans un premier temps, ils vivent à Phoenix dans l?Arizona, puis en Californie. Cadre dans une compagnie de téléphonie, Dominique obtient sa naturalisation américaine. Il est très apprécié par son patron et ses collègues.

Mais la soif de liberté et d?aventure le reprend. Il s?enrôle alors dans l?armée américaine comme marine. C?était il y a quatre ans. C?est d?ailleurs dans l?armée qu?il obtient son diplôme d?ingénieur. Il porte le grade de Group Commander. Pour les besoins de ses différentes affectations, il apprend l?espagnol et l?arabe, langues qu?il maîtrise parfaitement.

<B>Funérailles catholiques </B>

Quand les Etats-Unis envahissent l?Irak en 2003, Dominique fait partie du corps expéditionnaire. Il demeure dans ce pays du Golfe jusqu?en septembre. Ses parents ont beau le mettre en garde contre les dangers de la présence américaine en territoire irakien et faire valoir le nombre de soldats tués (NdlR: selon un recensement du site anti-war.com en date du 31 mai 2004, depuis le début du conflit à ce jour, 813 soldats américains ont été tués, dont 598 au combat) mais rien n?y fait. ?Dominique me disait toujours que je ne devais pas m?en faire, raconte Ghyslain, arguant qu?il pouvait tout aussi bien mourir dans un accident de la route devant son domicile qu?à la guerre et qu?il fallait bien mourir un jour.?

Pour pouvoir repartir sur le front, il change de bataillon en début d?année. Il retourne en Irak en février. Son dernier contact avec ses parents a lieu le 18 mai. Dans un courrier électronique, il les rassure à nouveau en leur disant que tout ira bien.

Ce que les Nicolas ignorent, c?est que Dominique saute sur une mine le 26 mai dernier et meurt sur le coup. Selon les officiers de l?ambassade américaine qui les ont avertis lundi, la dépouille de Dominique aurait été rapatriée sur la base militaire de New Jersey. Il ne leur reste plus qu?à entamer les formalités de rapatriement jusqu?à Maurice. Les Nicolas qui veulent des funérailles catholiques pour leur fils, devraient être fixés d?ici quelques jours?

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