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Le Médaillon
<B>QUATRE</B> films bourrés de scènes d?action ont été tournés dans l?espace d?une année. Pour ce troisième, on a un peu l?impression que Jackie Chan s?est offert du repos en cours de route. Aurait-on le c?ur de le lui reprocher ? D?autant plus que l?acteur roi de la cascade (et du Kung-fu) commence à prendre de l?âge : il fêtera ses 50 ans dans moins d?un an. Ce n?est pas qu?il fasse moins de combats dans ?Le Médaillon?, mais ils sont moins spectaculaires. En outre, il se fait doubler pour les cascades les plus impressionnantes et se fait assister pour les scènes burlesques. Ce film (signé Gordon Chan ? cela n?empêchera personne de parler d?un ?film de Jackie Chan ?) comporte aussi des effets spéciaux car il y est question de fantastique.
Le médaillon confère à quiconque le possède et en connaît les secrets tout ce que recherchent les méchants des films de James Bond, à savoir l?immortalité et l?invincibilité. D?ailleurs, celui qui le convoite, un dénommé Snakehead (sûrement un surnom, il est difficile d?imaginer que ses parents le détestaient à ce point), Julian Sands, semble venir d?une aventure de 007. Et, pour utiliser le médaillon, il doit kidnapper celui qui en est le légitime propriétaire : Jai (Alex Bao), un garçon d?une dizaine d?années qui incarne la pureté et l?innocence ; un peu comme une sorte de Dalaï-Lama encore enfant. Une première tentative ayant échoué à Hong Kong grâce à l?intervention providentielle de l?inspecteur Eddie Yang (Jackie Chan), et malgré la calamiteuse maladresse de l?inspecteur Arthur Watson (Lee Evans), la deuxième s?avère payante et le gamin est emmené en Irlande. Eddie Yang s?y rend aussi. Il y retrouve Nicole (Claire Forlani), agent d?Interpol pour laquelle il éprouve beaucoup d?affection et Lee Evans, pour lequel il en éprouve beaucoup moins. Il se fait cependant tuer en sauvant Jai. Seulement, grâce à celui-ci, il ressuscite avec des super pouvoirs en sus de l?immortalité.
La question qui se pose est pourquoi l?Irlande ? Sachant que la Verte Érin est le pays des lutins, farfadets, ?leprechauns? et autres personnages de légende et que le médaillon est censé être magique, on s?attend à ce que ces deux univers mythiques (mythes celtes et orientaux) soient confrontés. Mais l?attente s?avère vaine.
Le choix de ce pays reposerait donc sur l?exotisme ? On voit très peu d?images de l?Irlande : une poursuite dans les rues de Dublin (du moins, on pense que c?est Dublin ; on n?en a aucune certitude, puisque rien dans le film ne nous le dit), quelques images du port (là aussi, même commentaire) et une bagarre finale dans un château en ruines : c?est tout. L?histoire aurait pu se dérouler à Appomattox (Virginie, USA) ou à Tombouctou sur le Niger que cela n?aurait rien changé. Les personnages auraient tout aussi bien pu rester à Hong Kong.
<B>Mauvais prétextes</B>
Il est vrai que ce n?est pas pour le dépaysement ou pour l?histoire qu?on va voir un film de Jackie Chan et c?est peut-être pour cela que les scénaristes du ?Médaillon? ne semblent avoir honte de rien. On se demande bien au tout début (i) qui donc pourrait bien passer ses journées et ses nuits à allumer toutes ces bougies autour du gamin et (ii) s?il ne s?agirait pas d?une sorte de bourreau d?enfant, car on voit mal comment le petit pourrait faire autre chose que rester immobile, cerné qu?il est par ces dizaines de milliers de bougies allumées. Sans compter les risques d?incendies, avec tous ces rideaux, ces tentures qui ont tout l?air d?être en soie. Il y a aussi ce déplacement inutile et cette soirée dansante digne des séries Z des années 70. Il y a le fait que pour se débarrasser du policier, un des sbires du méchant envoie dans la mer le conteneur dans lequel se trouve celui-ci mais aussi le gamin dont son chef a si grandement besoin. Il y a surtout cette facilité déconcertante avec laquelle le gamin se fait enlever, au nez et à la barbe de ceux censés le protéger. Et puis, quel suspense y a-t-il à voir Jackie Chan et Julian Sands se battre en plein ciel, sachant qu?aucun d?eux ne se fera mal en tombant, vu qu?ils sont immortels ?
Ce n?est pas que ce film soit si mal écrit ? à vrai dire, il l?est réellement, mais on a vu ?Amours Troubles? il n?y a pas si longtemps ? c?est juste que tout dans cette histoire est prétexte : prétexte à quelques images de Dublin (l?Occident lointain et mystérieux), prétexte à des scènes de combat, à des scènes burlesques, à des scènes romantiques entre Jackie Chan et Claire Forlani, etc. Et tous sont de mauvais prétextes, ce qui serait impardonnable si les combats et le burlesque n?étaient pas la principale raison d?aller voir un film de Jackie Chan.
Le Médaillon est un film dans lequel tout le monde pratique le kung fu : les bons, les méchants et même ceux et celles qui n?ont pas grand-chose à faire dans l?histoire. Combats sur le pont d?un porte-conteneurs, course poursuite avec combat et acrobaties dans les rues de Dublin sans que son personnage ? pratiquement le même dans tous ses films ? ne perde à aucun moment le sens de la courtoisie qu?on lui connaît, et une bagarre finale sans surprise. Ce qui aurait rempli le quota pour un film d?action habituel est bien en dessous de la moyenne pour un Jackie Chan.
<B>Signe de vieillissement
L?emploi de cascadeurs et d?effets spéciaux par la production a été perçu soit comme un signe de vieillissement (ce que certains critiques semblent considérer comme impardonnable), soit comme la manifestation d?une lassitude passagère. L?acteur a beau approcher l?âge d?être appelé ?vénérable?, ses acrobaties ne nous enchantent pas moins ; pas autant pour les prouesses physiques en elles-mêmes que pour ce petit sourire modeste qu?il a pour lui-même juste après. C?est ce qui le rend si sympathique, malgré ses piètres talents de comédien et c?est probablement la raison pour laquelle le courant passe si bien à l?écran entre lui et Claire Forlani. Pour le burlesque, Jackie Chan met en retrait son côté Charlie Chaplin pour céder le devant de la scène à Lee Evans qui interprète une sorte de Mr Bean pourvu d?un pistolet et d?un insigne et occasionnant la pagaille et les dégâts que l?on devinera facilement. Certains moments sont réussis, comme celui où lui et Jackie Chan n?arrêtent pas de mettre à l?épreuve l?immortalité nouvellement acquise sous l??il horrifié d?une infirmière.
Toutes ces qualités ne font évidemment pas du ?Médaillon? un bon film ? Pas plus que les défauts cités n?en font un mauvais film, puisqu?on ne s?ennuie pas. C?est le propre des films de Jackie Chan : on commence à froncer les sourcils tout en prenant l?air sévère comme pour sermonner un enfant, et puis on finit par se laisser gagner par le divertissement offert. Disons que pour cette fois, on laissera passer....
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